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confirmation_number Permis à points — Septembre 2006

-Permis à 1 euro par jour-
Les acteurs de la profession ont la parole


La Tribune des Auto-Écoles a demandé aux grands acteurs de la profession de dresser un bilan du permis à 1 euro par jour, un an après son lancement. La mesure a-t-elle été ressentie comme plutôt positive ou plutôt négative ? A-t-elle été profitable pour les élèves comme pour les écoles de conduite ? Les réactions ont été riches et nombreuses.




GÉRARD ACOURT (ECF)


« Sur le plan quantitatif, le bilan est plutôt satisfaisant, puisqu’on devrait aboutir à environ 100 000 demandes de prêts accordées pour l’année 2006, c’est-à-dire plus de 10 % des formations au permis B. Une école de conduite sur deux, soit 50 %, a signé la convention. Bien que le nombre de conventions signées ait diminué ces deux-trois derniers mois, ce chiffre devrait atteindre 60 % vers la fin de l’année 2006. Sur le plan qualitatif, l’opération a été l’occasion de faire signer des conventions entre écoles de conduite et l’État. C’est une bonne chose pour ces auto-écoles conventionnées, qui se sont engagées dans une charte de qualité et peuvent bénéficier de la garantie financière, qui est une excellente chose à la fois pour la profession et pour les élèves. En ce qui concerne ECF, le permis à 1 euro par jour a entraîné une hausse de 20 % des inscriptions au permis B. Relativement peu de dossiers ont été refusés par les banques, mais le dispositif n’est malgré tout pas arrivé à toucher le public le plus défavorisé. Nous attendons donc avec impatience la mise en place des contrats Civis.



DANIEL BLOT (CNPA BRANCHE AUTO-ÉCOLE)

« On ne peut pas dire que le bilan soit négatif. L’idée de financer un permis à crédit, si elle n’est pas nouvelle, ne paraît plus inaccessible. Toutefois, seules les auto-écoles qui savent vendre et mettre en valeur ce produit tirent leur épingle du jeu. Mais cette opération a été conçue de telle façon qu’elle se révèle forcément inégalitaire dans son fonctionnement : il y a ceux qui ont les moyens et auxquels la banque va prêter, et ceux qui ne les ont pas et qui se verront refuser le prêt. Et c’est surtout ceux-là qui avaient besoin qu’on les aide. Au passage, la profession ne comprend pas le retard de mise en œuvre dans l’aide Civis de 200 euros.
De plus, la convention sur le permis à 1 euro par jour n’est pas suivie avec rigueur par les banques, qui ne vérifient pas systématiquement que l’auto-école est signataire de la convention, ne s’assurent pas que l’argent va bien arriver dans l’auto-école qui a fait le devis, etc.
Quant à l’extension à la moto, elle ne s’imposait pas, car elle touche peu de monde et risque de devenir une contrainte, puisqu’il est question, pour les nouvelles conventions en tout cas, d’obliger les auto-écoles à prendre en même temps la moto et l’auto. »



JEAN-LOUIS BOUSCAREN (UNIDEC)


« Le bilan est dans l’ensemble plutôt positif. Un grand nombre des auto-écoles sont conventionnées permis à 1 euro par jour. Quant aux autres, soit elles n’étaient pas intéressées, soit leur mauvaise santé financière n’a pas permis de pouvoir bénéficier d’une garantie financière. Au niveau des candidats, le nombre de permis financés est très acceptable. Pourtant, bien qu’on puisse difficilement refuser un crédit gratuit, certains élèves ont eu une réaction bizarre de méfiance.
De plus, l’effort de communication n’a pas été suffisamment poussé de la part du gouvernement. Alors, les écoles de conduite qui souhaitaient s’engager dans l’opération ont plutôt dû faire leur publicité elles-mêmes ! Et l’État n’embauche pas suffisamment d’inspecteurs pour permettre à tous de passer l’examen. Alors c’est bien de vouloir d’un côté aider les jeunes, mais si de l’autre côté un élève doit attendre six mois pour pouvoir repasser le permis et débourser de l’argent en plus pour prendre 10 à 12 leçons supplémentaires… Quant à l’objectif annoncé d’aider les jeunes les plus défavorisés, il n’est pas vraiment atteint, car si les pouvoirs publics ont demandé aux banques de jouer le jeu, certaines ont eu peur de s’engager. »



PHILIPPE COLOMBANI (UNIC)

