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tips_and_updates Réforme du permis — Juillet 2022

L’AREM présente ses propositions

Créée en mars 2021, l’Alliance des réseaux pour l’Éducation à la Mobilité (AREM) qui regroupe CER, Club Rousseau et ECF, souhaite participer activement aux débats concernant la révision de la directive européenne sur le permis de conduire. Ses trois co-présidents, Patrick Crespo, Bruno Garancher et Michel Goepp, ont ainsi adressé une lettre à la déléguée interministérielle à la Sécurité routière et au conseiller technique aux Affaires européennes du ministère de l’Intérieur pour leur soumettre des propositions.


La Tribune des Auto-Écoles : Votre première proposition porte sur la formation des enseignants. Vous proposez de créer deux certifications : une de « moniteur » dont les contenus seraient centrés sur l’enseignement pratique de la conduite d’un véhicule (niveau 4 de la classification européenne - BAC Pro) et la seconde de « formateur », essentiellement centrée sur les compétences théoriques et comportementales du futur conducteur (niveau 5 de la certification européenne - BAC+2). Est-ce à dire que le Titre Pro ECSR n’est pas adapté aux besoins de la profession ?
Bruno Garancher : Le Titre Pro ECSR est décevant. À trop vouloir dispenser un enseignement le plus complet possible, on forme les futurs enseignants dans des domaines que seulement une partie d’entre eux sera amenée à enseigner. Par ailleurs, on constate que certains ne peuvent pas accéder au CCP2 actuel car cela réclame des compétences d’écriture, de synthétisation et de conception de formations qui ne sont pas le quotidien de ce qu’est un enseignant de la conduite dans une voiture. Avoir ces deux niveaux de qualification permettrait d’avoir une vision d’une évolution professionnelle et de donner dès le départ, la possibilité de choisir uniquement l’enseignement pratique parce que l’on s’y sent bien ou de se demander comment évoluer vers les enseignements théoriques. Sachant qu’il ne faut pas penser les enseignements théoriques comme on les pense aujourd’hui. Car l’enjeu de demain en matière d’éducation, ce n'est pas seulement former des gens à permettre aux autres de devenir automobilistes, mais plus globalement de faire de notre métier un acteur essentiel de l’accès à la mobilité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Il y a des compétences différentes que l’on pourrait intégrer dans autre chose que le CCP2 actuel, qui réenferme malgré tout sur les fonctions de l’automobile ou proches de l’automobile.


La Tribune : Concernant la formation initiale théorique, vous mettez l’accent sur la conduite accompagnée. Pensez-vous qu’il faudrait rendre cette filière d’apprentissage obligatoire ?
Patrick Crespo : On ne peut pas la rendre obligatoire car tous les jeunes n’ont pas forcément la possibilité de trouver un accompagnateur. On constate que cette filière stagne en France, alors qu’elle a prouvé ses bénéfices. C’est pourquoi, il faudrait la développer plus, mais sans imposer à l’accompagnateur de suivre une formation au préalable. Même si une remise à niveau pourrait être bénéfique, cela risquerait d’être vécu comme une contrainte et finalement freiner l’accès à l’AAC.


