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map Vie des régions — Décembre 2006

-Metz-
Place aux jeunes !


Comme ailleurs, il y a, à Metz, de la place pour les auto-écoles qui en veulent. L’exemple des auto-écoles rencontrées laisse penser qu’un renouveau est en train de s’opérer… grâce à l’arrivée courageuse de jeunes – moniteurs et gérants – motivés.

À Metz comme ailleurs, le paysage des auto-écoles est dominé par quelques grosses enseignes installées depuis des dizaines d’années, et complété par des petits établissements qui récupèrent les miettes par quartier. Dans le rôle des colossaux ancêtres, retenez les noms des auto-écoles Sainte-Thérèse, Cerest et Rallye. Au casting des « mini », comptez sur une petite quinzaine d’écoles de conduite disséminées (pas forcément de manière homogène) dans la ville.
Côté maisons historiques, rendez-vous est pris à l’auto-école Rallye. C’est Sandy Alexander, le fils des fondateurs, qui reçoit. « Mes parents ont créé l’auto-école en 1970, rue Dupont des Loges, raconte-t-il. Ils avaient six concurrents dans les environs immédiats, mais ne pouvaient pas s’installer ailleurs, le local appartenant à la famille. Pourtant, l’entreprise a rapidement évolué : mon père avait un excellent réseau, qui lui a valu près de 200 inscriptions dès la première année. Encore aujourd’hui, nous continuons à en bénéficier, les enfants et les proches de ces premiers élèves revenant s’inscrire ici. »
Malgré le succès de leur affaire (l’entreprise a employé, à cette époque, jusqu’à douze moniteurs), et bien que leur fils y ait grandi, les créateurs ne souhaitent pas que Sandy marche dans leurs traces. « Ils n’aimaient pas le regard des gens sur les gérants d’auto-écoles, reprend le fils. Ils aspiraient à quelque chose de mieux pour moi. » Chacun de leur côté, les membres de la famille prennent donc leurs dispositions. Sandy s’oriente vers une école de commerce, ses parents ralentissent le rythme dans l’idée de revendre l’entreprise. Mais la vapeur s’inverse finalement quand, à son retour de l’armée, Sandy remplace temporairement la secrétaire malade… Et finit par passer son Bepecaser en 1998. Suivent trois ans de « cohabitation » avant la reprise officielle de l’entreprise par Sandy Alexander au 1er octobre 2003.

RÉUSSIR PAR SOI-MÊME
Si le fils est conscient de l’héritage qu’il récupère, il ne compte pas se reposer dessus. Au contraire. « Je ne veux pas être juste celui qui a repris, je veux réussir », dit-il. Et si l’accueil a été bon du côté des salariés,  car comme l’explique Sandy, il « représente la pérennité de l’entreprise », c’est une autre histoire du côté de la concurrence. « Il y a eu quelques tentatives d’intimidation, comme m’envoyer quelqu’un pour contrôler les prix ».
Alors, challenge ou revanche, Sandy Alexander a entamé l’offensive. Au 1er septembre 2005, il a offert à l’auto-école Rallye un deuxième pas de porte. « Je souhaitais désengorger le bureau du centre-ville et me rapprocher des élèves (il y a un lycée juste en face de l’auto-école), indique-t-il. À cet emplacement,  il y avait déjà une école de conduite, mais son propriétaire souhaitait vendre. Alors j’ai sauté sur l’occasion. »
Cette nouvelle auto-école bénéficie de la bonne réputation de son ancien gérant, resté dans l’entreprise en tant que salarié. Au départ, il était le seul moniteur et Sandy Alexander tenait le bureau en continu, contre trois soirées d’ouverture auparavant. C’est, d’après le nouveau gérant, ce qui a permis de développer l’entreprise. « Les élèves ont plus de facilités pour venir s’inscrire et s’entraîner au Code. Même pour caler les leçons de conduite, c’est plus facile : désormais, nous avons six moniteurs… Et nous avons pu lancer le permis moto. » Un succès éclair qui permet à Sandy Alexander d’avancer sans se soucier de ce qui se passe chez ses concurrents.

