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work Gestion & management — Octobre 2010

-Permis moto-
Peu motivés, s’abstenir !


Pour les exploitants qui souhaitent se diversifier, le permis moto apparaît comme le prolongement logique du permis B. Mais cette formation n’est pas à la portée de tous. Elle demande un investissement tant humain que financier et une réelle motivation. Conseils de spécialistes pour se lancer sur ce marché.

Après avoir sensiblement augmenté de 2007 à 2008, le nombre de permis motos passés en France pourrait bien connaître une baisse non négligeable due à la crise de 2009, même si les chiffres de cette dernière année ne sont pas encore connus. Et si depuis, le permis moto a un peu repris du poil de la bête et le taux de réussite dépasse toujours les 80 %, le permis deux-roues n’est pas pour autant une activité dans laquelle il est facile de s’engouffrer.
Être titulaire du Bepecaser mention « deux-roues » ou employer un ou plusieurs moniteurs moto, et posséder au moins une moto constituent les conditions de base pour dispenser la formation au permis A. Mais cela n’est pas forcément suffisant…

UN MINIMUM DE 130 À 150 PERMIS PAR AN
Pour Michel Millet, responsable national moto du réseau ECF, « il faut avant tout faire une étude de marché. Il convient d’étudier soigneusement la concurrence dans sa région et les débouchés possibles. Il faut savoir qu’un minimum de 130 à 150 permis par an est nécessaire pour avoir des chances de rentabiliser son investissement. On remarque aussi qu’à l’exception de certains gros centres spécialisés, il est très rare de ne proposer que de la formation moto, la plupart des écoles de conduite qui font de la moto font aussi du permis B. » Gilbert Mollé, directeur de l’école de conduite et du centre de formation Kangouroute à Tours (environ 200 permis moto à l’année) met en garde. « Certains établissements proposent des permis au plus bas prix, mais il est plus difficile de proposer aussi de la qualité. Pour cela, il faut des moyens. C’est très dur pour une petite école de conduite de faire de la qualité tout en gagnant de l’argent, particulièrement en milieu rural. Par ailleurs, sur le plan pédagogique, je déplore la suppression du caractère obligatoire du livret d’apprentissage moto. Il n’est plus demandé le jour de l’examen alors qu’il permet à l’élève de suivre sa progression. Dans ces conditions, il ne faudra pas s’étonner si le nombre de victimes de la route augmente chez les motards ! Heureusement, il existe aujourd’hui de nombreux moyens pour aider les formateurs à faire apprendre la moto : psychologues, études sur le risque, notion de partage de la route entre les motards et les autres usagers, etc. »

UNE ACTIVITÉ EN PERTE DE VITESSE
Pour Philippe Augé, directeur du CER Bobillot (Paris 13ème), « faire du permis moto est devenu extrêmement compliqué. Première difficulté, l’activité a largement diminué depuis 3-4 ans, et particulièrement l’année dernière avec les effets de la crise. Le permis moto est souvent sacrifié, car c’est avant tout une activité de loisir, pas forcément indispensable, tout comme le permis bateau, qui a également souffert. De plus, beaucoup de gens sont rebutés d’avoir à repasser le Code alors qu’ils conduisent depuis plusieurs années. Et pour une grande majorité des élèves, notamment les plus de 30 ans et les femmes, passer l’épreuve chronométrée et circuler entre des cônes n’a rien d’évident. Ils vont donc plutôt s’orienter vers le scooter 125 ou le MP3 (scooter à 3 roues), accessibles avec un permis auto après une courte formation. » Autre difficulté, en moto, le risque est élevé. « Les élèves sont sur la route sans que le moniteur soit directement à leur côté comme pour le permis B ! Enseigner la moto entraîne une forte responsabilité aussi bien pour le gérant de l’école de conduite que pour le moniteur. » Trouver des enseignants de la conduite moto n’est pas aisé. Il y en a peu sur le marché. « C’est en effet un métier très difficile si l’on s’implique véritablement à 100 % » estime Gilbert Mollé. « C’est largement plus fatiguant qu’être moniteur pour le permis B ! C’est un métier très exigeant, qui nécessite du calme, de l’efficacité, de la vigilance, de la rigueur, de la convivialité et une écoute constante. »

TROUVER UN TERRAIN : UN VÉRITABLE JEU DE PISTE !
Une grande partie de la formation s’effectuant hors circulation, l’un des principaux soucis pour les écoles de conduite moto est de dénicher une piste. Or, trouver un terrain s’apparente souvent au parcours du combattant ! Si les grosses structures possèdent le plus souvent leur terrain privé, les petites auto-écoles rencontrent plus de difficultés. À défaut, beaucoup d’établissements doivent se contenter des parkings de supermarchés ou des parcs de stationnement. Il peut alors être utile de contacter les mairies, les DDE, mais aussi la SNCF, les aéroports et les ports, qui disposent parfois de terrains à louer, avec souvent des travaux à réaliser à la charge de l’école de conduite. L’idéal est de disposer d’un terrain d’au moins 6 m de large et 130 m de long. Pour des questions de coût, il peut être envisageable de se regrouper à plusieurs écoles de conduite. Mais attention à ne pas faire s’accumuler trop d’élèves sur une même piste ! Pour Michel Millet, une fois la piste trouvée, ce n’est pas la panacée. « Je regrette que 80 % de la formation A se déroule sur piste. Il faudrait effectuer beaucoup plus de formation en circulation, très utile afin de mettre en pratique ce que l’on apprend sur le plateau. »