« Ce n’est pas une réussite, à de rares exceptions près. Mais certaines auto-écoles dès le début du permis à 1 euro par jour ont inscrit énormément d’élèves sans avoir de places pour les présenter. Et pour éviter de leur rembourser les forfaits, elles leur font faire 1 heure par semaine : c’est de la consommation pure et simple, on n’est plus du tout dans l’enseignement ou dans la pédagogie !
Je ne pourrais dire si l’objectif de toucher les populations en difficulté est atteint, car pratiquement aucun de mes adhérents ne propose le permis à 1 euro par jour. Les rares qui le font n’ont pratiquement plus de demandes. L’Unic avait refusé de signer la convention. Nous n’étions pas forcément opposés au permis à 1 euro par jour, mais à condition de régler les problèmes de places d’examens. Or, le nombre de places est nettement insuffisant, surtout dans les départements où il y a la nouvelle répartition. Je ne regrette pas de ne pas avoir fait le permis à 1 euro par jour, car il ne règle pas les problèmes. Il met de l’argent dans les caisses des auto-écoles, sans se préoccuper de l’intérêt des jeunes et de l’enseignement de la conduite. »



OLIVIER DEBLIQUIS (CFDT INSPECTEURS)

« Le permis à 1 euro par jour n’a pas changé énormément de choses, mis à part la trésorerie des auto-écoles, qui s’en porte un peu mieux. Les écoles de conduite sont satisfaites parce qu’au lieu de courir après l’argent, elles l’encaissent avant la formation. Mais il faut apprendre à gérer sur la durée et faire attention à ne pas tout dépenser tout de suite.
Ce ne sont pas forcément les populations les plus défavorisées qui en bénéficient. C’est une solution de facilité utilisable par tout le monde. L’autre volet du permis à un euro par jour, les contrats Civis, doivent aider des gens qui sont plus dans la difficulté, mais cela a pris un peu retard.
Au niveau des inspecteurs, le permis à un euro n’a rien changé. On espérait avec cette formule que les jeunes prendraient un peu plus d’heures puisqu’ils avaient des facilités de paiement, plutôt que de vouloir passer très rapidement le permis, mais cela n’a pas évolué. Les inspecteurs ne sont absolument pas au courant si l’élève est en formule permis à 1 euro. La seule chose que l’on sait est si l’auto-école pratique l’opération ou non (logo spécifique sur le véhicule…). »



MARC FAVRE (ADECA)

« Le ministère semble content, puisque environ 4 500 auto-écoles auraient signé. Je sais qu’en Charente, 30 établissements sur 63 ont signé, soit près de 50 %. Toutefois, les gens qui bénéficient de l’opération n’ont pas toujours besoin d’un financement de cet ordre, mais c’est un moyen d’obtenir un emprunt facilement.
Je ne peux dire si c’est un bon investissement pour les auto-écoles car je ne propose le permis à 1 euro par jour que depuis peu. Je m’y suis mis car je me suis dit qu’il était stupide de ne pas bénéficier du système, sous prétexte qu’il n’aide pas véritablement les plus défavorisés. Et je rentre dans un certain cadre que je ne crains aucunement. Alors que d’autres, il faut le souhaiter, en entrant dans un cadre, se sont peut-être sentis obligés de le respecter. D’autant plus qu’il peut y avoir un suivi, même si ce dernier n’a pas encore eu lieu.
Mais pour les auto-écoles, cela coûte assez cher, puisque la garantie financière pour certains établissements (grand nombre de moniteurs, chiffre d’affaires très important) est très élevée. »



JEAN-YVES FERRON (CEGEI-MER)

« Je m’attendais à ce que les gens l’accueillent favorablement, trouvant avantageux de pouvoir étaler le paiement du permis avec un crédit gratuit. Mais en fait en un an, je n’ai fait que 10 % de mes inscriptions en permis à 1 euro par jour, alors que j’attendais plutôt un chiffre de l’ordre de 35 %.
Certains élèves m’ont dit qu’ils se méfiaient beaucoup de tout ce qui émane de l’État. Mais dans le cas du permis à 1 euro par jour, l’une des rares bonnes idées de l’État, cela vaut vraiment le coup. Cependant, l’objectif d’aider les plus défavorisés n’est pas atteint. Si pas mal de banques sont favorables à l’opération, d’autres ne veulent même pas en entendre parler !
Mes élèves qui ont fait le permis à 1 euro par jour en sont satisfaits. Le souci financier en moins, ils peuvent davantage se concentrer sur les cours et sur la conduite. Le permis à 1 euro par jour représente un bon investissement pour les auto-écoles. Les élèves sont plus motivés et la mesure peut amener plus d’inscriptions : les gens recherchent les établissements qui ont l’agrément. »



