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menu_book Code de la route — Avril 2023

Mobilités douces : Une tendance sociétale en plein développement

Si les Français plébiscitent la voiture comme moyen de déplacement, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les mobilités douces. Une tendance sociétale qui n’est cependant pas sans conséquences en termes de partage de la route et d’accidentalité.


Selon Europe Assistance qui a publié en février 2023, la première édition de son Baromètre Auto et Mobilité en Europe, les Français sont 11 % à utiliser leur vélo personnel (7 % utilisent un vélo classique et 4 % un vélo électrique) au moins une fois par semaine, 3 % utilisent leur trottinette personnelle et 4 % empruntent un vélo ou une trottinette en libre-service. Des chiffres en dessous de la moyenne calculée sur les six pays européens participants à ce baromètre, à savoir l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie et le Portugal. En effet, la moyenne globale pour ces six pays se situe à 15 % pour ce qui est de l’utilisation d’un vélo et 4 % pour l’utilisation d’une trottinette au moins une fois par semaine. C’est en Allemagne et en Italie que la pratique régulière du vélo est la plus développée. Et malgré un changement visible des habitudes de mode de déplacement depuis quelques années, notamment en agglomération, c’est en France que l’on pratique le moins le vélo au quotidien.


Lancement d’un Plan Vélo en 2018
Un changement d’habitude qui devrait cependant encore évoluer dans les années à venir, notamment avec la volonté de l’État français d’accélérer le développement du vélo. Pour y parvenir, un Plan Vélo a été lancé en septembre 2018. Ainsi, 365 millions d’euros ont été versés entre 2019 et 2022 aux différentes collectivités locales pour financer l’aménagement d’infrastructures dédiées ou prenant mieux en compte les déplacements à vélo. Au total, 14 000 km d’aménagements cyclables ont été réalisés en trois ans. Mais ce n’est qu’un début. Fin 2022, la Première ministre, Élisabeth Borne, a annoncé le déblocage d’une nouvelle enveloppe budgétaire de 250 millions pour 2023, afin de financer de nouvelles infrastructures cyclables en ville, mais aussi hors agglomération. « Notre défi des années à venir, c'est de démontrer que le vélo peut aussi être un mode de déplacement dans les territoires ruraux », a déclaré la Première ministre, qui a également reconnu que l’essentiel des investissements s’étaient jusqu’à présent beaucoup concentrés sur les grandes villes et assez peu en milieu rural. Cette enveloppe budgétaire doit également servir à financer la formation de 800 000 enfants aux bonnes pratiques du vélo d’ici la fin du quinquennat. En effet, le gouvernement qui veut mettre ou remettre en selle le plus grand nombre de Français s’est fixé pour objectif qu’à l’horizon 2024, 9 % des déplacements des Français s’effectuent à vélo et 12 % en 2030, sachant qu’ils ne représentaient que 3 % en 2018. Pour y arriver, le gouvernement cible notamment les trajets inférieurs à 5 km qui représentent encore environ 40 % des déplacements en voiture.


Un réseau sécurisé encore insuffisant
Mais pour le Club des villes et territoires cyclables et marchables, ces investissements sont insuffisants. Selon la présidente, Françoise Rossignol, « pour atteindre les objectifs fixés, il est nécessaire d’augmenter les investissements à hauteur de 500 millions d’euros par an, avec une vision pluriannuelle et un soutien renforcé à toutes les collectivités, quelle que soit leur taille ». D’autant que la demande est palpable : d’après une enquête réalisée par le Club des villes et territoires cyclables et marchables et Vélo & Territoires auprès des collectivités, quelque 1 287 communes envisagent de construire de nouvelles pistes ou voies cyclables pour un total de 28 000 kilomètres qui s’ajouteraient aux 76 000 kilomètres de linéaires cyclables déjà existants. Par ailleurs, il est indispensable d’avoir une vision globale du réseau cyclable afin de pouvoir relier les différents tronçons locaux entre eux et de permettre aux cyclistes d’effectuer des parcours plus longs en toute sécurité. C’est notamment le cas avec la création des véloroutes comme la ViaRhôna qui reliera le lac Léman aux rives de la Méditerranée et représentera à terme 815 km de piste cyclable.


