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query_stats Études et statistiques — Janvier 2021

Bilan et perspectives après deux fermetures administratives

Après quelques incertitudes, les écoles de conduite ont finalement eu l’autorisation de rouvrir le 28 novembre, à condition d’appliquer le protocole sanitaire et d’effectuer les cours théoriques à distance. Le point sur la situation.


L’annonce par le Premier ministre, Jean Castex, de la possibilité pour les écoles de conduite de reprendre l’activité dès le 28 novembre, a été un immense soulagement pour l’ensemble de la profession. Cependant, ce dernier a conditionné l’ouverture a des règles de prévention sanitaire plus strictes que lors du déconfinement en mai. Ainsi, les auto-écoles ont à nouveau le droit de donner des cours pratiques, mais les cours théoriques doivent impérativement être effectués à distance (ndlr : jusqu’à une date non-définie lors du bouclage de ce magazine).


Obligation d’effectuer la formation théorique à distance : quelles conséquences ?
Un problème selon les syndicats. « Si quasiment toutes les auto-écoles proposent du Code en ligne et que de plus en plus d’établissements se mettent à faire des cours en visio, tous les élèves n’ont pas la possibilité d’avoir correctement accès à Internet, notamment s’ils résident dans une zone blanche, estime Lorenzo Lefebvre, membre du bureau CNPA-ER. Par ailleurs, « si l’apprentissage du Code en ligne se faisait déjà avant le début de l’épidémie, on constate que les élèves arrivent en cours pratique en ne connaissant pas bien le Code. Il faut alors retravailler la théorie avec l’enseignant dans le véhicule, ce qui implique d’augmenter le temps nécessaire en formation pratique, donc de planifier des heures supplémentaires, ce qui génère une hausse du coût global de la formation. » De son côté, Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, souligne que « si l’enseignement à distance peut permettre d’effectuer une partie de l’apprentissage, l’acquisition du « savoir-être » nécessite la présence de l’enseignant ». C’est pourquoi, il souhaite que « les salles de Code puissent être rouvertes le plus rapidement possible, tout en appliquant le protocole sanitaire ». Autre problème, selon Philippe Colombani, président de l’UNIC : « l’interdiction d’effectuer des cours théoriques en salle signifie qu’il n’est plus possible de faire du PAP, ni les rendez-vous post-permis ou les rendez-vous pédagogiques. J’espère que ça ne va durer trop longtemps car cela pénalise les élèves qui sont en conduite accompagnée ».


Vers un nouvel embouteillage pour obtenir une place d’examen ?
Autre sujet d’inquiétude : les places d’examens. À la sortie du premier confinement, le rush des élèves dans les auto-écoles conjugué à une remise en place progressive du système de passage des examens pratiques, avait débouché sur un allongement plus ou moins important en fonction des départements, des délais d’obtention de places d’examens. Après ce nouveau confinement, la situation risque-t-elle d’empirer ? Pas forcément. En effet, comme le rappelle Wassim Kamel, sous-directeur à l’Éducation routière, si le passage des examens avait été totalement arrêté pendant les deux mois du premier confinement et avait donc nécessité un processus de remise en route du système, cette fois, les examens n’ont jamais cessé. « Du côté de l’administration, toutes les équipes sont prêtes car elles ont continué à travailler pendant ce deuxième confinement. » Par ailleurs, si décembre est traditionnellement un mois faible en matière de programmation de places d’examens (environ 65 000 au niveau national), dû au fait que les inspecteurs prennent des vacances à Noël, cette année, la délégation à la Sécurité routière a prévu davantage de places. Environ 100 000. Un objectif qui devrait pouvoir être tenu car les inspecteurs n’ayant pas travaillé pendant le premier confinement, ont acquis moins de jours de congé et ne devraient donc pas pouvoir prendre autant de vacances à Noël que lors des précédentes années. Par ailleurs, on notera que l’indemnité allouée aux IPCSR pour le passage d’examens supplémentaires a été revalorisée au 1er novembre 2020, passant de 11,50 à 15 euros bruts par examen, ce qui devrait être une motivation supplémentaire. Enfin, si plusieurs actions de blocage des examens ont été menées par des écoles de conduite pour manifester contre l’État qui leur interdisait de donner des cours pratiques, mais leur demandait de présenter leurs candidats aux examens pratiques, force est de constater qu’au final, un grand nombre de places a été consommé pendant le confinement. Selon la DSR, ce sont tout de même près de 100 000 examens qui ont été présentés en novembre 2020 contre les 140 000 initialement programmés. Cela s’explique notamment par le fait que « les centres de formations préparant des Titres Pro du groupe lourd avaient le droit de continuer à travailler », comme le rappelle Bruno Macé, chargé de la cellule groupe lourd au CNPA-ER. Par ailleurs, « en B, les écoles de conduite, dont les candidats étaient prêts au moment où le confinement a été annoncé, ont présenté leurs élèves pendant la première semaine de novembre », reconnaît Patrick Bessone, président du CNPA-ER, « mais pas après, car on ne va pas présenter un élève qui n’a pas conduit depuis trois semaines. Selon une enquête menée le 23 novembre par le CNPA-ER auprès de 1 500 auto-écoles, 88,27 % des écoles de conduite n’ont pas pu présenter les élèves au permis B au mois de novembre ». Même raisonnement pour Philippe Colombani, qui n’hésite cependant pas à mettre les pieds dans le plat et qui en déduit que si autant d’examens ont été consommés pendant ce confinement, « c’est que certains ont continué à travailler. C’est scandaleux ! Les préfectures auraient dû leur retirer leur agrément. Je trouve choquant que certains aient travaillé au détriment des autres. D’autant plus que je ne serais pas étonné qu’ils ne déclarent pas ce qu’ils ont gagné pendant le confinement et qu’ils demandent des aides. Après, il ne faut pas s’étonner que la profession ait une mauvaise image auprès du grand public, avec de telles pratiques ».


