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two_wheeler Deux-roues — Mars 2019

Formation moto : L’électrique n’est pas encore adapté aux moto-écoles

Le véhicule électrique est de toutes les discussions, y compris pour les deux-roues. Mais si la solution semble intéressante pour un usage privé, aujourd’hui elle est loin de satisfaire les professionnels de la formation. Principalement à cause de tarifs élevés et d’une autonomie trop faible.


Il suffisait de faire un tour sur le dernier Mondial de l’Auto et de la Moto, qui s’est tenu à Paris en octobre 2018 pour s’en rendre compte : la propulsion électrique a le vent en poupe et tous les constructeurs s’y intéressent. Qu’il s’agisse de voitures bien évidemment, mais aussi de deux-roues avec moult présentations de nouveautés chez le Coréen Kymco, l’Espagnol Rieju ou encore les Français Peugeot et Eccity. Ce dernier exhibait d’ailleurs un innovant scooter
à trois roues, le model3, avec comme originalité d’avoir deux roues motrices à l’arrière (un moteur dans chaque roue).


Un coût d’achat non négligeable
Le problème c’est que tous ces engins arrivent doucement sur le marché et qu’ils se payent encore au prix fort : comptez presque 11 000 euros pour s’offrir le model3, un équivalent de 125 cm3. Certes, il existe aujourd’hui des modèles électriques plus abordables mais les prix descendent très rarement sous la barre des 3 000 euros pour un équivalent 50 cm3. En comparaison, un scooter à moteur thermique de cette cylindrée coûte moins de 2 000 euros, soit, au bas mot, 30 % de moins. Toutefois, le bonus écologique alloué à l’achat, compris entre 100 et 900 euros(1) et les primes mises en place pour 2019 peuvent réduire cet écart. Par exemple, la prime à la conversion vous permettra de récupérer 100 euros(2) supplémentaires si vous profitez de l’achat de votre deux-roues électrique neuf pour mettre au rebus un véhicule diesel d’avant janvier 2001 ou un essence antérieur à janvier 1997. Certaines agglomérations proposent également des aides financières pour l’achat d’un deux-roues électrique. Renseignez-vous auprès de la mairie afin de récupérer quelques euros de plus.


Des contraintes multiples
Pour les moto-écoles, le prix semble être le premier frein à l’investissement, comme nous le confirment trois établissements du Val d’Oise auxquels nous avons rendu visite. Puis, tout de suite après le tarif, arrive la contrainte de l’autonomie. En fait, ces deux facteurs sont intimement liés : plus le deux-roues électrique est cher, plus il disposera d’autonomie. Et inversement. Pour un usage de formation, un instructeur nous dit estimer que le scooter doit être capable de rouler au moins 100 km par jour pour pouvoir être utilisé correctement. Déjà parce que le style de conduite des apprentis motards est assez énergivore et que la formation demande de nombreuses accélérations gourmandes en énergie et grèvent l’autonomie. Ensuite, le 2-RM doit être capable de couvrir une distance raisonnable car il est très rare d’avoir la possibilité de stocker les deux-roues à proximité immédiate du plateau d’apprentissage. Il faut donc généralement parcourir plusieurs kilomètres avant de rejoindre le lieu d’entraînement. Mais, les engins proposés aujourd’hui sont souvent loin de pouvoir couvrir cette distance. Globalement, sur le marché actuel, l’autonomie annoncée des scooters équivalents à 50 cm3 ne dépasse quasiment jamais les 150 km sur le papier et se situe plutôt autour des 50 km dans la réalité (pour des engins proposés à environ 2 000 euros). Pour les modèles plus puissants, équivalents à 125 cm3, on peut raisonnablement tabler sur 150 km d’autonomie, voire 200 à 250 km pour les modèles dotés de batteries puissantes. Mais dans ces cas-là, le prix s’envole et avoisine les 15 000 euros pour le plus cher : le BMW C Evolution (doté d’une batterie 35 kW). Des tarifs prohibitifs qui, comme nous l’a confirmé le groupe ECF, ne permettent pas, aujourd’hui, au réseau d’investir dans le deux-roues électrique. Mais nous sommes actuellement peut-être à un tournant de l’histoire avec la diversification du marché et la lente montée en puissance des immatriculations de deux-roues électriques. Car c’est là l’un des secrets pour faire baisser les tarifs. Avere France (l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique) indique en effet qu’il faut que la production augmente sensiblement afin que les constructeurs puissent réduire leurs coûts de fabrication et baissent leurs prix de vente. L’autre contrainte de l’électrique concerne le temps de charge, aujourd’hui de quelques heures (c’est variable selon le type de prise et la puissance du courant de charge), qui n’est pas en phase avec une utilisation intensive. Enfin, au-delà des contraintes techniques et financières, le deux-roues électrique pose aussi un petit souci en termes d’apprentissage. Le groupe ECF nous indique qu’en raison de l’absence de bruit et en raison d’une accélération plus importante fournie par un moteur électrique, la conduite d’un engin électrique demande une attention particulière.


Un coût d’usage intéressant
En dehors du confort d’utilisation (absence de bruit et de vibration et reprises intéressantes), le deux-roues électrique possède l’avantage d’afficher un coût à l’usage très intéressant. Déjà, il faut en effet compter seulement 20 centimes d’euro pour parcourir 100 km contre 3,50 euros pour un scooter à moteur thermique. Ensuite, l’entretien d’un tel engin est nettement réduit. En effet, il n’y a pas d’huile à remplacer ni de filtre à changer. En outre, grâce au système de récupération d’énergie au freinage dont sont équipés certains modèles, il est possible de limiter l’usure des freins car ces derniers sont moins sollicités. Au final, les frais d’entretien peuvent se réduire de 20 %. Mais, là encore, cela ne suffit pas à compenser le surcout d’un deux-roues électrique, un élément pourtant déterminant pour le développement du marché.


Yves Classant


(1) Le bonus écologique pour un modèle doté d’une batterie d’une puissance inférieure à 3 kW est de 20 % du coût d’acquisition TTC dans la limite de 100 euros. Au-delà, il faut compter de 250 euros par tranche de 1 kW plafonné à 27 % du coût d’acquisition TTC et sans dépasser 900 euros.
(2) L’achat par un professionnel permet seulement d’obtenir la prime comparable à celle allouée à un foyer imposable en 2018.


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