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map Vie des régions — Novembre 2010

-Dunkerque-
Prix modérés, mais prestations de qualité !


Dunkerque est une ville où les auto-écoles sont soumises à une certaine concurrence. Loin d’entraver la bonne marche de la profession, ce contexte engendre une émulation positive où chaque établissement arrive à tirer son épingle du jeu.

Les auto-écoles de Dunkerque sont sans cesse dans l’initiative. Dans un département où le permis de conduire est jusqu’à 30% moins cher que dans d’autres régions, selon les déclarations de plusieurs acteurs de la profession que La Tribune des Auto-Écoles a rencontré, les écoles de conduite prennent les devants. Ce constat est particulièrement vrai pour un établissement qui, de par ses actions, tire toute la profession vers le haut.

UNE AUTO-ÉCOLE AU DÉVELOPPEMENT MODÈLE
Cette auto-école qui ne cesse d’entreprendre, c’est l’École de conduite Européenne (ECE). En chiffres, elle représente, entres autres, 5 bureaux, 4 pistes moto, 1 piste remorque, une vingtaine de moniteurs… et deux gérants ! Si Régis Lesage se focalise sur les « tâches administratives », Carmelo Lo Giudice prend davantage part à l’aspect purement technique. « Quand l’un part en congé, c’est l’autre qui prend sa place », plaisante Régis Lesage. Ce duo complémentaire a pourtant démarré chacun de son côté, il y a une dizaine d’années. Puis, les deux hommes ont sympathisé autour de leur passion commune, la moto, avant de se décider à fusionner leurs deux sociétés. Le résultat a sans doute dépassé leurs espérances. Même les autres professionnels du secteur leur tirent un coup de chapeau !  Au-delà du management dynamique et de la vitesse à laquelle les deux compères ont développé ECE, leur principale réussite tient dans la création d’une piste moto – qu’ils ont d’ailleurs eux-mêmes aménagée – de grande qualité, d’autant plus que les autres pistes sur Dunkerque étaient loin de faire l’unanimité. « Pour rentabiliser l’investissement sur les pistes motos, il fallait avoir suffisamment d’élèves. L’addition des permis motos que l’on faisait chacun de notre côté a permis de remplir cet objectif », explique Régis Lesage. « On prête également nos pistes aux élèves des autres auto-écoles qui sont en attente de passer l’examen », précise Carmelo Lo Giudice. L’administration, conquise, s’est même décidée à louer la piste d’examen juste à côté des pistes de l’auto-école ! En toute transparence. « C’était une valeur ajoutée pour tout le monde. Ici, tout est fait en sécurité. Pour l’État, c’était une vraie opportunité », affirme Carmelo Lo Guidice. Le local à proximité est donc scindé en deux avec une partie dédiée aux moniteurs et l’autre aux inspecteurs. « Les gens peuvent rester au chaud ! » se réjouit son collègue. En effet, coin cuisine, salle de repos, toilettes, c’est le grand confort !

D’AUTRES INITIATIVES À VENIR
Même à deux, il reste difficile de contrôler de A à Z une école de conduite de cette envergure. Le binôme a donc décidé de déléguer la responsabilité du permis B à certains salariés. « On a toujours un œil sur le permis B mais ce sont bien eux qui encadrent les moniteurs », indique Carmelo Lo Giudice. De fait, cette organisation a fait ses preuves ces dernières années puisque selon les co-gérants, l’ECE « ratisse une clientèle jusque dans tout le Pas-de-Calais ». Après avoir marqué le permis B et le permis moto de leur empreinte, Serge Lesage et Carmelo Lo Giudice ne sont pas encore rassasiés ! Depuis peu, l’École de conduite européenne s’est investie dans le marché du post-permis. « Pour l’instant, on couvre à peine nos frais, mais le but immédiat n’est pas de faire de l’argent », explique Pascal Lesage. « C’est un marché qui a son importance aujourd’hui, notamment quand on étudie les chiffres de l’accidentologie en entreprise ». L’École de conduite européenne avait notamment organisé une journée de formation complémentaire pour le permis moto, le 11 octobre 2009, sur le circuit de Croix-en-Ternois (voir La Tribune des Auto-Écoles n°149). « On devrait avoir un suivi obligatoire après le permis de conduire. C’est ce que nous sommes en train de mettre ça en place en moto. Dommage que le gouvernement agisse plus sur la répression que sur l’information », ajoute Carmelo Lo Giudice. De même, le duo envisage de proposer bientôt des formations à l’éco-conduite. Ils ont notamment pu se sensibiliser à l’éco-conduite à travers le réseau Anper.  « On attend d’investir dans du bon matériel avant de s’engager là-dedans, mais on va y aller, c’est une certitude », indique-t-il.