PETITES STRUCTURES, DES HAUTS ET DES BAS
Pour les petites structures qui se trouvent à proximité, par contre, impossible de travailler avec des œillères. C’est le cas de Julien Garniche, qui a créé en 2002 l’auto-école du XXe Corps, à un kilomètre environ de l’établissement précité et dans un périmètre déjà largement quadrillé en termes d’écoles de conduite. « Au début, indique-t-il, j’avais dans l’idée d’ouvrir une moto-école, mais j’ai vite compris que la voiture était indispensable. J’avais trouvé ce petit local plaisant, situé à côté du lycée Jean XXIII, un petit établissement privé un peu BCBG, alors je me suis lancé. Je ne le regrette pas : même si trois structures importantes sont situées au bout de la rue, mes élèves sont en majorité des jeunes bien élevés et bien suivis. Les conditions de travail sont agréables. »
D’après son analyse, l’auto-école a bien démarré. Les deux premières années, le gérant travaillait seul. Sans frais ni charges, mais aussi sans jours de congé et dans la peur d’un éventuel accident ou maladie, l’auto-école était rentable. Chaque mois, plus de 10 élèves signaient leur contrat d’apprentissage. Alors, au bout de 24 mois sans samedi, Julien Garniche a choisi d’embaucher. Grâce à sa monitrice, il peut désormais lever le pied le mercredi et le samedi après-midi. Cependant, la conjoncture n’a pas suivi cette prise de risque. « Depuis deux ans, les inscriptions sont retombées à 80/90 par an, s’inquiète le gérant. En plus, les autres auto-écoles ont réagi à ma présence. Les grandes enseignes ont refait leurs bureaux et retouché leurs tarifs… Et j’ai dû faire la même chose. »
Résigné, mais pas désespéré. Le gérant de l’auto-école du XXe Corps a trouvé une solution qui évite le licenciement de ses salariées (il emploie également une secrétaire à temps partiel). « Je cherche un nouveau bureau, indique-t-il, de taille identique à celui-ci, dans lequel je n’aurais qu’une secrétaire et qui fournira des heures de conduite pour les deux enseignants. C’est mon projet pour 2007. »

UNE ÉQUIPE JEUNE, POUR FAIRE ÉVOLUER L’AUTO-ÉCOLE
L’expansion est-elle la seule chance de réussir ? L’expérience de Mario Camiolo à Metz tendrait à le démontrer. Pour le vice-président de l’Anper, également co-gérant d’une auto-école à Forbach et d’un centre de formation à Metz, la reprise d’un petit établissement dans la capitale mosellane, en 1997, avait d’abord pour but « de servir de vitrine pour le centre de formation ». Près de dix ans plus tard, la vocation de cette école de conduite a pourtant largement changé… grâce à l’équipe en place. Si Mario Camiolo et Christian Gaudioso restent les gérants sur le papier, ce sont bien Claudine, Fred et Clément qui font tourner la boutique au quotidien. Réunis depuis peu dans cette structure, les trois salariés ont transformé, en quelques mois, la citrouille en carrosse. Au bureau tous les jours, Claudine, l’ancienne commerçante, semble mener son petit monde d’une main de fer dans un gant de velours, le sourire en plus. Spécialisé dans l’enseignement de la moto, Fred a largement développé les formations deux-roues. « Plusieurs partenariats avec des assurances nous permettent de proposer des formations améliorées, notamment pour le BSR, indique-t-il. Certains organismes parrainent une formation initiale plus poussée, d’autres financent un « post-BSR » d’une demie à une journée ». Ces élèves, approchés à 14 ans, sont de potentiels clients que l’on peut retrouver quatre ans plus tard pour passer le permis de conduire… Et autant de promoteurs supplémentaires de l’auto-école, par le bouche-à-oreille. Plus âgés, les apprentis conducteurs sont – le plus souvent – pris en charge par Clément, le cadet de l’auto-école. Embauché en contrat de professionnalisation, ce jeune homme présente l’avantage d’être jeune (soit, dynamique, volontaire et, surtout, proche des élèves) et d’avoir été formé au sein de l’entreprise (soit, de connaître les méthodes de la maison et d’avoir une formation sur le terrain nettement supérieure à celle des moniteurs passés par un Bepecaser classique)… D’après son employeur, la formule est idéale. « Les auto-écoles devraient plus embaucher dans ce cadre, elles ont tout à y gagner », martèle Mario Camiolo. Ici en tout cas, les résultats ne se sont pas fait attendre. Grâce au travail de ces trois salariés complémentaires, le nombre d’inscriptions est en passe d’exploser. « Nous avions 130 inscriptions l’année dernière, il y en aura 200, voire 300 cette année », annonce – fièrement ! – le gérant.

