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query_stats Études et statistiques — Février 2021

Economie : tourner la page 2020 au plus vite, regarder 2021 avec un optimisme tempéré

2020 aura été pour les auto-écoles, comme pour bien d’autres secteurs d’activité, une année pour le moins compliquée. Elles n’ont pas baissé les bras et leurs dirigeants ont réfléchi à l’avenir qui verra le numérique et l’enseignement à distance prendre une autre dimension.


L’année 2020 restera dans la mémoire de tous les professionnels de l’enseignement de la conduite. Gérants et enseignants n’ont pas de mots pour la qualifier. à les entendre, « mauvaise », n’est pas assez fort. « Complexe » semble plus approprié. Sans langue de bois, abrupt, le président de l’Unic, Philippe Colombani, résume bien la situation. « Nous avons subi deux mois de fermeture au printemps, un à l’automne et c’est beaucoup pour une profession dont toutes les entreprises ne sont pas au meilleur de leur forme. Il y a eu quelques dépôts de bilan, 3 % environ même s’il est difficile d’avoir des chiffres exacts au niveau national, mais dans l’ensemble, ce que je remarque et veux mettre en exergue, c’est notre remarquable capacité de résistance et de résilience. Malgré toutes les difficultés que nous avons rencontrées, nous avons su faire face et nous relever ».


2021 pourrait réserver de mauvaises surprises
Comme l’ensemble des représentants de la profession, Philippe Colombani revient sur le double langage du gouvernement, d’un côté l’annonce d’aides sans précédent, de l’autre des montagnes d’obstacles pour les obtenir. Pour lui, très clairement, les banques, les assureurs, les constructeurs n’ont pas joué le jeu et ont mis des bâtons dans les roues. « Le PGE a été un leurre tandis que le Fonds de solidarité n’a finalement profité qu’à quelques-uns, constate-t-il. Il y a eu une discordance entre le discours et la réalité ». Cela l’inquiète d’autant plus qu’il pense que, dans bien des cas, les aides ont été des cache-misères et que 2021 pourrait réserver des mauvaises surprises. « Si les pouvoirs publics ne prennent pas la décision de reculer d’une année le renouvellement du label, de nombreuses auto-écoles qui ne pourront pas présenter un bilan 2020 acceptable, vont perdre la garantie financière et, de fait, leur labellisation ».


Faire des prévisions reste un exercice difficile
Président de CER Réseau, Patrick Crespo fait une analyse de l’année 2020 en demi-teinte. Il souligne tout d’abord que la situation financière de son réseau s’est plutôt améliorée. « Nous avons su donner à nos adhérents les bons conseils pour qu’ils profitent au mieux des aides de l’État et du PGE en particulier, explique-t-il. 70 % d’entre eux y sont souscrits, ce qui avait pour premier avantage de les rassurer, de nous rassurer. Pour ce qui est des formations, nous avons constaté, à la fin du premier confinement, une activité très dense avec une reprise très forte des inscriptions et de notre production. La moto a connu une envolée qui s’est assagie après l’été. Notre réussite, c’est aussi d’avoir su mettre en place pendant le deuxième confinement, des cours de Code en ligne de qualité pour faire avancer nos élèves et les préparer à l’examen tandis que nous avons exploité au mieux la possibilité qui nous avait été donnée de passer l’examen pratique ». Patrick Crespo souligne que les centres de formation professionnelle ont pu continuer leur activité en novembre. Pour lui, c’est un point extrêmement positif parce que c’est un secteur en fort développement. On ne peut que se féliciter que les pouvoirs publics l’aient préservé puisque cette formation débouche sur des emplois. « Janvier 2021 a été calme, conclut Patrick Crespo, et même si nous nous en sortons mieux que d’autres secteurs d’activité, il reste difficile de faire des prévisions. Nous devons en permanence nous adapter et revoir nos plannings. Nos élèves ont besoin d’être encouragés et les adhérents de CER Réseau se veulent à leur côté pour les aider en cette période si difficile pour eux ». Pour le président de CER Réseau, 2021 sera ainsi une année à regarder avec prudence.


Les auto-écoles doivent investir dans les nouvelles technologies
C’est bien entendu un point de vue que partage Patrice Bessone, président du CNPA-ESR. « Les stop & go ont mis à mal la visibilité économique de notre secteur d’activité, dit-il. Notre note vis-à-vis des banquiers ou des assureurs, a été dégradée et il a fallu qu’Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargé des Petites et Moyennes Entreprises, intervienne auprès des constructeurs automobiles français pour les rappeler à la raison : les plus de 5 millions d’euros d’aide qu’ils ont touchés, c’était aussi pour vendre des voitures, outil de travail indispensable aux auto-écoles ». Patrice Bessone cependant, veut se tourner vers l’avenir. « En 2021, prédit le président du CNPA-ESR, les auto-écoles vont faire leur révolution. Elles vont se voir doter de fonds, jusqu’à 7 000 euros, pour pouvoir investir dans les nouvelles technologies : lunettes immersives, simulateurs, pavés numériques, etc. Les auto-écoles cochent les trois cases qui leur permettent d’entrer dans le plan de relance gouvernemental. Elles vont faire des efforts sans précédent pour que le métier se modernise et se numérise ; elles vont diminuer leur empreinte carbone d’une part en passant aux véhicules électriques et hybrides, c’est-à-dire en « verdissant » leur flotte, ce qui, de fait représente une économie de près de 6 millions d’euros par an, d’autre part en faisant un usage renforcé du simulateur, et enfin en utilisant le logiciel métier MGZ « Ma gestion Zen » que le CNPA met à leur disposition. La profession va encore, troisième volet de notre action, se mobiliser pour plus de justice au sens où l’entend l’économiste et philosophe indien, prix Nobel d’économie 1998, Amartya Kumar Sen. Nous considérons qu’il est de notre devoir de permettre à ceux qui en ont le plus besoin pour acquérir un métier, trouver un emploi, se sortir de la misère, de passer leur permis. Pour cela, nous allons accompagner les jeunes les plus défavorisés et travailler avec des associations de terrain dans le cadre du plan « 1 jeune 1 solution ». Notre ambition au CNPA pour 2021 est de faire baisser le prix du permis de façon significative ».