La Tribune : Par ailleurs, vous souhaitez rééquilibrer la part des apprentissages liés à la réglementation par rapport à ceux liés aux comportements. C’est-à-dire ?
Patrick Crespo : Beaucoup d’élèves se contentent de faire du bachotage avec des séries de tests en ligne sans essayer de comprendre réellement les enjeux. Résultat : quand ils arrivent en conduite, on constate de graves lacunes sur les règles essentielles, comme les règles de priorité. C’est pourquoi nous pensons qu’il faudrait instaurer un minimum de formation théorique collective de 4 à 5 heures, pour s’assurer d’une bonne maîtrise des bases.
Michel Goepp : Et pour ce qui est de l’analyse des risques, aujourd’hui, on est plus dans de la théorie sans jamais la replacer dans une situation pratique. C’est pourquoi, on évoque la possibilité d’avoir des cours collectifs en présentiel ou à distance pour permettre un partage d’expérience parce que le regard des autres par rapport à l’apprentissage individuel est aussi formateur. Dans le dernier examen mis en place en 2016, on a vraiment forcé de façon excessive sur toutes ces notions comportementales pures qui sont plus ou moins bien validées avec un QCM au détriment de plus
de réglementation ou de choses plus pratiques, comme les aides
à la conduite.
Bruno Garancher : À l’occasion de cette directive, on se pose la question de ce que doit être un usager de la route. On en a beaucoup parlé, il y a vingt ans avec, notamment le continuum éducatif et l’on voit que cette idée s’est délitée progressivement. Or, le problème de l’éducation du conducteur, ce n’est pas le permis de conduire. Le permis de conduire, c’est un moment dans la vie qui valide des compétences liées à l’automobile, mais il y a tout ce qui doit se passer avant et tout ce qui se passera après. Il faut donc repenser une éducation tout au long de la vie et pas uniquement sur l’automobile, mais plus globalement sur les engins de déplacements individuels. Il faut se poser la question de savoir comment mettre en place cette éducation à la vie en commun. Et ce n’est surement pas au travers de trois questions sur un QCM. Si la Commission a des ambitions - rappelons qu’elle a fixé un objectif de baisser la mortalité routière de 30 % d’ici 2030 -, ce n’est pas juste en se focalisant sur le permis de conduire.


La Tribune : Justement, vous estimez que la connaissance théorique doit aborder de façon plus concrète les aspects liés à l’impact environnemental de la mobilité, parler de l’utilisation des mobilités douces et de nouveaux engins de déplacements, des avantages et inconvénients de chaque type de carburant d’un point de vue économique, réglementaire et sécuritaire, etc. Est-ce que cela ne va pas augmenter le nombre d’heures de formation et le coût du permis ?
Bruno Garancher : Pas forcément, parce que le contenu de l’enseignement va évoluer. Par exemple, la boîte automatique se généralise. Or, apprendre sur boîte auto nécessite moins d’heures d’apprentissage.


La Tribune : Effectivement, l’apprentissage et le passage de l’examen sur boîte automatique est une des questions centrales des réflexions menées pour cette directive. Que proposez-vous ?
Bruno Garancher : Pour le moment, tout est ouvert au niveau de la Commission : suppression de l’obligation de la boîte manuelle à l’examen sans restriction de conduite sur le permis, système copié sur la France avec une formation complémentaire sur boîte manuelle, utilisation du simulateur, etc.
Michel Goepp : On part du constat que de plus en plus de véhicules neufs sont équipés d’une boîte automatique. D’ici trois ans, voire un peu plus, cela deviendra très difficile pour une auto-école de trouver un véhicule avec boîte manuelle. L’autre constat, c’est que les jeunes achètent généralement leur premier véhicule d’occasion car c’est moins cher, mais la plupart de ces véhicules sont en boîte manuelle. À terme, le passage de l’examen sur boîte auto est inévitable. L’AREM reste sur le modèle français, en disant que l’on peut maintenir un examen de conduite qui se fera sur boîte automatique, avec un permis restrictif boîte auto. Et pour passer de la boîte auto à la boîte manuelle, on peut instaurer une formation complémentaire, de 7 heures par exemple, que l’on pourra passer sans délai d’attente après l’obtention du permis sur boîte auto. Enfin, cette formation pourrait être effectuée sur simulateur de conduite. L’outil est parfait pour apprendre à embrayer et manier les vitesses. En plus, il permet à l’auto-école de faire des économies de carburants et surtout, de ne pas être obligé de conserver dans son parc un véhicule-école en boîte manuelle lorsque les constructeurs ne proposeront plus que des véhicules en boîte automatique.
Patrick Crespo : C’est également un moyen d’alléger le coût du permis. Et je constate, dans le réseau CER, une avancée vers la boîte automatique. Le développement des véhicules hybrides ou électriques contribue à faire évoluer la perception de la boîte automatique chez les parents qui ne voient plus la formation sur boîte auto comme une formation par défaut. D’ailleurs, la majorité des parents qui sont passés sur boîte auto ne veulent plus revenir en arrière !


Propos recueillis par Sandrine Ancel


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