Une étude inédite menée par Assurance Prévention met en évidence les effets d'une conversation téléphonique sur la vigilance des conducteurs. Si le regard reste fixé sur la route, l'attention, elle, se dégrade fortement.
À première vue, téléphoner au volant avec un dispositif intégré au véhicule ne semble pas altérer la conduite. Les conducteurs continuent de regarder la route, vérifient leurs rétroviseurs et conservent des réflexes visuels comparables à ceux observés en l'absence d'appel. Pourtant, derrière cette apparente normalité se cache une réalité bien plus préoccupante. C'est le principal enseignement d'une étude scientifique réalisée par Assurance Prévention, qui s'est intéressée pour la première fois en France aux effets d'une conversation téléphonique en conditions de conduite simulées. Les résultats montrent que si les yeux restent tournés vers la chaussée, le cerveau, lui, partage son attention entre la conduite et la conversation. Une charge cognitive qui réduit la vigilance et augmente significativement les comportements à risque.
Une vigilance en baisse malgré un regard toujours sur la route
Pour parvenir à ces conclusions, 26 conducteurs réguliers ont effectué deux parcours simulant un départ en vacances, l'un avec une conversation téléphonique, l'autre sans. Au total, près de 2 000 kilomètres et plus de 26 heures de conduite ont été analysés grâce à un simulateur et à un système d'eye-tracking capable de suivre précisément les mouvements du regard. Premier constat : les conducteurs regardent autant la route lorsqu'ils sont au téléphone que lorsqu'ils ne le sont pas. En revanche, plusieurs indicateurs révèlent une baisse de leur niveau de vigilance. Le signe le plus marquant concerne la fréquence des clignements des yeux, en hausse de 57 % pendant les conversations téléphoniques. Or, cette augmentation est reconnue comme un marqueur de diminution de l'attention et de la concentration. Le cerveau traite moins efficacement les informations visuelles, même lorsque celles-ci sont correctement perçues.
Des comportements à risque en forte augmentation
Cette baisse de vigilance se traduit rapidement par des conséquences concrètes sur la conduite. L'étude relève d'abord une augmentation de 20 % des excès de vitesse. Les conducteurs engagés dans une conversation sont également deux fois plus souvent flashés par les radars. Les erreurs de navigation progressent quant à elles de 84 %. Plus absorbés par leur échange téléphonique, les automobilistes manquent davantage de changements de direction ou réagissent trop tard aux indications de l'itinéraire. Autre conséquence directe : les freinages brutaux augmentent de 24 %, signe de réactions plus tardives face aux événements de circulation. C'est cette dégradation globale des performances qui explique le résultat le plus inquiétant de l'étude : le nombre d'accidents est multiplié par trois lorsqu'une conversation téléphonique est en cours.
Une distraction essentiellement cognitive
Contrairement aux idées reçues, le danger ne provient pas uniquement du fait de manipuler son téléphone. En France, le téléphone tenu en main et les oreillettes sont déjà interdits par le Code de la route. Les dispositifs intégrés au véhicule, eux, restent autorisés. L'étude montre toutefois que cette autorisation ne signifie pas absence de risque. La conversation mobilise une partie des ressources mentales du conducteur, au détriment de l'analyse de son environnement. Les informations sont bien vues mais moins bien interprétées, ce qui ralentit les prises de décision et favorise les erreurs. Ce phénomène est d'autant plus préoccupant lors des longs trajets autoroutiers, souvent monotones, où la vigilance tend naturellement à diminuer. Selon les données de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), les défauts d'attention ont été à l'origine de 24 % des accidents corporels en France en 2024, provoquant 419 décès.
Couper les appels avant de prendre la route
À la lumière de ces résultats, Assurance Prévention appelle les automobilistes à adopter un réflexe simple : désactiver les appels et les notifications avant le départ et attendre les pauses pour consulter leur téléphone. L'association a accompagné cette étude d'une campagne nationale de sensibilisation diffusée tout l'été à la télévision, à la radio et sur Internet. Baptisée « Et si nous transmettions la bonne attitude ? », elle a rappelé que, même lorsque les mains restent sur le volant et les yeux sur la route, une conversation téléphonique peut suffire à détourner l'attention et à compromettre la sécurité de tous les usagers.