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map Vie des régions — Janvier 2011

Melun - Manque de places d’examens mais bonnes conditions de travail !


Enseigner la conduite dans une ville de taille moyenne proche de Paris mais située à la campagne, avec de l’espace et moins de circulation que dans la capitale, peut être plutôt agréable. Mais ce tableau est quelque peu terni par le manque chronique de places d’examens.

Si les écoles de conduite situées à Melun-même ne sont qu’une petite dizaine, le nombre d’établissements augmente nettement si l’on tient compte de ceux compris dans l’intégralité de la communauté d’agglomération Melun Val de Seine. Créée en 2002, cette communauté réunit 14 communes (dont Dammarie-Lès-Lys, Montereau, Vaux-le-Pénil…), totalisant plus de 108 000 habitants.

ENCORE ET TOUJOURS LE MANQUE DE PLACES D’EXAMENS
La première auto-école visitée se situe, elle, dans Melun-même. Patrick Marinne, un moniteur actif depuis 1990, accueille La Tribune des Auto-Écoles à l’auto-école Tricolore/Rive droite, située dans une petite rue près du centre hospitalier Marc Jacquet, un autre établissement – abritant le siège social – étant situé à Brie-Comte-Robert. « J’exerçais auparavant à Montereau et j’ai rejoint l’auto-école Tricolore, il y a 1 an. » Sur Melun et sa communauté d’agglomérations, pratiquement toutes les auto-écoles vont passer l’examen sur le centre de Vaux-le-Pénil, tout près de Melun. « Ce centre est donc un peu encombré, un problème aggravé par le manque de places d’examens. Depuis que l’examen est passé, il y a quelques années, de
20 à 35 minutes, 12 élèves passent le permis par jour sur le centre, contre 20 auparavant. L’examen dure 35 minutes, pour les bons comme pour les mauvais élèves, à moins de faire d’emblée une grosse boulette. De plus, il n’y a plus qu’un seul élève par voiture. Alors il n’y a pas de miracle ! » De fait, « quand un élève rate son examen, les délais pour pouvoir le repasser peuvent facilement atteindre plusieurs mois. » Même si les auto-écoles ont bénéficié de quelques places d’examens supplémentaires, grâce aux inspecteurs qui acceptent de travailler le samedi, « il faut dans ce cas se rendre au centre d’examens de Lagny, situé beaucoup plus loin de notre établissement que celui de Vaux-le-Pénil. » C’est dans ce contexte que la nouvelle grille d’évaluation à l’examen a fait son apparition. « Concrètement, cela n’a pas entraîné beaucoup de changement », assure Patrick Marinne. « Même si les élèves ont tous l’impression de bien faire chaque étape et d’accumuler des points, cela n’empêche pas certains d’être recalés. D’autant plus qu’ils sont un peu déboussolés par les avis souvent très différents émis par les inspecteurs : l’un va dire qu’il faut passer en première à tel endroit, un autre en seconde. » Quant à la manoeuvre laissée au choix de l’élève, « il n’est pas toujours évident de la choisir. Cependant, auparavant, il fallait la réussir plus ou moins du premier coup, alors que maintenant on peut faire plusieurs manoeuvres si la première est ratée, à condition par exemple de ne pas monter sur le trottoir. »

UNE CLIENTÈLE COSMOPOLITE
L’une des particularités de la ville de Melun est la présence de nombreux élèves étrangers qui passent le permis. « Il y a une importante communauté turque, par exemple, ainsi que pas mal d’Africains et des gens du voyage. Certains ne parlent pas forcément bien le français. Mais le Code peut être passé avec un traducteur, et pour la conduite, on peut se débrouiller avec les associations de couleur. Par exemple, les panneaux à fond bleu symbolisent l’autoroute, et les témoins de couleur au tableau de bord (frein, phares, etc.) utilisent des couleurs qui sont assez universelles (rouge = frein à mains, vert pour les clignotants, etc.). » Autre apport de clientèle, le centre hospitalier situé juste au-dessus de l’auto-école. Comme l’explique Patrick Marinne, « il intègre des appartements pour des jeunes suivant la formation d’infirmier. D’autre part, il y a pas mal d’étudiants qui viennent de la faculté de Droit de Melun, qui dépend de Paris Assas. Cela nous amène également des élèves. » L’auto-école Tricolore accepte aussi des élèves en provenance d’une autre auto-école, « même si l’on ne peut récupérer leur place d’examen. Nombre d’écoles de conduite les refusent car, soit ces élèves ne parlent pas bien le français, soit il n’y a pas de places d’examens de disponibles pour eux. Nous, dans l’ensemble, on les accepte. Et là, tout dépend du travail effectué dans leur établissement précédent. » Bref, l’auto-école Tricolore dispose d’une clientèle nombreuse et variée « Nous n’avons pas été touchés par la crise, car justement en période de crise, les gens ont besoin de trouver du travail et pour décrocher un travail il faut le permis. CQFD ! Avec des formules comme le permis à 1 euro par jour et la possibilité de payer en plusieurs fois, cela reste réalisable. »

