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warning Accidentologie — Novembre 2019

Rapport Dekra 2019 : Comment réduire l’accidentalité routière chez les enfants ?

Cette année, le 12ème rapport sur la sécurité routière édité annuellement par Dekra porte sur les enfants et la circulation. Parce que l’accidentalité routière est la première cause de mortalité des enfants âgés de 5 à 14 ans dans le monde, Dekra préconise treize mesures qui visent à réduire le nombre de victimes de la route dans cette classe d’âge.


Le constat est dramatique : chaque année, ce sont près de 112 000 enfants de moins de quinze ans qui perdent la vie dans un accident de la route. L’accidentalité routière constitue la première cause de mortalité des 5 à 14 ans, devant la malaria, les maladies diarrhéiques, le Sida ou encore la noyade. 85 % des enfants de moins de 15 ans qui décèdent dans des accidents de la route sont issus de pays à revenu faible ou moyen. ­L’Afrique est le continent le plus touché, devant ­l’Asie, l’Amérique et ­l’Europe. C’est en Europe que la mortalité due aux accidents de la route a le plus baissé en dix ans puisque le nombre d’enfants de moins de quinze ans décédés sur la route a diminué de 52 % entre 2006 et 2016. À noter que durant cette même période, elle n’a reculé que de 41 % pour les autres classes d’âge. Malheureusement, depuis 2013, les chiffres stagnent.


Trois axes de travail
Pour essayer de diminuer les accidents de la route impliquant les enfants, Dekra a mis en évidence trois axes de travail : le facteur humain (les accidents liés à la vitesse excessive, le non-respect des priorités, le manque de visibilité dû à l’angle mort ou à la mauvaise luminosité, etc.), la technologie automobile qui progresse et permet de pallier les faiblesses ou défaillances humaines et les infrastructures qui doivent être améliorées pour optimiser la visibilité et ainsi limiter les accidents. Connaître les différents stades de développement de l’enfant Premier facteur à prendre en compte : la capacité de l’enfant à plus ou moins bien appréhender la circulation et le risque en fonction de son âge. Ainsi, avant 8 ans, l’enfant utilise rarement son ouïe pour percevoir des informations extérieures car toute son attention auditive est concentrée sur ses amis et leurs jeux. Jusqu’à 9 ans, l’enfant se fie essentiellement à la visibilité des véhicules pour prendre des décisions. Mais si un véhicule en mouvement est caché par un autre véhicule à l’arrêt, l’enfant ne va pas forcément penser que le véhicule arrêté peut cacher un danger. Entre 6 et 12 ans, l’enfant prend conscience de sa propre position dans l’espace. Et ce n’est que vers 14 ans qu’il atteint la capacité d’attention d’un adulte et peut volontairement se concentrer sur un objectif. Sachant cependant qu’à la puberté, l’enfant détecte généralement les dangers mais les ignore souvent consciemment.


Le rôle primordial des parents dans l’apprentissage de la mobilité
C’est pourquoi le rôle des parents est primordial dans l’apprentissage de la mobilité de l’enfant. Or, selon un sondage réalisé par OpinionWay pour Dekra, 34 % des parents français estiment que leur comportement au volant n’a pas d’influence particulière sur la manière dont leurs enfants appréhendent la route et ses dangers ! Heureusement 60 % pensent le contraire. Pour Karine Bonnet, directrice adjointe Marketing et Ventes chez Dekra France, « il est important d’encourager les parents à emmener leurs enfants à l’école à pied pour leur apprendre le Code de la rue ». En d’autres termes, leur apprendre quand et comment traverser la rue, où chercher l’information pour détecter le danger, etc. Mais aussi leur enseigner comment se comporter à vélo ou en trottinette car les enfants surestiment souvent leurs compétences et prennent trop de risques sur la route. Un apprentissage   indispensable qui peut être compléter par des sensibilisations ou formations en milieu scolaire. Ainsi, toujours selon le sondage d’OpinionWay pour Dekra, 58 % des parents trouvent qu’aujourd’hui les enfants de moins de 15 ans ne sont pas suffisamment sensibilisés et 92 % se disent favorables à ce que des leçons de prévention routière soient dispensées au sein de l’école. Pour autant, l’école ne peut pas tout faire. Elle ne peut remplacer les parents.


Les avancées de la technologie automobile
Les avancées technologiques ont incontestablement permis d’augmenter la sécurité routière. Si l’intérêt du port de la ceinture à l’avant comme à l’arrière n’est plus à démonter, toutes les aides à la conduite suppléant au manque de visibilité (détecteur d’angles morts, caméra de recul) ont considérablement permis de réduire les accidents. Il faut dire qu’entre les contraintes esthétiques et d’aérodynamisme, les nouveaux véhicules ont des surfaces vitrées de plus en plus réduites et offrent de moins en moins de visibilité au conducteur. D’où l’importance de bien régler la position de son siège pour bénéficier d’une visibilité optimale. Autre aide à la conduite particulièrement intéressante : le système de détection de piéton avec freinage automatique. À partir de 2022, les constructeurs auront l’obligation de l’installer sur tous leurs véhicules neufs sortant d’usine. Grâce à ce système, le véhicule roulant à 50 km/h détecte l’obstacle et s’arrête en 0,2 à 0,7 seconde selon les modèles, alors qu’il faut au moins 1 seconde à un être humain avant de réagir. Quand on sait qu’en Allemagne, environ 90 % des accidents de la route dans lequel un enfant est impliqué, surviennent alors que l’enfant traverse la chaussée, on peut espérer que le système de détection de piéton avec freinage automatique contribue à éviter un certain nombre d’accidents et de décès.

Améliorer les infrastructures
Enfin, dernier axe de travail : améliorer les infrastructures pour faciliter le déplacement des enfants. Des aménagements doivent être pensés au niveau des écoles pour sécuriser au maximum les lieux et faciliter leur traversé en toute sécurité, notamment en dégageant la visibilité. Un travail similaire doit être effectué au niveau des pistes cyclables et des arrêts de bus. Par ailleurs, Dekra remarque qu’il n’existe pas de norme signalétique en Europe qui permettrait à tous les conducteurs de comprendre rapidement les informations en un instant. Un sujet d’harmonisation dont la Commission européenne aurait tout intérêt à s’emparer.


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