Peu touchées par la crise et travaillant dans un cadre agréable, les auto-écoles de la ville semblent simplement manquer quelque peu de places d’examens pendant l’été.Située à une centaine de kilomètres au nord de Toulouse, Cahors est une agglomération de 20 000 habitants entourée par le fleuve Lot, ce qui fait de la ville quasiment une presqu’île. Une dizaine d’auto-écoles se partagent le marché, dans une ambiance a priori plutôt conviviale. Le climat et la qualité de vie du Lot auraient-ils des effets bénéfiques sur les relations humaines ?
BIENVENUE CHEZ LE PRÉSIDENT DES CER !Le CER Crespo est un établissement de taille moyenne, d’aspect moderne et qui présente l’avantage d’être bien situé, à la fois proche des commerces, des lycées et de la gare. Autre particularité, cette auto-école CER est l’un des établissements du président du réseau depuis 2009, Patrick Crespo. « J’ai créé cette auto-école début 1994, après avoir œuvré dans une entreprise familiale de transport routier public. C’était au départ une école de conduite indépendante, puis très vite, en 1995, j’ai décidé d’adhérer aux CER. Il m’est apparu essentiel de me regrouper et de bénéficier de tout ce que peut apporter un réseau. En 1999, j’ai ensuite racheté deux auto-écoles dans le Lot, à Gourdon et Labastide-Murat. » L’établissement de Cahors était situé à la gare jusqu’en 2001, puis s’est installé un peu plus haut, boulevard Léon Gambetta, principale artère de Cahors et passage obligé de la ville. « Il y avait moins de passage à la gare, et une auto-école a vraiment besoin d’être vue. » « Nous n’avons pas ressenti plus que cela la crise, seulement un léger fléchissement pour la moto et la récupération des points. L’esprit des stagiaires a un peu évolué, ils laissent un peu traîner les choses et reportent de plus en plus le moment de récupérer leurs points. De plus, le coût de la récupération de points n’est pas négligeable. Alors certains estiment qu’il est presque normal de circuler sans permis. » À Cahors, « le potentiel d’élèves est stable, il n’y a pas trop de possibilités de développement. Il faut l’accepter ! La clientèle provient beaucoup des lycées avoisinants, l’un public, l’autre privé, le troisième professionnel agricole. Les élèves ont coutume de passer l’examen au début de l’été, d’où un surplus d’activité d’avril à juin. Au niveau des places d’examens, cela se passe assez bien en général, mais on est tout de même dépassé en été. Si la répartition des élèves était uniforme, cela ne poserait pas de problème, mais avec cet afflux l’été, cela coince un peu au niveau des places. « C’est dommage », regrette Patrick Crespo, Cahors est une ville exempte d’embouteillages et bien adaptée à la formation à la conduite. La fluidité de la circulation laisse le choix à l’élève de la durée de sa leçon de conduite, soit 1 heure soit 2 heures. » Loin de travailler de manière isolée, le CER Crespo collabore étroitement avec les CER des départements environnants (Aveyron, Cantal…). « Nous avons par exemple conjointement mis en place plusieurs formations (programme de cours de Code communs, post-permis, etc.). », précise Patrick Crespo.