UN SITE INTERNET OÙ LES ÉLÈVES PEUVENT FAIRE LEURS VÉRIFS !
Par ailleurs, l’ECE devrait aussi se développer sur le marché du groupe lourd. Si les deux gérants proposent déjà une formation au permis E(B), ils n’ont pas voulu se précipiter. « Au départ on s’est dit que cela ne servait à rien de se disperser », confirme Carmelo Lo Giudice.  « Et puis la demande était déjà là pour le permis remorque », précise son associé. Toujours dans cette optique de développer leur auto-école, Serge Lesage et Carmelo Lo Giudice ont fait appel à des spécialistes pour rénover leur site Internet. Désormais, à la manière de certains outils utilisés par le géant américain Google, il est possible de découvrir la piste moto de l’auto-école ECE sur 360° en déplaçant simplement la souris de son ordinateur ! De même, le site Internet propose également aux élèves de faire leurs « vérifs » moto, là aussi à l’aide d’une interface particulièrement intuitive. « On est plus dans un souci de concurrence mais vraiment dans une démarche qualité », justifie Carmelo Lo Giudice. « On a voulu quelque chose de plus représentatif de ce que l’on fait aujourd’hui », renchérit Serge Lesage.
 
DES COEFFICIENTS TROP FAIBLES SUR DUNKERQUE ?
Rendez-vous dans le centre-ville de Dunkerque, à quelques pas de la Place Jean Bart. Ludovic Vochot, gérant de l’auto-école Poincaré, est fier de son 3ème bureau. « J’ai toujours été à mon propre compte », explique-t-il. « J’ai ouvert mon 1er bureau en 1981, à Rosendaël (ndrl : un quartier de Dunkerque) puis un 2ème en 1983, à Téteghem (ndlr : une commune voisine de Dunkerque). Mais je tenais absolument à ouvrir un local dans le centre-ville ». C’est chose faite depuis 1999. Fort de ses 30 années d’expérience, le gérant – dont le père était moniteur d’auto-école – livre son avis sur la situation de la profession. Et il a des choses à dire ! « Déjà, il n’est pas normal que notre coefficient soit de l’ordre de 1,10 et 1,30 », explique-t-il. « On ne peut pas travailler raisonnablement en dessous d’un coefficient de 1,65 pour 65% de réussite à l’examen pratique. » Par ailleurs, Ludovic Vochot souhaiterait que « la population de référence » prise en compte dans le calcul de ce coefficient concerne le nombre d’inscrits sur 12 mois et non le nombre de candidats présentés pour la 1ère fois en examen pratique. Le gérant de l’auto-école Poincaré juge ensuite que « réduire l’examen de conduite de 35 minutes à 30 minutes » permettrait aux inspecteurs de « réaliser 15% de permis supplémentaires ».

LES AUTO-ÉCOLES ONT SU ÉVOLUER
En ce qui concerne Dunkerque, dont Ludovic Vochot loue le centre d’examen, le gérant regrette des tarifs qui n’ont pas évolué depuis plusieurs années. De plus, la concurrence est particulièrement forte dans l’agglomération avec par exemple, pas moins de 5 auto-écoles dans le centre-ville ! « On est quand même 30% moins cher que les auto-écoles parisiennes. Si nos tarifs étaient plus élevés, cela nous permettrait de mieux rémunérer nos moniteurs ! » Le gérant reconnaît en revanche que la profession a su évoluer dans le bon sens au cours des dernières décennies. « Les auto-écoles ont changé leur image et ont développé de vraies enseignes qui signifient quelque chose », sourit-il. « Les bureaux séduisent désormais réellement les clients ». De même, si Ludovic Vochot jette un regard critique sur l’évolution du comportement des élèves au fil des ans, il affirme que les auto-écoles doivent s’adapter. « Ce sont les mêmes comportements que des enseignants peuvent rencontrer en milieu scolaire. Ce n’est que le reflet de l’évolution de la société. »