ÉCO CONDUITE : OUI, MAIS…
L’éco-conduite, un sujet « dans l’air du temps » mis en avant par la réforme du permis, ne fait pas toujours l’unanimité. « Bien sûr, nous sensibilisons nos élèves à l’éco-conduite. Il y a des règles de base à connaître. Mais ce n’est pas lorsque l’on passe le permis que l’on peut faire beaucoup d’éco-conduite. C’est surtout après le permis. » La conduite supervisée, elle, « marche bien. Quand les gens ont des difficultés, on les met en conduite supervisée. Les problèmes d’attente dus au manque de places d’examens sont fréquents, et la conduite supervisée permet aux élèves de ne pas perdre la main en attendant de pouvoir repasser le permis. » L’auto-école Tricolore a-t-elle des projets de développement ? « L’objectif est déjà de stabiliser l’auto-école et de conserver le nombre d’inscriptions, les résultats… » concède Patrick Marinne. « Être moniteur, c’est exercer un métier difficile et une grande responsabilité. J’ai connu des moniteurs qui n’étaient pas loin de la dépression. On est coincé entre la préfecture et les élèves ! Et les autres automobilistes sont loin d’être conciliants avec nous ! »

DE MONITEUR À GÉRANT
Rendez-vous ensuite avec l’Auto-école Moderne, située route de Montereau, à la limite de Melun avec la commune de Vaux-le-Pénil, c’est-à-dire déjà presque plus à la campagne qu’en ville ! Julien Eck, le dynamique gérant, a repris l’établissement tout récemment, en juillet 2010, son prédécesseur étant parti à la retraite. « Auparavant, j’ai fait un peu toute la région Île-de-France en tant que moniteur, dans l’Essonne, le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et la Seine-et-Marne. » Il a ainsi acquis de l’expérience et a eu envie de s’investir encore davantage en devenant gérant, un aboutissement qu’il avait en tête dès le début de son activité de moniteur. « Auparavant, je m’investissais beaucoup dans mon métier, mais sans beaucoup de retour de la part de mes employeurs. Maintenant, je peux m’investir à fond. »

UN EMPLACEMENT PRIVILÉGIÉ
Melun est une ville que Julien apprécie beaucoup. « C’est une grosse agglomération, mais elle se trouve quasiment à la campagne. Il y a beaucoup d’espace et moins de circulation qu’à Paris, ce qui est plus agréable pour les élèves. » Coup de chance, le centre d’examen de Vaux-le-Pénil est situé juste derrière l’auto-école, alors qu’une station-service se trouve juste devant  l’établissement ! « Étant donné la proximité du centre d’examens, il est inévitable qu’il y ait un peu de bachotage. Les élèves évitent ainsi les mauvaises surprises le jour de l’examen, puisqu’ils connaissent bien le lieu et ses abords. » Autre point positif, « il y a beaucoup de clientèle qui provient des petits villages autour de Melun, même si aller y chercher les élèves prend parfois un peu de temps. » Comme dans bien d’autres villes de l’Hexagone, les auto-écoles melunaises rencontrent des problèmes de places d’examens. « Il faut compter 4 à 5 mois d’attente pour repasser le permis après un échec. Et le coefficient d’attribution fait régulièrement du yoyo ! Alors qu’à l’auto-école on est en flux constant, cela ne suit pas au niveau des places d’examen. Même si j’ai un bon taux de réussite et peu d’élèves en échec (environ 20 sur 300), cela me pénalise. L’idéal serait que si j’ai besoin de 30 places, j’obtienne effectivement 30 places, mais c’est loin d’être le cas. Résultat, on ne peut pas anticiper, c’est un cercle vicieux. » Alors qu’un élève devrait être légalement représenté dans les 15 jours qui suivent son échec au permis, « dans les faits, c’est loin d’être le cas », déplore Julien Eck. « Et à cause du problème des places d’examen, on peut difficilement reprendre des élèves en provenance d’autres auto-écoles. Nous acceptons toutefois les élèves en première demande (B1). » Comme souvent, le manque d’inspecteurs est au cœur du problème. « Peut-être faudrait-il opter pour la privatisation des inspecteurs… Mais dans le privé, cela deviendrait vite un « business », et l’équité de la distribution de places d’examens deviendrait incertaine, alors qu’il faudrait en théorie que les inspecteurs restent totalement impartiaux. »