Quelle situation économique pour la profession ?
Si l’on fait abstraction des établissements peu scrupuleux qui ont continué à travailler malgré l’interdiction, quelle est la situation économique de la profession après cette deuxième fermeture administrative ? Toujours selon l’enquête du CNPA-ER, 78,55 % des auto-écoles déclarent avoir perdu 100 % de leur chiffre d’affaires au mois de novembre et toutes subissent des reports ou des retards de paiement. 79,75 % des écoles de conduite ont déjà fait une demande pour bénéficier du fonds de solidarité. « La situation diffère d’un établissement à l’autre, déclare Patrick Bessone, mais le fait que le ministre des PME, Alain Griset, ait permis de prononcer clairement la fermeture administrative des auto-écoles en novembre, va permettre d’obtenir un maximum d’aides de l’État afin d’éviter, je l’espère un effondrement. » Cependant, il faudra bien rembourser les prêts et payer les reports de charges, ainsi que les reports de loyers pour les véhicules. À ce sujet, Patrick Bessone alerte sur le fait que certains constructeurs commencent à refuser d’accorder des contrats LLD pour les véhicules aux établissements en difficulté. Une condamnation à mort pour ces auto-écoles si elles se retrouvent sans véhicule pour enseigner ! Pour sa part, Patrick Mirouse, compte réellement sur un retour immédiat et massif des élèves. « Dès l’annonce de la réouverture, plusieurs écoles de conduite m’ont confié avoir rempli leur planning en une demi-journée. » Gageons que cette hausse de la demande sera pérenne et que de nouveaux élèves vont rapidement venir s’inscrire, afin de renflouer les trésoreries, en attendant des jours meilleurs.


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Seize jours de grève de la faim


Le 11 novembre dernier, Patrice Reynaud, exploitant de l’école de conduite Reynaud à Sainte-Foy-la-Grande,
en Gironde, a entamé une grève de la faim, pour demander la réouverture des écoles de conduite.


Mener une action forte et médiatique pour attirer l’attention des pouvoirs publics, c’était l’objectif de Patrice Reynaud, exploitant de l’école de conduite Reynaud à Sainte-Foy-la-Grande, en Gironde, qui s’est assis devant son agence et a entamé une grève de la faim, le 11 novembre dernier. Dans le métier depuis 30 ans, il s’insurge : « Dès qu’il y a un problème, l’État ne nous écoute pas. » Et cette deuxième fermeture administrative des auto-écoles a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Je suis outré par les termes utilisés par le gouvernement pour distinguer les professions « essentielles » de celles considérées comme « non essentielles ». C’est une grave erreur de communication. » Une colère mêlée à de l’incompréhension : « Les auto-écoles sont non-essentielles et pourtant, indispensables si l’on écoute l’État qui ne cesse de répéter depuis des années que le permis de conduire est indispensable pour entrer dans la vie active. »


Une décision incohérente
Pour Patrice Reynaud, cette nouvelle fermeture administrative était d’autant plus incompréhensible que des règles sanitaires très strictes avaient été mises en place dès le premier déconfinement. « Nous avons investi dans des produits sanitaires, nous avons appliqué le protocole à la lettre et la DSR avait reconnu fin octobre qu’aucune contamination n’avait été contractée dans le cadre de la formation. Pour preuve que ce protocole est fiable, à la réouverture des auto-écoles fin novembre, l’État nous a dit d’appliquer les mêmes règles sanitaires ! Alors, était-il nécessaire de fermer les auto-écoles ? Sans compter que l’on pouvait présenter les élèves, mais pas les former ! », tempête Patrice Reynaud, « comme s’il y avait plus de risques d’attraper le virus dans une voiture en cours que pendant l’examen ».


Une situation financière délicate
À 60 ans, Patrice Reynaud s’est finalement résigné fin novembre à souscrire un prêt garanti par l’État, après avoir tenu grâce à ses réserves personnelles, notamment pour payer ses cinq salariés. Mais il enrage d’avoir dû s’endetter parce que l’État l’a empêché de travailler. « Ce n’est pas la Covid qui va nous tuer, c’est la crise économique ! C’est pourquoi je mène cette action individuelle, mais qui a une vocation collective. » Son combat a ému plusieurs collègues et retenu l’attention de nombre de médias, mais aussi d’élus locaux comme le député girondin Florent Boudié, venu lui rendre visite le 14 novembre. Ce dernier déclarait dans un communiqué : « De mes échanges avec Patrice Reynaud, que je connais personnellement de longue date, je retiens l’alerte lancée sur l’extrême fragilisation de notre tissu économique de proximité, associée à la très grande incertitude de conditions de sortie de la crise sanitaire ». Le député avait alors alerté le Premier ministre et le ministre de l’Économie de la situation des écoles de conduite. Finalement, après 16 jours de grève de la faim alors que les auto-écoles étaient autorisées à rouvrir, Patrice Reynaud a accepté de se réalimenter. Mais s’il a perdu 10 kilos, il n’a pas perdu sa détermination ! 


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