Dans l’ensemble, les syndicats professionnels ont exprimé leur mécontentement, voire leur colère face à la généralisation de la nouvelle méthode d’attribution des places. La nouvelle méthode de répartition des places d’examen sera mise en place sur l’ensemble du territoire français (y compris les DOM) d’ici fin 2007 (voir La Tribune des Auto-Écoles n°125 p. 5 pour connaître le détail du calendrier officiel du déploiement de la méthode).
Nous avons demandé aux syndicats de nous faire part de leurs réactions, qui, d’une manière générale, est plutôt hostile à la généralisation.
MARC FAVRE (ADECA) : « C’était une expérimentation à tenter, mais par définition, une expérimentation doit s’arrêter si personne n’est d’accord ! Et c’est un système qui ne convient à personne, qui a été imposé au début à doses homéopathiques, département par département, pour aboutir en fin de compte à une généralisation. Tout cela sans concertation. Les gens qui n’étaient pas d’accord ont été obligés de subir, puis se sont lassés et ont arrêté le combat.
De plus, cette méthode engendre beaucoup de stress. On ne travaille plus dans de bonnes conditions dans la mesure où l’on est sans cesse dépendants des résultats, alors que l’on devrait travailler avec toute la sérénité nécessaire à la pédagogie ».
DANIEL BLOT (CNPA) :« Cette généralisation ne constitue pas une surprise. Elle intervient à la suite de longs travaux menés en concertation avec le ministère et les principales organisations professionnelles. Le CNPA a proposé un certain nombre d’aménagements et de modifications. Toutes les demandes que l’on a formulées ont été acceptées par le ministère.
Dans ces conditions, nous n’avons aucune raison de nous opposer à la généralisation de cette méthode, que l’on observe bien entendu avec beaucoup d’attention, au cas où des ajustements seraient encore nécessaires.
Il existe en effet une possibilité d’évolution à travers la commission nationale de suivi vers laquelle remontent toutes les observations et demandes des comités locaux.
Cette nouvelle méthode présente au moins l’avantage de beaucoup mieux « coller » à l’activité réelle des établissements que la méthode Mayet. Mais au-delà, le problème fondamental reste quand même le recrutement des inspecteurs et la disponibilité en matière d’examens. Tant que l’on n’aura pas des examinateurs en nombre suffisant, on continuera à peiner en places d’examens.
Quoi qu’il en soit, parmi les représentants du CNPA dans les départements où la méthode a été mise en place, aucun ne souhaite retourner en arrière ».
MICHEL TEREKOFF (FNEC*) ET PHILIPPE COLOMBANI (UNIC*) « Nous dénonçons avec la plus grande vigueur cette généralisation. Face à l’affirmation « généralisation en étroite collaboration avec la profession » de la lettre-circulaire adressée aux préfets, il convient de rappeler l’opposition permanente de la FNEC et de l’Unic contre la nouvelle méthode, opinion de plus en plus partagée par tous ceux qui en ont fait l’expérience.
Par ailleurs, une réunion de la commission nationale de suivi fixée au 31 octobre dernier qui devait étudier les conditions d’un nouveau déploiement en 2007 a été annulée sans explication.
Il est de plus surprenant d’apprendre que les difficultés liées aux transferts vont se trouver résorbées. Il est vrai que l’octroi d’une place, décidée par certains comités locaux sur justificatif de réussite à l’examen, représente une innovation de taille dans ce domaine. Cependant, les candidats concernés auront certainement du mal à assimiler une telle subtilité.
Mais surtout, obtenir le permis au premier passage (objectif essentiel du système) ne garantit pas forcément un conducteur plus sûr !
Plus que jamais, la FNEC et l’Unic sont résolues à faire connaître à tous les niveaux les effets pernicieux de la nouvelle méthode. Elles s’engagent à apporter leur soutien à l’ensemble de ceux qui subissent ou vont en subir les conséquences, en demandant si nécessaire leur réparation devant la justice ».
* La FNEC et l’Unic ont rédigé un communiqué de presse commun.Jean-Louis Bouscaren (Unidec) :« Nous allons étudier toutes les voies de droit qui nous permettront d’attaquer cette généralisation. Cette méthode est incohérente et inadaptée, et ne va pas solutionner les problèmes. Au contraire, cela va de plus en plus allonger les délais d’examen, et donc renchérir le coût de l’examen du permis de conduire. Nous allons réécrire à tous les députés que l’on avait saisis en septembre dernier et qui, à leur tour, avaient saisi le ministère des Transports. Ce dernier leur avait fait la réponse mensongère suivante : « ne vous inquiétez pas, avec la nouvelle méthode, tout va bien se passer ».
À la base, il y a un problème d’effectifs, parce que, quelle que soit la méthode de répartition, s’il y a pénurie de place, on répartit la pénurie. La nouvelle méthode, qui repose déjà sur des effectifs insuffisants d’inspecteurs, effectue en plus une répartition complètement inepte. Plus vous avez de bons résultats en code, plus on vous donne de places. Or, plus les résultats sont bons, moins vous avez besoin de places ! »
Propos recueillis par Christophe Susung