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tips_and_updates Réforme du permis — Avril 2025

Permis à 17 ans : quel bilan dresse la profession ?

La Délégation à la sécurité routière a présenté un bilan très positif du permis à 17 ans depuis son entrée en vigueur le 1er janvier 2024. La profession a-t-elle la même analyse ?


En 2024, 290 050 jeunes âgés de 17 ans se sont présentés à l’examen pratique B ou B78. Cela représente 33,7 % de cette classe d’âge. Parmi tous ces candidats, 211 471 ont réussi l’examen, soit un taux de réussite de 73 % (contre 58,35 % toutes tranches d’âges confondues). Dans un communiqué de presse, la Délégation à la sécurité routière se réjouit d’un « succès qui dépasse les attentes ». De son côté, la profession semble plus nuancée.

Un engouement incontestable chez les jeunes
« Dès l’entrée en vigueur du permis à 17 ans, on a constaté un afflux massif des jeunes de cette tranche d’âge dans nos agences », témoigne Christelle Oberholz, présidente de l’UNIDEC et directrice de plusieurs bureaux ECF dans le Rhône. Un constat confirmé par le groupe ECF qui affirme avoir enregistré au niveau national, une hausse de 65 % des inscriptions des jeunes de 17 ans au permis B. De son côté, Sandra Carasco, présidente de l’UNIC et directrice de plusieurs agences en Gironde, observe que cet engouement des jeunes pour passer le permis à 17 ans perdure dans le temps : « On est saturé, presque tous les jeunes veulent passer leur permis à 17 ans ».

Un manque criant de places d’examen
Cet afflux de jeunes voulant se présenter à l’épreuve pratique n’est pas sans conséquence sur les places d’examen. Si l’offre était déjà insuffisante par rapport à la demande avant 2024, l’entrée en vigueur du permis à 17 ans couplée à l’élargissement du CPF à la moto, a fortement détérioré la situation dans les départements en tension. « On sait qu’il manque environ 300 000 places d’examen chaque année, affirme Patrice Bessone, président de Mobilians-ESR et directeur d’une école de conduite dans le Var. Cela veut dire qu’en 2024, il a manqué quasiment le double ! ». « Ce manque de places démontre une nouvelle fois que l’État n’a pas les moyens de sa politique », s’insurge Sandra Carasco.

Un glissement important des AAC en cursus traditionnel
Autre constat qui froisse la profession : une majorité des candidats de 17 ans qui se sont présentés à l’épreuve pratique, étaient initialement inscrits en conduite accompagnée et ont demandé à passer en cursus traditionnel afin de se présenter à l’examen pratique plus tôt pour pouvoir conduire seul tout de suite après l’obtention de leur permis de conduire. Une stratégie qui continue, selon la présidente de l’UNIC, qui déplore que la conduite accompagnée, dont les bénéfices en termes de qualité de formation et de taux de réussite ne sont plus à démontrer, soit sacrifiée. Même colère chez Patrice Bessone, pour qui « cette réforme du permis à 17 ans est très bien, mais a un goût d’inachevé. D’une part, elle met un frein terrible à l’AAC. D’autre part, Mobilians-ESR avait demandé que les jeunes qui passent le permis à 17 ans sans avoir opté pour la formation en conduite accompagnée, aient l’obligation de suivre une formation post-permis de 4 heures ou plus, six mois après avoir obtenu leur permis, comme cela se fait en Autriche. Malheureusement, cette proposition n’a pas été retenue. »

Un impact sur l’accidentalité encore difficile à déterminer
Enfin, dans le communiqué de presse de la DSR, François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, déclare : « Ce bilan prouve qu’il est possible de concilier sécurité routière, accessibilité et autonomie pour les jeunes conducteurs ». Sur ce point, les représentants de la profession sont unanimes : il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’accidentalité des jeunes conducteurs de 17 ans. En revanche, Christelle Oberholz constate que les jeunes de 17 ans ont très envie d’apprendre à conduire. « À 17 ans, ils sont plus dans une mobilité choisie que subie, alors que c’est souvent l’inverse chez les jeunes plus âgés. Ils sont plus motivés, ont peut-être plus de temps que les étudiants du supérieur et anticipent l’avenir pour pouvoir se déplacer sans leurs parents. De plus, ils sont encore scolaires et viennent plus facilement en salle prendre des cours de Code, ce qui permet d’acquérir de bonnes bases en termes de connaissance du Code de la route et de comportement au volant. On verra sur le long terme ce que cela donne sur l’accidentalité, mais je pense que plus on apprend jeune, plus cet apprentissage reste profondément inscrit dans notre cerveau. C’est pourquoi, je soutiens l’ECF qui propose un apprentissage progressif et de débuter la conduite accompagnée dès 14 ans. » 


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