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public Étranger — Octobre 2020

Beyrouth : un bref moment de découragement

Il y a un an, La Tribune des Auto-Écoles était allée à la rencontre de Mario El Murr, directeur d’une auto-école et enseignant de la conduite à Beyrouth. Fin septembre, nous l’avons recontacté par téléphone pour prendre de ses nouvelles après la terrible explosion survenue dans le port début août. Il décrit une situation apocalyptique, mais explique aussi qu’il a repris, au plus vite, son activité.


Le Liban est depuis de longs mois dans une récession économique sans pareil. Une situation qui s’est encore aggravée avec la catastrophe survenue le 4 août dernier. Vers 18 heures, une double explosion a totalement détruit le port de Beyrouth. Bilan : 170 personnes décédées et plus de 5 000 blessés. Des immeubles du centre de la capitale du Pays du Cèdre ont été littéralement soufflés. Des milliers de bénévoles, des jeunes surtout se sont aussitôt mobilisés pour consolider les murs qui menaçaient de s’écrouler, remplacer les portes et les fenêtres quand cela était possible pour mettre un maximum de personnes en sécurité et nettoyer les rues jonchées de verre et de
débris divers.


Une ville comme bombardée
Mario El Murr, 29 ans, qui dirige l’auto-école créée dans les années 1990 par son père, Roland, à Achrafieh, la partie est et chrétienne de la capitale libanaise, témoigne des difficultés qu’il rencontre dans une ville qui semble avoir été bombardée. « Le 4 août, mon bureau a été très endommagé. Je l’ai retrouvé sans vitres. Il a fallu tout réparer au plus vite. Pendant deux semaines, nous avons été obligés de cesser de travailler parce que circuler était devenu quasiment impossible. Une partie de la ville était d’ailleurs fermée au trafic, ce qui a aggravé la situation. Pour sortir et entrer dans Beyrouth, il fallait au moins deux heures. Nos élèves ne pouvaient pas arriver jusqu’au bureau, il était impossible d’aller les chercher. Nous avons ainsi perdu beaucoup d’heures de conduite. » Plus de deux mois après la catastrophe, la survie de toutes les auto-écoles est loin d’être assurée. Mario El Murr regrette qu’il n’y ait pas plus de solidarité entre professionnels. « Je suis désolé de le dire, mais personne ne se soucie des autres, tout le monde veut travailler et personne ne veut voir ce qui se passe chez les voisins », explique-t-il.


Des conditions de travail largement dégradées
Le gigantesque incendie qui a eu lieu le 10 septembre toujours dans le port, n’a pas arrangé les choses même s’il n’a pas provoqué de dégâts supplémentaires en ville et si, petit à petit, la situation s’est rétablie. Mario El Mur constate que la circulation dans Beyrouth est plus compliquée encore que par le passé. « Depuis toujours, pour faire conduire nos élèves, nous sortons de la ville pour gagner la grande banlieue, explique Mario El Murr. C’est le seul moyen d’échapper, en partie, au trafic. Notre vrai problème, c’est qu’aujourd’hui même cette solution n’en est pas une. Nos conditions de travail se sont largement dégradées, d’autant qu’avec la Covid, nous devons respecter les getes barrière et désinfecter nos véhicules à la fin de chaque leçons ». Comme tous les Libanais, ce bref moment de découragement passé, Mario El Murr se reprend. Pas question de baisser les bras. Il espère seulement comme des milliers de ses compatriotes qui défient les autorités en manifestant dans la rue, que cela change, à commencer par la situation politique qui paralyse le pays depuis si longtemps. S’il est un mot qui caractérise parfaitement les Libanais, c’est bien celui de résilience, cette capacité pour quelqu’un de rebondir après avoir vécu un drame. Mario El Murr et tous les Beyrouthins viennent encore de le prouver.


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