La crise sanitaire a accéléré la transition du secteur vers l’ère numérique
Le « discours » de Simon Couteau, P-dg de la Scop ECF-Cerca est radicalement différent. S’il regrette que les auto-écoles qui accueillent pourtant des élèves ayant besoin de leur permis pour travailler ou pour trouver un emploi et les centres de formation « pro » n’aient pas été logés à la même enseigne et que, dans certains départements, début janvier, tous les retards accumulés pour l’examen pratique n’aient pas été comblés, il insiste sur l’effet accélérateur de 2020. « C’est, explique-t-il, l’année où plus de 15 % de nos paiements se sont faits en ligne et c’est un chiffre qui continue à monter. C’est également l’année où l’application MyRoad by ECF a décollé. Les élèves s’y connectent volontiers non seulement pour consulter leur livret d’apprentissage de la conduite, mais aussi et surtout parce qu’ils peuvent y « rencontrer » des formateurs. Une trentaine d’entre eux sont en ligne et donnent des conseils ». Jusqu’à la Toussaint 2020, les auto-écoles de la Scop ont organisé des stages de Code mixtes distanciel/présentiel, en demi-groupe avec d’excellents résultats et lors du deuxième confinement, il y a eu une très forte adhésion aux stages théoriques avec un formateur en ligne. « Nous avons proposé aux parents de faire la partie théorique des rendez-vous pédagogiques à distance et cela a été un succès. Pour eux, c’est un gain de temps, des économies de carburant et ils sont aussi plus disponibles », note Simon Couteau qui fait encore un bilan très positif des formations professionnelles. « La centaine d’élèves qui avaient besoin de repasser l’ETG s’y sont préparés en visioconférence et nous avons 500 stagiaires qui font leur formation théorique… à la maison », explique encore le P-dg de l’ECF Cerca, ajoutant que la Scop avait, pour faire face à la complexité de l’année 2020, intégré de nouveaux outils dans ses formations, acquis des simulateurs pour la conduite PL et qu’ECF envisage pour toutes les formations de proposer des parties théoriques en visioconférence. Et de conclure en regardant vers l’avenir : « La crise sanitaire nous aura permis d’accélérer notre transition vers l’ère numérique ».


Marc Horwitz


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Sur le terrain…


Paradoxalement, les professionnels de terrain que nous avons interrogés « positivent » l’année 2020. Tous disent qu’elle a été particulièrement délicate à négocier, mais que la crise sanitaire leur aura permis de se remettre en question et de progresser.


« Comme prévu mais avec un peu de retard, j’ai pu ouvrir une nouvelle structure avec une piste et un centre d’accueil pour les formations auto, moto et même vélo ou encore les formations pour les entreprises, témoigne Marie Martinez qui, à la tête de 4 agences dans les Yvelines, juge incompréhensible de ne pas avoir été autorisée à rouvrir ses salles de Code. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que nous avons beaucoup de demandes de renseignements et in fine peu d’inscriptions. On a l’impression que les gens sont frileux, qu’ils sont en attente d’un troisième confinement, qu’ils souffrent. Ils n’ont plus d’argent pour se lancer dans une formation. C’est, pour 2021, ma principale préoccupation ». à Dieppe, en Seine-Maritime, Olivier Moine qui reconnaît que les différentes aides gouvernementales, l’ont bien aidé, a trouvé le deuxième confinement particulièrement malaisé à gérer. Il a continué à présenter des candidats au permis : la première semaine, les impétrants étaient tout à fait bien préparés et cela n’a posé aucun problème. Ce fut plus difficile ensuite avec quelques échecs puisque les candidats n’avaient pas repris le volant. « 2021 commence à la vitesse grand V, constate-t-il. Beaucoup de mes nouveaux « clients » ont passé leur Code après une formation en ligne avec les plateformes, mais ils nous font confiance pour la formation pratique et je m’en réjouis ». Olivier Moine qui pendant la fermeture a fait quelques travaux et repeint sa façade, n’a finalement qu’un seul regret : n’avoir pas pu fêter comme il se doit les 50 ans de l’auto-école du centre. Ce n’est pas partie remise. A l’autre bout de la France, à Chambéry, en Savoie, Yohann Berthe a fait de 2020 une année d’intense réflexion sur son « modèle » d’auto-école. Il en a mieux dessiné les contours et voit désormais bien plus loin que 2021. Sa start-up, Drive Innov, souhaite lever 1 million d’euros en ce début d’année pour continuer son développement et il s’est fixé pour objectif d’avoir 150 franchisés dans les 5 ans. Tandis que son offre « Auto-nomie » comprenant le permis, la recherche et l’achat d’une voiture d’occasion avec un millier d’euros d’économie et une assurance à des tarifs adaptés à un jeune conducteur, rencontre un franc succès, il ouvre une école d’enseignants de la conduite en ligne. Un pari audacieux. 


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