Tandis que les auditions des acteurs de la profession suivent leur cours dans le cadre de la Mission parlementaire sur l’éducation routière, des déclarations d’Emmanuel Macron inquiètent les auto-écoles.
Depuis fin septembre, la députée du Gard, Françoise Dumas et le député de Paris, Stanislas Guérini, enchaînent les auditions des différents acteurs de la profession. Après la Délégation à la sécurité routière, syndicats, groupements d’auto-écoles, sociétés privées organisant le passage de l’ETG, éditeurs pédagogiques, etc. sont, tour à tour, invités à exposer leur vision de la situation et à faire des propositions pour faire évoluer le secteur, avec comme feuille de route : proposer une formation de qualité, « tout en assurant son accessibilité et celle des examens en termes de délais et de prix ». À l’issue de ces auditions, un rapport doit être remis au gouvernement le 15 décembre 2018 au plus tard.
« Baisser drastiquement le coût du permis »
Mais une déclaration du président de la République a mis le feu aux poudres. En effet, le 9 novembre dernier, alors qu’Emmanuel Macron était en pleine tournée commémorative de la Grande Guerre dans le Pas-de-Calais, il a déclaré : « Dans le cadre de la loi mobilité, on va drastiquement baisser le coût du permis ». Avant d’ajouter : « Le Code, on va l’intégrer à la partie scolaire » et d’affirmer que l’État allait également « aider à l’acquisition du premier véhicule ».
Une communication mal maîtrisée ?
Une déclaration hors contexte qui a aussitôt suscité de vives contestations. Et pour cause, alors que la mission parlementaire est en cours, en prenant la parole sur ce sujet, Emmanuel Macron donne l’impression que les décisions sont déjà prises au plus haut niveau de l’État. Ce qui revient à désavouer la mission des deux parlementaires, même si Stanislas Guérini déclarait à l’AFP : « On est très en phase avec ce qu’a annoncé le président ». Mais également à mépriser les acteurs auditionnés qui ont l’impression d’avoir perdu leur temps en acceptant l’invitation des députés et le sentiment d’avoir été dupés par le président de la République. Des paroles d’autant plus maladroites qu’en déclarant vouloir faire « drastiquement baisser le coût du permis », Emmanuel Macron semble penser que les auto-écoles se font « un pognon de dingue » sur le dos des élèves, alors que la profession fait justement face à une crise économique. Avec des charges qui devraient encore augmenter à cause de la hausse du carburant, qui pour le coup, touche aussi bien les particuliers que tous les professionnels ayant un véhicule comme outil de travail…
Des auto-écoles en colère
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur le compte Facebook de La Tribune des Auto-Écoles, nombre d’internautes ont aussitôt exprimé leur colère. Pour sa part, Philippe Colombani, président de l’UNIC, s’insurge : « C’est une véritable déclaration de guerre ! ». Inquiet, il estime qu’Emmanuel Macron s’est fendu d’une « annonce populiste destinée à montrer qu’il agit pour le pouvoir d’achat, surtout après les polémiques sur le gasoil, mais sans savoir comment faire, ni comment le financer ». De son côté, le CNPA regrette dans un communiqué de presse « de ne pas avoir été consulté en amont par la présidence de la République », mais se dit « confiant sur le fait que les pistes qui seront retenues par les parlementaires participeront pleinement à renforcer l’accessibilité, mais aussi la qualité de la formation, et ce, sans fragiliser les milliers d’auto-écoles, ces petites TPE, présentes sur tout le territoire et constituent le véritable bras armé de la sécurité routière de tous les Français ». Quant à la Fédération des enseignants des auto-écoles d’avenir (FENAA) qui réunit les trois auto-écoles en ligne, Ornikar, Lepermislibre et En Voiture Simone, elle « souhaite que la Stratégie mobilité, qui sera présentée avant la fin de l’année, accorde une place importante à la digitalisation du permis de conduire et aux nouveaux modes de consommation des candidats ». Inutile de dire que dans ce contexte, le rapport des deux parlementaires est attendu avec impatience…
S. A.