PASSAGE À L’ADR ET APPLICATION DE LA RÉFORMEDepuis le 19 avril 2010, soit en même temps que l’avènement du bilan de compétence, le Lot est passé à l’Annonce différée du résultat. « Pourtant, l’annonce directe du résultat s’avère plus simple administrativement et les conflits entre élèves et inspecteurs sont extrêmement rares dans le département. C’est désormais aux auto-écoles de faire un peu le travail de l’inspecteur : justifier le pourquoi de l’échec, alors qu’il me paraît logique que ce soit l’IPSR qui s’en charge. En effet on lui retire ainsi une fonction supplémentaire : ne plus avoir de contact direct avec l’élève. L’ADR change ainsi notre façon de travailler tout comme le bilan de compétences, avec notamment l’arrivée de la conduite autonome et économique. Patrick Crespo est d’ailleurs totalement favorable à la mise en place de la conduite économique. « Ce point étant à l’examen, les moniteurs doivent dorénavant l’enseigner et c’est une très bonne chose. » seul bémol concernant la réforme, « l’administration a été un peu vite depuis le début de l’année, sans nous laisser trop le temps de nous adapter, pédagogiquement et administrativement : nouveaux contrats de formation, multiples additifs au livret d’apprentissage, formation des moniteurs, etc. » D’autre part, les CER avaient demandé, lors des réunions à la DSCR, que la conduite supervisée n’intervienne qu’après un échec à l’examen. « Il n’est pas judicieux de la proposer au début de la formation sans une évaluation complète faite au préalable : la désignation de l’accompagnateur, le ou les véhicules disponibles pour la formation en conduite accompagnée. Elle est cependant utile pour les élèves en difficulté. Si elle permet d’accéder au permis en dépensant moins, tant mieux ! Et cela coupe l’herbe sous le pied des loueurs de véhicules à double commande ! Quant au passage de l’âge minimal de l’accompagnateur de 28 à 23 ans minimum, le temps dira si c’est une bonne chose ou non. Cela permet en tout cas de trouver plus facilement un accompagnateur. »
CER : VERS UNE REFONTE DES STATUTS ?Président des CER depuis octobre 2009, Patrick Crespo a succédé à Alain Dochez, qui lui- même prenait la suite de Michel Malbert. « Cumuler mon activité à l’auto-école et à la présidence du réseau demande une bonne organisation et implique… des congés en moins, mais c’est passionnant ! » Patrick Crespo a été élu président des CER pour 2 ans. Lors du prochain congrès à Biarritz (du 28 au 31 octobre), un vote sur une refonte des statuts sera engagé.
UNE AUTO-ÉCOLE TOURNÉE VERS LA MOTOSi le directeur de l’auto-école ECF Mazet, Jean-Claude Mazet, n’a pas pu être disponible le jour de la visite de La Tribune des Auto-Écoles. Chantal Codet, la secrétaire de l’établissement, m’apprend néanmoins « qu’il a récemment participé 3 fois au Paris Dakar moto et que son travail est très associé à sa passion de la moto. Il est vrai que la région est particulièrement propice à l’usage de la moto, avec la nature omniprésente, de beaux paysages et de nombreux reliefs. » L’auto-école Mazet existe depuis 1978. C’était au départ un petit établissement, qui a vite rejoint le réseau ECF afin de ne pas rester isolé et de bénéficier des moyens et de l’image du réseau. « Cela nous permet d’évoluer, d’être en permanence tenu au courant de l’évolution de la réglementation, bref, d’être véritablement au coeur de la profession ! », s’enthousiasme Chantal Codet. Si d’une manière générale, l’ECF Mazet ne se plaint pas du manque de places d’examens, elle estime également que « la situation empire pendant l’été, qui est une période très chargée. De plus, les élèves des grandes villes, où la situation est encore pire et l’attente pour les places encore plus longue, viennent ici dans l’espoir d’être plus rapidement servis. » Une situation qui n’est pas catastrophique, mais qui perturbe la tranquillité habituelle présente le reste de l’année. Comment l’ECF Mazet a-t-elle ressenti la récente mise en place de l’ADR dans le département ? « Au moins la généralisation de l’ADR met tout le monde à égalité », remarque Chantal Codet. « Les résultats arrivent rapidement – en 48 h – à l’auto-école, mais on doit les communiquer aux élèves, qui s’ils ont raté l’examen, expriment leur déception et ne sont pas forcément objectifs. Il faut savoir les remotiver ! De plus, il est délicat de leur annoncer un échec alors qu’en même temps d’autres élèves viennent s’inscrire ! L’échec est d’autant plus mal vécu qu’avoir le permis est encore plus essentiel dans le Lot que dans d’autres régions. Ici la voiture est indispensable, il y a peu de transports en commun. » Alexandre Albenque, formateur pour le permis B, fait alors son entrée dans l’établissement. L’occasion de lui demander ce qu’il pense de la réforme actuelle du permis de conduire. « La réforme n’apporte pas de changements révolutionnaires : un élève qui était au point le restera ! Avoir 20 points sur un total de 31, cela reste large, tout en étant plus précis pour voir sur le papier les lacunes de l’élève. »
