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query_stats Études et statistiques — Mai 2006

-Social-
Zoom sur les acteurs de l’auto-école


Sans les exploitants, les moniteurs ou encore les élèves, le secteur de l’auto-école n’existerait pas. C’est pourquoi l’étude de l’université de Marne-La-vallée a étudié* de plus près ces trois acteurs essentiels de la profession.

LES EXPLOITANTS : DES REVENUS TRÈS HÉTÉROGÈNES
L’étude de l’université de Marne-La-Vallée révèle que l’entrée dans la profession est souvent due au hasard de la vie ou des rencontres, à moins que la personne ne soit issue du milieu auto-école de part son environnement familial. Par contre, « le démarrage d’une activité de gérance (en création ou en rachat) est souvent une décision mûrement réfléchie, dont la motivation principale est le désir d’indépendance, de « pouvoir être son propre patron ».
S’ils s’apparentent plutôt au modèle de l’entrepreneur de la Très Petite Entreprise (TPE), l’étude distingue deux catégories de personnes : les exploitants qui ont « une vraie volonté de s’inscrire dans une démarche entrepreneuriale » et qui sont qualifiés « d’Exploitant Entrepreneur », et ceux qui « se laissent vivre » et qui sont désignés par le terme de « l’Exploitant Passif ». Le premier a un profil d’entrepreneur et une propension à la création et à la direction. Pour lui, le risque n’est pas un frein dans sa prise de décision et il recherche plutôt à diversifier son activité en proposant divers permis, en développant des partenariats avec les municipalités, etc. Il peut également être examinateur au Bepecaser, faire partie d’un syndicat ou de commissions d’agrément. A l’inverse, le second refuse le risque, ne propose que du permis B et recherche plus la qualité de vie que la rationalité économique de son activité.
Si les exploitants ont en commun de ne pas compter leurs heures de travail, on observe une grande hétérogénéité en terme de salaire en fonction du type d’entreprise qu’ils dirigent. Les gains mensuels se situent entre 500 à 700 euros bruts déclarés, ce qui représente environ la moitié du Smic pour les exploitants d’entreprises de type 1 (voir l’encadré p. 21 pour la description des différents types d’entreprises). Les exploitants d’entreprises de type 2 parviennent à peine à se verser un Smic mensuel. « Seuls les exploitants des entreprises de type 3 et au-delà parviennent à obtenir un revenu substantiel de leur activité », souligne l’étude, avant de préciser : « Dans les entreprises de type 3 et 4, l’hétérogénéité est grande ; certains exploitants se versant un salaire proche du Smic, d’autres réussissant à dégager des revenus plus élevés sous forme de salaire, de dividendes versés à partir des résultats de l’entreprise, voire même de revenu locatif dans le cas d’un exploitant louant des locaux dont il est propriétaire à sa société. Des exploitants percevant plus de 3 000 euros nets par mois de revenus estiment « bien vivre » de leur activité ». Enfin, les gérants qui dirigent une entreprise de type 5, dispensant des formations poids lourds pour des clients institutionnels, tirent leur épingle du jeu et reçoivent un salaire mensuel qui tourne autour des 5 000 euros bruts.

LES MONITEURS : DES SALARIÉS À MOTIVER 
A l’instar des exploitants, les enseignants de la conduite perçoivent une rémunération relativement faible : entre 8 et 12,5 euros de l’heure, la moyenne se situant à 10,5 euros. Dans trois cas, des rémunérations inférieures à 10 euros ont été observées :
- le déclassement de deux échelons d’un salarié par rapport à sa qualification réelle afin de maintenir l’emploi de ce dernier car l’entreprise se trouvait en difficulté financière ;
- l’emploie de jeunes et de retraités pour qui le salaire était considéré comme un appoint ;
- la nécessité pour l’auto-école de proposer aux élèves des tarifs très compétitifs par rapport aux établissements concurrents, et la répercussion de ces tarifs cassés sur le salaire des moniteurs.
Le degré de qualification influe sur le taux de rémunération. Si les moniteurs du permis B se situent fréquemment au bas de l’échelle, les enseignants moto sont en moyenne payés 12 euros bruts de l’heure et ceux des formations du groupe lourd perçoivent entre 14 et 15 euros bruts de l’heure.
Des primes plus ou moins importantes peuvent être versées pour compenser des salaires peu élevés. Dans l’échantillon étudié par l’université de Marne-La-Vallée, une entreprise a mis en place un plan d’épargne d’entreprise, ce qui peut être un argument pour fidéliser les salariés, car les avantages en nature sont rares, « si ce n’est l’usage du véhicule pour le trajet domicile-école de conduite ». Lorsque les sociétés se portent bien financièrement, elles peuvent également proposer une mutuelle complémentaire pour le salarié et les membres de sa famille.
Mais point négatif, l’étude stipule que « de manière générale, les rémunérations sur la base d’un taux horaire faible s’accompagnent souvent d’un complément de rémunération par le paiement d’heures supplémentaires non déclarées ».
Pour ce qui est des horaires, la majeure partie des salariés est embauchée sur la base d’un contrat à durée indéterminée (CDI) de 35 heures hebdomadaires ou de 35 heures plus 4 heures supplémentaires. Un peu moins de la moitié des entreprises de l’échantillon* a également recours à des salariés en temps partiels, qui peuvent être des retraités ou des vacataires, ou encore le conjoint (généralement la femme de l’exploitant) qui donne « un coup de main ». Pour un enseignant du groupe lourd, le temps de conduite journalier ne dépasse 7 heures, mais pour un moniteur qui assure la formation au permis B, l’aménagement des plages horaires peut être nettement plus contraignant, car il doit s’adapter aux horaires souvent décalés des jeunes élèves qui sont encore étudiant ou des personnes qui travaillent et ne sont pas disponibles lors des heures classiques de bureau. Ainsi, la plage de 17-19 h 00 et celle de 12-14 h 00 sont les plus demandées et donc les plus chargées pour les moniteurs. Même chose pour la journée du samedi. L’étude conclue que les enseignants du permis B « subissent souvent de longues journées de travail : 8 à 10 heures de conduite par jour, 9 heures sur 4 jours ou des horaires décalés ».
Toujours dans un but de fidéliser leurs bons éléments, car le turnover est important et qu’il est « difficile de trouver des moniteurs », certaines entreprises sont soucieuses d’améliorer les horaires de leurs enseignants en leur proposant par exemple, « le choix des 4 jours travaillés par semaine lors de l’embauche », un « roulement qui permet à chaque enseignant de libérer certains mercredis et samedis » ou encore l’assurance de ne pas effectuer d’heures supplémentaires. Bien évidemment, l’étude universitaire remarque judicieusement que « de telles mesures ne sont envisageables que pour les entreprises disposant d’un minimum de salariés ». Enfin, des gérants d’auto-écoles veillent à proposer des véhicules confortables pour que les moniteurs n’aient pas mal au dos ou prônent la polyvalence pour que l’enseignant puisse alterner cours de Code, formation avec le véhicule et rendez-vous pédagogiques.