UNE SELF-MADE WOMAN !
Viviane Ruckebusch, gérante de l’auto-école Viviane à Malo-les-Bains, petite commune située dans la banlieue est de Dunkerque, note également un manque d’investissement de certains élèves. « Avant, les élèves payaient eux-mêmes leurs permis et partaient du principe qu’ils devaient être prêts au bout de 25 heures », révèle-t-elle. « Il y a 20 ans, la voiture était un moyen de transport, maintenant certains jeunes peuvent la considérer comme un jouet. Mais on s’est adapté, notamment au niveau de la prévention, où on insiste beaucoup sur la dangerosité de la route ». Viviane Ruckebusch sait de quoi elle parle. C’est en passant son permis de conduire que la gérante a eu « le déclic » et a décidé de se lancer dans l’aventure de la formation à la conduite. Monitrice depuis ses 19 ans, elle a su « très tôt » qu’elle se mettrait à son propre compte. « Cela fait 7 ans que j’ai crée l’auto-école Viviane », explique-t-elle. « Je savais très bien où je mettais les pieds. Il y a moins de concurrence ici (ndlr : 2 auto-écoles sur Malo) que sur d’autres quartiers de Dunkerque. » Les débuts ont pourtant été difficiles mais la gérante ne s’est pas découragée. « J’ai ouvert en plein mois d’août, lors de la canicule ! », en plaisante-t-elle aujourd’hui. Mais très vite, son travail paie. « L’emplacement est idéal, juste à côté de la mairie, dans un quartier où il y a beaucoup de jeunes. En plus, une auto-école a fermé à proximité et j’ai pu récupérer la totalité des dossiers ! » » L’auto-école enregistrant davantage d’inscriptions, elle embauche une secrétaire en 2005 avant de recruter une monitrice un an plus tard.

UN CLIMAT FAMILIAL
En 2009, Viviane Ruckebusch reprend une autre auto-école, à Ghyvelde, une commune localisée à une dizaine de kilomètres de Dunkerque. La petite équipe fonctionne désormais à plein régime, dans une ambiance familiale. « J’ai formé les moniteurs, on se connaît parfaitement », explique-t-elle. « Si jamais je venais à recruter une autre personne, je sonderais toute l’équipe par peur de rompre cette bonne ambiance. » Une atmosphère chaleureuse que Viviane Ruckebusch a souhaité prolonger dans les locaux de l’auto-école. « Je voulais un bureau accueillant », explique-t-elle, « que les élèves ne se sentent pas agressés par les panneaux tout autour ». Absorbée par son travail, la gérante ne s’occupe pas trop de la situation de ses collègues et des tarifs pratiqués. « On perdrait énormément d’énergie à surveiller les autres ». D’ailleurs, Viviane Ruckebusch ne consulte pas vraiment le nombre d’inscriptions enregistrées, se contentant de vérifier que le planning est bien rempli ! Selon son propre aveu, la gérante « travaille un peu seule dans son coin ». Mais cela ne l’empêche pas d’avoir des idées pertinentes à développer ! « Ce serait bien de supprimer les délais administratifs après l’échec à l’examen pratique », indique-t-elle. « Cela permettrait de donner une nouvelle chance à des candidats qui ont échoué, dans des délais très brefs ». Par ailleurs, Viviane Ruckebusch souhaiterait une réduction des taxes pour les auto-écoles. « Cela permettrait ainsi de mieux rémunérer nos moniteurs, surtout qu’à Dunkerque, en plus d’être dans un département où le chômage est important, le permis est un des moins cher de France ». Si son activité se porte bien, Viviane Ruckebusch n’envisage pas d’ouvrir un autre bureau ni de se lancer dans une autre formation. « On ne vient pas à ce métier pour le côté financier », justifie-t-elle. « On ne devient pas moniteur d’auto-école par hasard ». D’ailleurs, Viviane Ruckebusch prévient que lorsqu’elle ne prendra plus de plaisir dans son métier, elle raccrochera définitivement le volant !

Hugo Roger



CARTE D’IDENTITÉ

Auto-École Poincaré
Gérant : Ludovic Vochot
Bureaux : 3
Employés : 10 moniteurs
auto + 1 moniteur moto en free-lance
Formations proposées : 7 Peugeot 207 et 3 motos
Tarifs : N.C.
Inscriptions : N.C.

École de conduite européenne (ECE)
Gérants : Serge Lesage et Carmelo Lo Giudice
Bureaux : 5
Employés : 20 moniteurs + 2 employées
Formations proposées : A, A1, AAC, B, E(B)
Véhicules : 19 Peugeot 207, 12 motos, 12 motos 125 et 6 scooters + remorque
Tarifs : 21 heures : 800 euros
Inscriptions : 1 500
(tous permis confondus)

Auto-Écoles Viviane
Gérante : Viviane Ruckebusch
Bureaux : 2
Employés : 3
Véhicules : 3 Peugeot 207, 1 Ford S-Max automatique
Formations proposées : AAC, B
Tarifs : 23 heures : 880 euros ;
heure supplémentaire : 42  euros
Inscriptions : N.C.


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