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handshake Congrès professionnels — Février 2007

-Colloque-
Zoom sur l’AAC en Europe


La Commission internationale des examens de conduite automobile a organisé le 14 décembre dernier à Berlin un atelier de travail pour évaluer les différents dispositifs de conduite accompagnée en Europe.

L’AAC n’est pas une exclusivité française ! Le 14 décembre dernier, la Commission internationale des examens de conduite automobile (CIECA) – organisme basé à Bruxelles et oeuvrant dans les domaines de la sécurité routière et des examens de conduite dans le monde –, a organisé un atelier de travail, à Berlin, pour évaluer les différents dispositifs de conduite accompagnée mis en place dans certains pays européens.

LA BASSE-SAXE CONVAINCUE PAR L’AAC !
Walter Hirche, ministre de Basse-Saxe de L’Économie, du Travail et des Transports a ouvert les échanges avec optimiste. Fier d’avoir vaincu les résistances à l’introduction de l’AAC, dans son lander en 2004 et d’avoir ouvert la voie à la généralisation de cette méthode d’apprentissage (12 lander allemands ont depuis adopté l’AAC), Walter Hirche se félicite des résultats encourageants. En effet, sur les 40 000 élèves ont choisi cette formule en Basse-Saxe, on enregistre une réduction de 40 % des accidents et une baisse des amendes de 60 % dans l’année qui suit l’obtention du permis par rapport aux formations classiques. Ces résultats sont cependant à prendre avec précaution, car il sera nécessaire de les valider dans le temps. À noter que la formule allemande est novatrice puisque l’accompagnement avec les tuteurs se situe non pas avant l’obtention du permis, mais après.

OPTIMISME MODÉRÉ POUR LA FRANCE
Christian Machu, du ministère des Transports a, quant à lui, rompu avec le consensus habituel sur l’AAC en France. Après avoir décrit le système français, il a évoqué son érosion : baisse du nombre de jeunes passant cette filière depuis 2004, diminution du taux de réussite à l’examen, absence de baisse de la sinistralité chez les jeunes conducteurs concernés. Ce résultat en demi-teinte a même amené Christian Machu à poser une question dérangeante : « La méthode de l’AAC est-elle accessible à tous ? ».
Cette présentation peu flatteuse mais conforme à la plupart des études scientifiques menées sur ce sujet lui a valu les foudres du président de l’ECF, Gérard Acourt, ne retrouvant pas sa réalité du terrain. Ce dernier a par ailleurs précisé que 2/3 des garçons préfèrent ce type d’apprentissage, qu’ils sont de plus gros rouleurs que les autres jeunes conducteurs et qu’ils s’exposent donc plus.
 
RÉSULTATS DÉCEVANTS EN NORVÈGE
Jan Edv. Iaschen, administrateur auprès de la NPRA (Norwegian Public Roads Administration) – agence responsable du contrôle de la formation des conducteurs et de l’exécution des examens de conduite en Norvège –, qui prenait la parole pour la Norvège, s’est également montré critique à l’encontre de son dispositif nationale. « L’enthousiasme du début s’est affaibli, les objectifs n’ont pas été atteints et il n’y a pas eu de réduction significative du risque d’accidents », a-t-il précisé. Explication avancée par l’orateur : le volume d’heures d’entraînement prévu a diminué au fil du temps ; les 2 000 km à parcourir avec les tuteurs sont insuffisants car il faudrait le double.

UN NOUVEAU DISPOSITIF AAC EN SUÈDE
De son côté, le Suédois Hans Mattson – homologue de Jan Edv. Iaschen auprès de la SRA (Swedish Roads Administration) a redonné espoir. La Suède a toujours été pionnière en matière de sécurité routière (1er permis de conduire en 1906). En 2006, les Suédois ont innové en se penchant, cette fois, sur la formation des accompagnateurs. Les tuteurs doivent suivre trois heures de cours pour obtenir un « permis d’accompagnateur ». Ils disposent également d’un guide présentant l’ensemble des points à traiter et des objectifs à atteindre. Par contre, l’âge requis pour suivre l’AAC initialement fixé à 17 ans et demi vient d’être ramené à 16 ans. Hans Mattson souligne que grâce à ce nouveau dispositif de l’AAC, le taux d’accidents corporels a chuté de 21 %.

CONCLUSION ÉPINEUSE…
Il revenait au Professeur Esko Keskinen de l’université de Turku en Finlande, la tâche périlleuse d’effectuer une synthèse sur la question de l’AAC. Périlleuse car, pour comparer scientifiquement les différents dispositifs, il faut d’abord s’assurer que l’on parle bien de la même chose. Les formulations qui les désignent varient d’un pays à l’autre : « conduite accompagnée », « enseignement privé », « enseignement informel », enseignement intensif sont autant de dénominations. Les objectifs sont différents : augmentation des taux de réussite à l’examen, diminution du nombre d’accidents. La place des tuteurs également. Les écoles de conduite sont parfois complètement exclues du dispositif.
En guise de conclusion, Esko keskinen a donc posé plusieurs questions : « Pourquoi lors de la formation AAC, les garçons ont des résultats aussi bons que les filles, alors que lorsqu’ils sont libérés du tutorat, les jeunes conducteurs deviennent plus dangereux que les conductrices ? » ; « Quelles raisons poussent certains jeunes à opter pour l’AAC et pas d’autres ? » ; « Les jeunes qui choisissent l’AAC sont-ils plus obéissants ? ». Alors que les Pays-Bas et la Pologne envisagent de proposer l’AAC, beaucoup d’interrogations restent sans réponses.

Jean-Claude Huant



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