CHRISTIAN GROLIER (SNICA-FO)

« D'après la DSCR, 60 151 prêts ont été accordés au 1er juillet 2006, ce qui permet d'envisager 100 000 prêts sur une année depuis le lancement du dispositif. Comparés aux plus de 680 000 candidats examinés en 2004 en 1ère présentation pratique B, cela correspond à environ 15 % de candidats optant pour cette formule. Cela ne peut pas être considéré comme une réussite dans la mesure où l'objectif  initial n'est pas atteint. Les usagers les plus en difficulté sur un plan social sont ceux qui n'ont pas accès aux prêts, les banques refusant leur accord à ceux n'apportant pas des garanties suffisantes. Il s’agit plus d’une opération médiatique que d’un vrai soutien aux usagers en difficulté. Il suffit de voir son extension au permis A aujourd'hui.
Cette opération n'a eu aucune incidence sur la neutralité et l'indépendance des IPCSR. En effet, ce n'est pas le type de financement pour la formation à la conduite qui signifie qualité de la formation. De plus, l'IPCSR ne connaît pas le mode de financement du candidat qu'il examine.
Pour le Snica-FO, seul le recrutement de nouveaux IPCSR permettrait de réduire les coûts. En effet, moins le candidat attend en cas d'échec, moins il « perd » de ses capacités d'apprenti-conducteur entre les examens et moins il a besoin de reprendre des leçons. Enfin, la relance des suivis d'enseignement effectués par les IPCSR permettrait d'améliorer la qualité de la formation. »



BRUNO DE KORSAK (UNSA EDUCATION ROUTIÈRE)

« Le bilan est assez positif. Cela a obligé à clarifier les choses et à dire le vrai coût du permis de conduire, surtout en province. Mais nous regrettons que la mesure n’ait pas vraiment aidé les gens les plus défavorisés, qui n’arrivent pas à obtenir un financement ou alors un financement partiel. Les personnes qui en ont vraiment besoin n’y ont pas accès, car ils n’ont le plus souvent pas des parents suffisamment solvables.
Cela dit, la mesure est une bonne chose pour les élèves et les moniteurs. L’argent est encaissé d’avance : la pédagogie n’est pas perturbée par les aléas financiers. Mais cela peut-être dangereux pour les gérants, qui travaillent « à la trésorerie » : il faut faire preuve d’une gestion attentive si on ne veut pas se laisser piéger. »



PIERRE LEMAYITCH (ANPER)

« La mise en œuvre du permis à 1 euro par jour avait pour objectif annoncé de faciliter l’accès à la conduite pour les jeunes et les familles en difficulté. Il est désormais établi que cette cible n’a généralement pas eu plus d’accès à ce type de prêt qu’elle n’en a par ailleurs. Mais pour les catégories de revenus moyens, le dispositif a pu constituer une facilité de trésorerie intéressante.
Le chiffre annoncé de plus de 60 000 prêts accordés peut-être considéré comme satisfaisant eu égard aux faiblesses rencontrées dans la communication de l’État autour de l’offre. Ce rôle a été tenu par les organismes financiers, au moins dans la phase de lancement, et de manière plus récurrente par les réseaux d’école de conduite comme l’Anper.
Du côté des professionnels le résultat est mitigé. Sur certains secteurs, l’opération a donné de bons résultats, sur d’autres les réalisations ont été peu nombreuses. L’impact du permis à 1 euro par jour semble dépendre en grande partie de la façon dont l’exploitant s’en est emparé : communication et partenariats locaux, sensibilisation des personnels d’accueil… donnent de bons résultats. Le coût direct (le montant de la prime liée à la garantie financière) a pu dans ce cas être facilement amorti. Pour le reste, la majorité des écoles de conduite déjà aux normes du cahier des charges n’ont pas eu d’investissements supplémentaires importants.
Pour le secteur dans son ensemble, le bilan est largement positif. Mise en évidence de l’engagement qualitatif, valorisation des écoles de conduite, reconnaissance et validation par les partenaires institutionnels et privés, autant de points forts qu’il importe maintenant d’exploiter. Ainsi, dans le cas de l’opération menée, en notre collaboration, par le FASTT, les écoles de conduite conventionnées « Permis à 1 euro par jour » sont retenues au titre de l’opération « 8 000 permis. »



MICHEL MALBERT (CER)

