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work Gestion & management — Octobre 2010

-Groupe Lourd-
Quelles démarches effectuer avant de se lancer ?


En période de crise, il peut être intéressant de se diversifier. Mais attention, la formation au groupe lourd nécessite un investissement de poids ! Voici ce qu’il faut savoir avant de se lancer.

Autant ne pas y aller par quatre chemins : selon l’avis émis par plusieurs professionnels, le contexte actuel n’est pas forcément propice pour se lancer dans l’aventure de la formation au groupe lourd ! « Le secteur ne va pas très bien », explique Joël Cassegrain, à la tête d’un réseau d’auto-écoles qui compte 6 agences et 2 centres de formations professionnelles. « Il y a des sociétés de transport qui ont mis la clé sous la porte, notamment sur le marché espagnol. On voit donc de moins en moins de transporteurs sur les routes. Cela ne veut pas forcément dire qu’il y moins de candidats, mais que les CV ont tendance à traîner davantage sur les bureaux ». Loïc Turpeau, président du réseau Anper et gérant de plusieurs établissements en Vendée, dément certaines idées reçues en affirmant que « la formation au groupe lourd est un secteur où il y a déjà pas mal de monde, comme partout. » Depuis peu, cependant, le marché semble reprendre des couleurs. Mais difficile de prédire si cette tendance persistera. La progression constante du nombre de candidats aux permis C et E(C) entre 2006 et 2008 (voir encadré) est cependant un signe rassurant.

RÉALISER UNE ÉTUDE DE MARCHÉ
Quelle est la première chose à faire lorsque l’on souhaite se lancer dans la formation au groupe lourd ? L’extension pour pouvoir passer au permis lourd est en général assez facile à obtenir. « Mais pour se lancer sur ce marché, il ne faut pas fonctionner comme les auto-écoles le font en général sur le permis B », poursuit Joël Cassegrain. « Il est primordial d’effectuer auparavant une vraie étude de marché ». Pour cela, plusieurs solutions s’offrent au gérant. « Il est possible, notamment, de passer soit par une officine privée ou alors de s’adresser aux Conseils régionaux et aux Chambres de commerce », note Loïc Turpeau. Concrètement, il s’agit de se renseigner en premier lieu sur la concurrence, afin de déterminer si le marché de la formation au groupe lourd n’est pas saturé dans sa région. Dans l’absolu, il vaut mieux éviter un endroit qui est criblé de grands centres de formation puissamment implantés. Il paraît évident de sonder aussi les entreprises de transport situées à proximité du lieu de formation. L’évaluation de la demande vous permettra de déterminer la pertinence de votre projet de formation PL. De l’avis général, il est par exemple conseillé de débuter par les formations C et E (C) plutôt que par le permis D, qui offre moins de perspectives. De plus, l’entretien des cars se révèle extrêmement onéreux et les véhicules sont plus fragiles que les camions. Ce qui n’empêche pas de faire preuve d’initiative. Dans le « bus », les bonnes idées existent aussi. Acheter un bus équipé d’une boîte automatique et d’un plancher plat peut permettre de favoriser l’accès à l’emploi de conducteur de bus pour les personnes handicapées. Et de s’ouvrir ainsi un nouveau marché.

DU CHANGEMENT EN 2013
Tentez enfin d’identifier les fournisseurs (sociétés de location de véhicules lourds, etc.) susceptibles de travailler avec vous. Mais attention ! Il faut être conscient qu’une étude de marché permet de limiter le risque lié à toute création mais pas de le réduire à zéro ! Elle doit être sans cesse réactualisée, même après la création, car le marché évolue rapidement. Autre élément à prendre à compte, l’application de la directive européenne du 20 décembre 2006, à partir du mois de janvier 2013. À l’heure actuelle, les permis du groupe lourd sont au nombre quatre : permis C (poids-lourd), permis D (transport en commun), permis E(C) (véhicules couplés avec tracteur + remorque d’un poids total autorisé en charge supérieur à 750 kg), permis E(D) (transport en commun + remorque d’un PTAC supérieur à 750 kg). Mais la directive européenne prévoit la création de sous-catégorie C2 et D1, ce qui va alourdir le montant des investissements. « Plus on rajoute de catégories, plus on rajoute de charges ! », résume Joël Cassegrain. Mais, logiquement, cela devrait également entraîner un nombre plus important de formations ! La clé sera de savoir sur quel permis les entreprises vont miser à partir de 2013. « Il faudra encore attendre un petit peu avant que les véhicules-écoles des nouveaux examens et le contenu même de l’examen ne soit défini », précise Loïc Turpeau.