CRÉER UNE AUTO-ÉCOLE, UNE ENTREPRISE À RISQUES ?
Dans la veine des jeunes entrepreneurs dynamiques, reste à voir, dans la région messine, Sandrine Keller. Cette jeune femme vient d’ouvrir son auto-école à Moulins-Lès-Metz, une ville accolée à la capitale mosellane. Tonique, elle raconte son parcours avec un enthousiasme communicatif. « Je suis devenue enseignante en 1999, après avoir travaillé près de dix ans dans la grande distribution, un secteur à la mentalité malsaine, mais où j’ai beaucoup appris. Je ne me voyais pas enfermée dans un bureau, ni dans une activité sans contacts humains… Et mon sale caractère s’opposait par avance à une hiérarchie forte. Comme j’étais très souvent sur la route, j’ai opté pour l’enseignement de la conduite. »
Après quelques mois chez Cerest où selon Sandrine « Hervé, un excellent pédagogue », puis quelques années passées à l’auto-école du Saulnoy, à Marly-les-Metz « chez monsieur Mussot, un homme remarquable, qui continue à m’épauler aujourd’hui », la jeune gérante veut prendre son envol en solo. Une première fois, une reprise échoue au dernier moment, suite au refus inattendu (un accord verbal avait déjà été obtenu) de la banque… Un bébé plus tard, la monitrice qui ne tient pas en place décide qu’elle ne veut plus dépendre que d’elle-même.
En juin, elle trouve ce local de 100 m² en bordure de Metz, à un carrefour qui voit passer chaque jour 20 000 véhicules. Aussitôt, elle participe au stage de capacité de gestion, négocie avec le propriétaire pour qu’il prenne en charge les travaux, puis obtient son agrément à la vitesse de l’éclair. Depuis l’ouverture le 1er septembre, elle a inscrit une trentaine d’élèves et elle vient d’embaucher une monitrice pour pouvoir faire face à l’affluence. Audacieuse, la toute nouvelle gérante prend des risques et assume. « Je ne peux pas savoir comment la situation va évoluer, reconnaît-elle. Mais il faut savoir prendre des risques. À l’heure actuelle, je fais du Code l’après-midi, ce qui est adapté aux élèves qui viennent de s’inscrire. Mais, dès qu’ils auront besoin de leçons de conduite, le planning va déborder. Or, je veux faire de la qualité : il faut que les élèves soient contents puisque ce sont eux qui vont faire ma pub. »

Cécile Rudloff



CHIFFRES

• Metz compte 124 300 habitants (2 950 hab./km²)
• Taux de chômage en 2005 : 9 % (9,6 % en France au même moment)
• L’université de Metz accueille 15 640 étudiants


CARTES D’IDENTITÉ


 


Auto-école Mod-L
Gérant : Sandrine Keller
Effectifs : une monitrice
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : une trentaine, un mois et demi après l’ouverture
Véhicules : une 207
Tarifs : 867 € l’équivalent du forfait 20 heures, 39 € l’heure de conduite supplémentaire

Auto-école Mario
Gérants : Mario Camiolo et Christian Gaudioso
Effectifs : deux moniteurs et une secrétaire
Formations proposées : BSR, prise en mai 125, A, B, AAC, E(b), post permis pour conducteurs expérimentés, post-formation BSR
Inscriptions : 130 en 2005. Pourrait doubler en 2006
Véhicules : trois Clio 3 et une Clio automatique, un Trafic, trois Kawasaki ER5, une Yamaha XT, plusieurs 125 partagées avec l’auto-école Mario de Forbach
Tarifs : 882 € l’équivalent du forfait 20 heures, 37 € l’heure supplémentaire

Auto-école du XXe Corps
Gérant : Julien Garniche
Effectifs : une monitrice et une secrétaire à mi-temps
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : 90/100 inscriptions
Véhicules : deux 206
Tarifs : 730 € l’équivalent du forfait 20 heures, 35 € l’heure supplémentaire

Auto-école Rallye
Gérant : Sandy Alexander
Effectifs : (deux bureaux) : 19 moniteurs, quatre secrétaires
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, perfectionnement, permis automatique, quad
Inscriptions : 1 000 inscriptions annuelles
Véhicules : 19 Peugeot 207, une Modus, une 206 automatique, neuf Suzuki 500 GSE, deux 125 Van, trois scooters, un quad
Tarifs : 783 € l’équivalent du forfait 20 heures, 38 € la leçon supplémentaire (de trois quart d’heure)





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