« Selon nos adhérents, la tonalité générale est positive. On constate que l’opération marche mieux dans le milieu urbain que rural, où l’on répugne souvent à faire crédit quand on peut payer.
On observe également un effet pédagogique : de nombreux parents font financer le permis à leurs enfants, en leur faisant payer les mensualités pour leur apprendre à gérer leur budget. Mais dans la majorité des cas, ce ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin qui en bénéficient, car les banques « ne prêtent qu’aux riches ».
Point positif pour les auto-écoles, il y a moins de « marchandage » avec les élèves et de concurrence sauvage entre les établissements. Toutefois, un problème de gestion de trésorerie est apparu. Dans le réseau, on a attiré l’attention sur la nécessité d’isoler les sommes encaissées et dont les prestations ne sont pas effectuées.
Le permis à 1 euro par jour est aussi un moyen d’améliorer la qualité de la formation, notamment pour la partie théorique : cela a permis à pas mal de formateurs de revenir dans les salles de cours et de faire de vrais cours de code. On voit moins de cas où le formateur branche son DVD et ne s’occupe de rien.
D’autre part, le permis à 1 euro par jour pourrait faire progresser l’idée d’une labellisation des écoles de conduite, qui intégrerait notamment les suivis d’enseignement. Il paraîtra alors moins utopique qu’il y ait des auto-écoles labellisées, puisqu’il existe déjà un label permis à 1 euro par jour.



PASCAL PIERRE (CITY’ ZEN)

« Nous avions signé la convention et le bilan est plutôt positif. Environ 20 % des inscriptions de nos adhérents en moyenne passent pas ce mode de financement, mais c’est assez variable selon les agences et les secteurs. On voit bien que cela correspond à un besoin car la mesure a été très vite utilisée. Avec les élèves, ça met de côté l’aspect financier pendant la quasi-totalité de la formation. Ils se concentrent sur l’aspect pédagogique. La mesure monte en puissance et la démarche se fait assez naturellement.
Pour nos auto-écoles, les inscriptions sont en hausse mais c’était déjà une tendance qu’on observait avant le permis à 1 euro par jour, car nous avons procédé à un changement de marque et nos agences ont été refaites. Mais il reste à savoir pourquoi sur certaines agences, la mesure est moins utilisée car on rencontre des refus et certains dossiers n’aboutissent pas. Il est difficile d’arriver à des conclusions, cela dépend vraiment des agences. »



PIERRE TAVERNIER (CFR EUROPÉEN)

« Le CFR E n’a pas imposé le permis à 1 euro par jour pour ses adhérents. Ceci dit, beaucoup le proposent car les collègues le font à côté. D’après ce que j’ai pu entendre en parlant avec quelques présidents, le bilan n’a rien d’extraordinaire. Le plus souvent, les personnes les plus défavorisées n’arrivent pas à obtenir le prêt, puisqu’on leur demande une caution. Et cela n’a pas eu un effet extraordinaire sur le nombre d’inscriptions des auto-écoles.
Par contre, nous étions contre l’extension au permis moto, qui ne facilite pas spécialement l’insertion des jeunes dans la vie professionnelle. Cette extension est un peu limitée car ceux qui passent la moto avec l’opération ne peuvent plus passer l’auto dans les mêmes conditions, et ceux qui ont déjà le permis B ne peuvent pas le faire. Il y a peu de gens qui passent uniquement ou d’abord la moto.
Le permis à 1 euro par jour n’a pas entraîné de différence d’enseignement, car nous avions déjà notre charte de qualité. Et il n’y a pas eu de contrôles. On devait déterminer exactement ce que seraient ces contrôles. Mais finalement on n’en a jamais reparlé. »



MICHEL TEREKOFF (FNEC)

« Nous n’avions pas signé la convention, nous avons laissé le libre choix à nos adhérents. La DSCR considère que c’est une réussite. Nous n’avons pas beaucoup de moyens de vérifier. Si l’opération a été un succès pour quelques-uns, est-ce que cela va continuer ? En s’inscrivant, les élèves trouvent le moyen de faire un placement : il est intéressant d’avoir recours à un prêt gratuit pour des moyens qu’ils ont engagés. On peut néanmoins dire que cela ne touche pas des personnes véritablement dans le besoin. On note le développement de « prêts parallèles », établis sans les formalités habituelles, de la part des organismes financiers.
Certaines auto-écoles affirment que le permis à 1 euro par jour représente un bon investissement. Des établissements isolés ont vu leur nombre d’inscriptions croître. Mais ils rencontrent des difficultés pour obtenir un nombre suffisant de places d’examens, le point d’achoppement étant le système d’attribution des places. Le système n’a pas les moyens de suivre cette augmentation du nombre de candidats. »



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