Augmentation des accidents impliquant un cycliste
Sécuriser les déplacements à vélo est une priorité en termes de sécurité routière. Car si la pratique du vélo se développe, notamment grâce au vélo électrique (selon Jean Le Naour, consultant expert cycles chez Mobilians, sur quatre vélos achetés aujourd’hui, un est à assistance électrique), les accidents augmentent fortement. D’après le bilan provisoire de l’accidentologie 2022 réalisé par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 244 cyclistes ont perdu la vie en 2022, soit 57 tués de plus par rapport à 2019, ce qui représente une hausse de 30 %. Le nombre de blessés graves est également en hausse de 13 %, avec 2 600 victimes en 2022, soit 300 de plus qu’en 2019.


La délicate question des EDPM
Si le vélo fait l’objet d’une véritable réflexion de la part de la société au travers d’associations de cyclistes et des politiques que ce soit au niveau national avec le Plan Vélo ou local avec des investissements dans des infrastructures dédiées, c’est un peu plus compliqué avec les engins de déplacements personnels motorisés (EDPM). Le décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019 relatif à la réglementation des engins de déplacement personnel a permis de donner un cadre réglementaire, avec l’obligation en agglomération, de circuler sur les pistes et bandes cyclables lorsqu’il y en a. Sinon, les EDPM peuvent circuler sur les routes dont la vitesse maximale autorisée est inférieure ou égale à 50 km/h. Hors agglomération, leur circulation n'est autorisée que sur les voies vertes et les pistes cyclables. Dans tous les cas, il est interdit de circuler avec un EDPM sur le trottoir, à moins de le tenir à la main et de marcher à côté. En revanche, comme pour le vélo, on peut le garer sur le trottoir, à condition que cela n’empêche pas les piétons de passer. Autres mesures désormais prévues par la loi : il est interdit d’utiliser un EDPM aux enfants de moins de 12 ans, de rouler à plusieurs sur un EDPM, de porter à l'oreille des écouteurs ou tout appareil susceptible d’émettre du son, ou d’utiliser le téléphone tenu en main, ou encore de conduire sous l’influence de l’alcool ou après usage de stupéfiants. Malgré ces nouvelles règles du Code de la route -que nombre d’utilisateurs d’EDPM ne connaissent d’ailleurs souvent pas-, la cohabitation avec les autres usagers de la route n’est pas évidente et les accidents sont de plus en plus fréquents. Ainsi, 34 trottinettistes sont morts en 2022 contre 10 en 2019 et l’ONISR estime à 600 le nombre de trottinettistes gravement blessés en 2022 contre 200 en 2019. Pour éviter les accidents, certaines municipalités prennent des mesures plus ou moins drastiques. Ainsi, dans les Alpes-Maritimes, la ville de Nice expérimente actuellement sur l’avenue Jean Moulin, un revêtement qui rend plus difficile la traversée des voies du tramway. Ce revêtement est constitué de gros galets moulés dans du béton qui n’empêchent pas le tramway de circuler, mais s’avèrent inconfortables et dissuasifs pour les utilisateurs de vélos, trottinettes et autres EDPM. Si l’expérimentation se révèle probante, ce revêtement pourrait être installé dans d’autres endroits de la ville. À Lyon, la mairie a abaissé la vitesse maximale autorisée à 8 km/h dans certaines zones piétonnes. La capitales des Gaules a négocié avec les loueurs de trottinettes électriques en libre-service pour que leurs machines se brident automatiquement dans ces zones afin de respecter la limitation de vitesse autorisée. Et à l’occasion du renouvellement des contrats avec ces loueurs, de nouvelles règles ont été mises en œuvre : un « mode débutant » qui bride la trottinette à 15 km/h, une tarification moins chère si vous mettez un casque ou encore un test de réactivité obligatoire qui devra être effectué pour éviter toute conduite en état d’ébriété, avant d’utiliser une trottinette le soir.La commune limitrophe de Villeurbanne a fait un choix plus drastique : depuis le 1er novembre 2019, les trottinettes électriques sont purement et simplement interdites. Quant à Paris, la question est en suspens. En effet, à l’heure où nous bouclons ce magazine, Anne Hidalgo, la maire de la Capitale, avait annoncé l’organisation le 2 avril 2023, d’une votation citoyenne pour demander aux Parisiens s’ils se prononçaient pour ou contre l’interdiction des trottinettes électriques dans la Ville Lumière. On l’aura compris, les Français s’approprient de plus en plus les mobilités douces. Il est alors grand temps de repenser le partage de la route, mais aussi de développer et de proposer des formations spécifiques à destination de différents publics. 
Sandrine Ancel



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