UN GÉRANT PEU CONVAINCU PAR L’ÉCO-CONDUITE
L’éco-conduite ne semble pas constituer l’un des chevaux de bataille de Julien Eck. « Pour moi, cela correspond un peu à des économies de bouts de chandelle. Il faut faire beaucoup d’efforts pour en fin de compte économiser assez peu. En auto-école, on fait beaucoup de démarrages en ville, ce qui n’est pas spécialement économique. L’éco-conduite peut être utile pour les conducteurs qui font rugir leur moteur, mais pas pour le conducteur lambda. Et puis lorsque l’on conduit, il faut dégager rapidement les voies, ne pas traîner, ce qui est contradictoire avec l’éco-conduite, cette dernière pouvant parfois compromettre la sécurité » Autre argument, « on n’a pas trop de temps, en une trentaine d’heures, à consacrer à l’éco-conduite. Elle se justifie davantage pour l’AAC et le post-permis. » Par contre, les moteurs ont fait d’énormes progrès en consommation, et les véhicules hybrides sont vraiment intéressants, bien qu’encore trop peu répandus. » Quels sont les projets de développement de l’Auto-école Moderne ? « Il faut arriver à bien faire du permis A et du permis B avant de chercher à se lancer dans d’autres voies. Mais pour le moment je n’ai pas trop de recul… » Pour conclure, Julien Eck fait preuve d’optimiste. « Je ne suis pas trop à plaindre. On a de bonnes relations avec les élèves, avec les inspecteurs, un bon taux de réussite et un bel établissement idéalement situé ! »

VAUX-LE-PÉNIL, UNE COMMUNE À ÉCHELLE HUMAINE
« Auto-école Pixel Formation. » Un nom plutôt original pour cette école de conduite située à Vaux-le-Pénil, l’une des communes touchant Melun. Comme nous l’explique Christophe Bastard, le gérant depuis les débuts de cet établissement créé il y a 11 ans, « un pixel correspond au plus petit élément d’une surface d’affichage auquel on puisse associer individuellement une couleur et une intensité. En matière de sécurité routière, il s’agit un peu de la même chose : le plus petit élément de formation à la sécurité routière, l’élément primordial ! Et puis le nom de l’établissement a été choisi en plein boom de l’informatique. De plus, c’est un nom peu commun qui change de « l’auto-école de la gare » ou de « l’auto-école du lycée » !  Christophe Bastard était auparavant moniteur dans plusieurs écoles de conduite à Paris. « Puis un jour, j’ai recherché autre chose. C’était en effet un peu le marasme à Paris, le commerce à tout va, avec beaucoup d’abus pour la profession et les élèves… Je ne voulais pas m’installer dans un endroit surchargé où l’on casserait les prix. Je suis originaire de Seine-et-Marne, et un ami moniteur m’a suggéré ce lieu pour m’installer. » Christophe a tout de même fait une étude de marché avant de s’installer, qui s’est révélée probante. « Il y avait une auto-école dont le gérant était parti à la retraite et personne que personne n’avait reprise depuis. » Face au stress de la vie parisienne, Vaux-le-Pénil, commune de 12 000 habitants, est à l’échelle humaine. « L’auto-école y est restée un service de proximité et la demande assez forte. » Bien sûr, le tableau est quelque peu terni par le manque de places d’examens. « Les délais a augmenté ces derniers mois. Trois inspecteurs ont été mutés ou sont partis à la retraite. Leur remplacement est programmé de façon échelonnée dans le temps, mais pour le moment le manque de places ne nous facilite pas la tâche. »  Concernant la réforme du permis, Christophe Bastard estime que c’est « plutôt une bonne mesure. Le bilan de compétences incite à voir la bouteille à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide. Si la conduite supervisée a mis du temps à démarrer chez nous, maintenant, elle a atteint sa vitesse de croisière. Quant à l’éco-conduite, on en parle systématiquement aux élèves, tout en leur faisant comprendre qu’elle n’implique pas forcément de rouler plus lentement ».  Enfin, parmi les projets de développement de l’établissement, son gérant envisage « d’ouvrir un deuxième établissement dans le secteur, et peut-être faire de se lancer dans le permis moto. Tout en gardant notre stabilité habituelle de fonctionnement ! »

Christophe Susung



CARTE D’IDENTITÉ

Auto-école tricolore
Gérants : M. Durand, Mlle Dalmaz
Bureaux : 2 en Seine-et-Marne
Employés : 5 moniteurs, 2 secrétaires
Formations : B, AAC, stage de récupération de points
Véhicules : Cinq Clio eco2
Inscriptions : 268 de janvier à octobre 2010
Tarifs permis B : formule
20 h : 1 100 euros,
heure de conduite supplémentaire : 44 euros

Auto-école moderne
Gérant : Julien Eck
Bureau : 1
Employés : 4 moniteurs, 1 secrétaire
Formations : B, AAC, A, 125, BSR, conduite supervisée
Véhicules : cinq C3, trois Kawasaki ER-6, une 125 Honda, un scooter Honda
Inscriptions : 350 en 2009
Tarifs permis B :
forfait 20 h : 1 280 euros
heure supplémentaire : 47 euros

Pixel Formation
Gérant : Christophe Bastard
Employés : 1 permanent, 3 à temps partiel, 1 secrétaire
Bureau : 1
Formations : B, AAC
Véhicules : trois Peugeot 207
Inscriptions : environ 160 par an
Tarifs permis B : formule 20 h : 1 320 euros,
heure supplémentaire : n.c.


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