UN INVESTISSEMENT TANT MATÉRIEL QU’HUMAIN
Dans le milieu du permis A, deux solutions coexistent pour se procurer des motos : soit l’achat soit la location longue durée, qui s’effectue par le biais des constructeurs. Certaines banques proposent également des possibilités de leasing. En général, les petites écoles de conduite optent davantage pour l’achat et les grosses structures pour la LLD. Il faut en moyenne compter de 3 500 à 7 000 euros pour l’achat d’une moto, sans compter leur entretien, qui s’avère assez coûteux. Il faut aussi disposer d’une voiture supplémentaire pour transporter plusieurs élèves à la fois, ainsi que le matériel (équipement radio, gilets, combinaisons de pluie, gants, cônes…), lui-même assez cher. De plus, précise Philippe Augé, « un pneu de moto doit être changé tous les 6 000 à 10 000 km, contre 30 000 à 40 000 km pour un pneu auto. » Mais l’investissement financier ne suffit pas, il faut aussi et avant tout avoir « l’esprit moto », c’est-à-dire s’intéresser de près au monde de la moto et avoir une pratique régulière du deux-roues. Sans oublier une bonne condition physique, d’autant que les conditions météo (pluie, neige, verglas…) plus contraignantes compliquent encore davantage la tâche. Philippe Augé insiste sur l’importance de la motivation : « sans elle, inutile de se lancer. Il ne faut pas raisonner à très court terme et penser que partir avec 3 ou 4 élèves en moto contre 1 élève en auto va multiplier d’autant l’argent gagné sur une heure de conduite. C’est un mauvais calcul. Celui qui appréhende le permis moto simplement comme une niche supplémentaire, mais n’est pas réellement motivé, va droit dans le mur. » Enfin, il faut connaître les particularités de certaines régions. « Dans l’Est de la France, il y a au moins 2 mois de l’année où l’on ne peut pas faire de moto à cause des conditions météorologiques ! »

DES ÉLÈVES MOTIVÉS !
Point positif, les élèves qui passent le permis moto sont plus motivés que ceux qui cherchent à obtenir le permis B. En effet, si décrocher ce dernier est souvent vécu comme une obligation,  notamment pour trouver un emploi, le permis A est plus souvent associé à des notions comme le loisir et le plaisir. Les élèves s’investissent davantage dans la formation et les relations avec les moniteurs sont aussi plus conviviales. Gilbert Mollé constate pour sa part que les femmes qui passent le permis moto sont très motivées et ont davantage conscience que les hommes de la notion de risque. « Les hommes sont naturellement plus casse-cou et refusent la peur, qu’il faut au contraire accepter. »

ÉQUIVALENCE B/125 : UNE OPPORTUNITÉ POUR LES MOTO-ÉCOLES ?
L’obligation d’effectuer une formation – de 3 heures et bientôt 7 heures – pour un détenteur du permis B souhaitant conduire une 125 cm3 apporte un gain de clientèle supplémentaire aux moto-écoles. Mais pour Philippe Augé,
« quand les 7 heures de formation seront effectives, ce sera tout ou rien : soit les gens continueront à vouloir rouler en 125 soit cela les incitera à y renoncer. Car effectuer 7 heures de formation signifie être disponible
1 journée ou 2 demi-journées, sans compter un surcoût inévitable. » Michel Millet précise pour sa part que « 3 ou heures constituent un minimum, mais les clients prennent cela pour argent comptant. Il faut du temps pour être à l’aise au volant d’une 125. »

DIRECTIVE EUROPÉENNE : 4 PERMIS MOTO EN 2013
La future directive européenne du 20 décembre 2006 applicable au 19 janvier 2013 prévoit 4 types de permis moto : la création d’un permis AM pour conduire un 50 cm3 à partir de 14 ans ou 16 ans (âge non encore fixé), le permis A1 (motos de 125 cm3 maximum d’une puissance maximale de 11 kW) accessible dès 16 ans, la création d’un permis A2 (cylindrée supérieure à 125 cm3, puissance maximale de 35 kW) accessible dès 18 ans, et enfin le permis A « toutes cylindrées » accessible à 20 ans avec deux ans d’expérience préalable en permis A2 ou en accès direct à partir de 24 ans.
Pour beaucoup, ces modifications auront peu de conséquences pour les écoles de conduite. Ainsi Gilbert Mollé estime-t-il que « cela ne changera grand-chose. Il y aura toujours du monde pour passer le permis moto. » Philippe Augé pense que « c’est une réforme de plus, qui n’est ni la première, ni la dernière. » Michel Millet estime cependant que dans un proche avenir l’enseignement de la moto bénéficiera d’améliorations non négligeables, comme « une formation moins longue hors circulation mais plus longue en circulation, ainsi que le remplacement du parcours chronométré par une prise d’allure par radar, moins dangereuse. »

Christophe Susung



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