« LES ÉLÈVES » : UNE CLIENTÈLE TRÈS DISPARATE
Si les professionnels de l’auto-école parlent généralement de « l’élève », pour désigner un candidat au permis, force est de constater qu’il n’y a une clientèle homogène, mais plusieurs types de clients, dont les profils se dessinent souvent en fonction du permis. La clientèle du permis B est la plus importante en nombre, mais également la plus diversifiée. Le rapport fait d’ailleurs la différence entre les élèves en AAC, dont la formation est payée par les parents et qui viennent souvent d’un milieu relativement aisé ; la clientèle dont le financement du permis est pris en charge par un organisme social et qui n’est pas toujours très motivée par sa formation ; les transferts souvent considérés par les exploitants comme « source de problèmes » et que l’on essaie parfois de dissuader de s’inscrire en appliquant des frais de transferts exorbitants (« quand il existe, le prix de transfert oscille entre 40 et 300 euros ») ; enfin les élèves en formation traditionnelle qui peuvent aussi bien être « des jeunes des cités », « des jeunes de milieux plutôt aisés », « de jeunes mères de famille, ayant fait le choix de passer le permis après leurs maternités » ou encore « des femmes de la cinquantaine et de la soixantaine notamment conduite à cette démarche par leur veuvage ».
La clientèle du permis A présente déjà une expérience de la route et est généralement très motivée. Idem pour la clientèle de C, EC, D et ED, car cette dernière a besoin d’obtenir le permis pour exercer son métier.

Sandrine Ancel

* étude approfondie menée sur 15 entreprises de Seine-et-Marne représentatives du secteur de l’auto-école.



QUELLE IMAGE LA PROFESSION A-T-ELLE D’ELLE-MÊME ?

Au travers de l’étude, il apparaît que la profession a une représentation assez sévère d’elle-même. Trois thèmes négatifs sont notamment souvent évoqués : le manque de communication et de soutien « entre professionnels concurrents » ; le manque d’honnêteté vis-à-vis de l’élève (en le poussant, par exemple, à prendre le plus gros forfait lors de l’évaluation même si ce n’est pas nécessaire) ; et enfin la suspicion de comportements de fraude des concurrents (travail au noir, entre autres, de certains moniteurs).


COMMENT LES ÉLÈVES CHOISISSENT LEUR AUTO-ÉCOLE ?

Qu’est-ce qui détermine le choix par un client de tel établissement ? Les facteurs sont multiples. L’une des raisons principales est la proximité par rapport au domicile ou à l’établissement scolaire. Le service de « prise à domicile » en voiture est d’ailleurs souvent très apprécié par les élèves et leurs parents.
Autre facteur déterminant : la bonne réputation de l’auto-école qui est établie par le bouche-à-oreille, mais aussi par l’appartenance ou non à un réseau assurant une notoriété et surtout par son taux de réussite ! Les clients sont également sensibles aux moyens dont dispose l’auto-école (véhicules neufs, locaux spacieux et accueillants, salle de cours équipée, etc.) et à l’originalité de l’offre (stages intensifs, voyages-découverte…). Enfin, le prix reste un élément important pour les clients qui n’hésitent pas à comparer les tarifs d’un établissement à l’autre.
Pour la clientèle institutionnelle (ANPE, ASSEDIC, FONGECIF), le prix est aussi un facteur prépondérant, mais il n’est pas forcément le critère déterminant. Les institutionnels « semblent chercher à nouer des relations durables avec les écoles de conduite auxquelles ils sous-traitent la formation aux permis C, D, et EC ». Ces clients s’intéressent à « la capacité à proposer une offre de service -parfois innovante- conforme » à leur besoin, à « la capacité à garantir un niveau de performances élevé et régulier » et « une prestation de qualité » et enfin à la capacité de « traiter des flux importants » d’élèves.




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