LES PRINCIPALES DIFFICULTÉS SONT MATÉRIELLES
Il faut d’autant moins se tromper de marché puisque les coûts matériels sont bien plus élevés dans le groupe lourd (La Tribune des Auto-Écoles n°153) que pour le permis B. En neuf, un porteur avec une cabine deux portes coûte environ 90 000 euros pour une durée de vie de 15 ans. Le prix d’achat monte à 120 000 euros pour un porteur avec une cabine 4 portes. Les véhicules d’occasion sont plus rares, mais le prix d’un camion vieux de 4 ou 5 ans peut descendre à 70 000 euros. Un bus peut lui atteindre les 155 000 euros en neuf et comptez environ 50 000 euros en occasion. Enfin, le loyer d’un véhicule lourd tourne en moyenne autour de 200 euros la journée.
Renseignez-vous également sur les pistes qu’il est possible d’utiliser dans le périmètre le plus proche possible de l’auto-école. Les voiries lourdes sont toujours difficiles à trouver en zone urbaine et il vaut généralement mieux viser un bon emplacement en périphérie. Peut-être est-il possible de bénéficier de parkings mis à disposition par les entreprises clientes. Sinon, comptez environ 150 000 euros pour l’acquisition d’un terrain. « Avec la suppression de la taxe professionnelle, les produits fonciers vont désormais d’avantage être taxés à partir de cette année », précise Joël Cassegrain. Les formateurs qui ont de grands espaces auront forcément à s’acquitter de sommes plus importantes ! Ne pas oublier non plus qu’un lieu de stockage pour les camions est nécessaire ! Si vous ne possédez pas suffisamment de place sur votre terrain, il peut être intéressant de disposer d’emplacements de parkings prêtés par une mairie.

UNE RIGIDITÉ ADMINISTRATIVE FREINE L’ACCÈS AU BEPECASER MENTION LOURD
Dernier obstacle : la difficulté de trouver des moniteurs ! La raison est simple. Une rigidité administrative freine l’accès au Bepecaser mention lourd. Par exemple, un professionnel qui travaille dans le transport routier et qui souhaite se lancer dans la formation au groupe lourd est obligé de passer par la case Bepecaser mention B. Les effectifs de moniteurs PL sont donc généralement des professionnels dotés d’une certaine expérience dans le permis B et qui ont eu envie de découvrir autre chose. Il vaut mieux que le profil du moniteur recruté soit bien ciblé. En effet, le « public » est constitué de routiers et il faut savoir se faire obéir et respecter ! À noter que dans tous les cas, le moniteur PL doit suivre une formation initiale minimale obligatoire (FIMO) qui est un renforcement de la connaissance de la législation du transport. D’une durée de 4 semaines, elle est à renouveler tous les 5 ans lors d’un stage de trois jours de formation continue obligatoire (FCO).

Hugo Roger

LES CANDIDATS AU PERMIS DU GROUPE LOURD SONT TOUJOURS PLUS NOMBREUX !
Selon les données communiquées par la DSCR, les candidats aux permis C et E(C) ont augmenté entre 2007 et 2008 (les chiffres de 2009 ne sont pas encore disponibles). Pour le permis C, ils étaient 80 866 à se présenter en 2007 contre 83 965 candidats en 2008, soit une variation 2007/2008 de + 0,74 point. Sur le permis E(C), il y a eu 64 567 présentations en 2007 contre 68 543 candidats en 2008, ce qui représente une variation 2007/2008 de + 1,06 point. Seul le permis D a entamé une légère régression, avec 19 591 candidats en 2007 contre 18 368 candidats en 2008. Le parallèle est encore plus saisissant avec l’année 2006 où seuls 37 045 candidats s’étaient présentés pour le permis C et 32 848 candidats pour le permis E (C). Mais, attention, selon plusieurs témoignages, ce chiffre devrait au mieux stagner pour l’année 2009… Crise économique oblige.

QUI FINANCE LES PERMIS DU GROUPE LOURD ?
Si cela pouvait être encore le cas il y a quelques années, aujourd’hui il est très rare qu’un particulier se finance lui-même sa formation PL. Les candidats aux permis du groupe lourd sont essentiellement envoyés en formation par des structures comme Pôle Emploi et les OPCA (Organisme Paritaire Collecteur Agréé) du domaine du Transport. En période de chômage élevé, les budgets de formation augmentent. Les heureux élus sont en général sélectionnés selon la viabilité de leurs projets professionnels.


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