ÉCO-CONDUITE : PAS POUR LES DÉBUTANTSAlexandre constate cependant que « les élèves trouvent l’éco-conduite compliquée à appliquer, notamment en ce qui concerne les changements de rapports. Il faut sans cesse savoir anticiper. Mieux vaut déjà avoir une certaine expérience au volant. Cela rajoute une difficulté supplémentaire, même si bien sûr ce n’est pas inutile. » En post-permis, « l’éco-conduite est plus adaptée, car les gens savent – en principe ! – déjà conduire. Et c’est intéressant pour eux financièrement parlant, cela permet d’espacer les passages à la pompe. » Pour ce qui est de la conduite supervisée, Alexandre reconnaît ne pas en avoir fait beaucoup car les élèves n’étaient pas encore au courant. « Certains commencent à choisir cette formule, qui permet de ne pas attendre trop longtemps sans conduire après un échec. Mais à la limite, c’est plus adapté aux départements où il faut attendre 6 mois pour repasser son permis, ce qui n’est pas le cas du Lot. »
DES RALLYES À L’AUTO-ÉCOLELa troisième école de conduite visitée, l’auto-école Occitane, a été créée en 1981 par un passionné d’automobiles et de rallyes, Michel Graulières, toujours gérant de l’établissement. Cela se voit car les murs de son auto-école sont couverts de photos de bolides de rallye des années 1970 et 1980, avec l’intéressé à son volant ! Comme ses collègues, le gérant remarque que la seule période où il y a de véritables problèmes de manque de places d’examens est l’été. « En juillet et août, les jeunes lycéens et étudiants qui attendent la fin de l’année scolaire pour passer le permis affluent en masse et le coefficient d’attribution des places descend à 1, alors qu’on nous avait dit qu’il ne descendrait jamais en dessous de 1,50 ! Et à cette période, il y a aussi beaucoup d’AAC. C’est dommage, car le reste de l’année, nous ne rencontrons pas de problème particulier. Nous avons la chance d’avoir une très bonne répartitrice à la DDEA, qui travaille de manière souple et efficace. » Les actions avec les seniors constituent l’un des chevaux de bataille de l’établissement, dans le cadre des missions « Agir pour la sécurité routière », qui ont démarré en 2009. « Nous dispensons une remise à niveau théorique et un opticien fait passer des tests de vue, avec le concours de Groupama et de la préfecture. Les seniors travaillent aussi sur deux simulateurs de conduite, qui mesurent leurs réactions et leurs difficultés. Ce sont des élèves très motivés : ils ne veulent même pas faire de pause pendant la formation ! »
UNE RÉFORME QUI LAISSE SCEPTIQUEL’actuelle réforme du permis ne convainc pas notre gérant. « Cela devait simplifier les choses, mais j’ai l’impression qu’au contraire cela les complique ! Administrativement, c’est plus complexe. Par exemple, en AAC, il faut désormais prendre les parents 2 heures après la fin de la formation initiale. Quant au Code, il y a davantage d’échec. Certaines questions sont un peu farfelues et sortent du cadre du Code de la route traditionnel. Est-ce par exemple si important de se préoccuper de l’usage des trottinettes sur la voie publique ? » La mise en place du bilan de compétences et de l’ADR ne semble pas plus le convaincre. « Franchement, cela ne change pas grand-chose. Quant à l’ADR, elle ne se justifie pas dans le Lot, où je n’ai jamais entendu parler d’une seule agression ! » Autre mesure de la réforme, la conduite supervisée est même jugée quasi-dangereuse par Michel Graulières. « Après 20 heures de conduite, un élève peut être dangereux au volant, mais apparemment cela ne l’empêchera pas de partir en conduite supervisée ! Je ne suis pas sûr que cela soit un plus pour la sécurité routière. À l’origine, la conduite supervisée devait se faire après un premier échec à l’examen, c’était plus sensé. » Enfin, Michel Graulières insiste enfin sur l’utilité des syndicats. « Je suis adhérent du CNPA et de l’Anper, car je trouve normal et logique d’être affilié à un syndicat professionnel. Cela évite l’isolement et permet d’être au courant de l’actualité et d’effectuer des stages bien utiles pour rester au cœur de la profession. »
Christophe Susung