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two_wheeler Deux-roues — Octobre 2018

« Les motards seniors prennent globalement moins de risques que les jeunes »

Le 22 septembre dernier, s’est tenu à Metz, en Moselle, un colloque sur le motard de plus de 40 ans. L’organisateur de ce colloque, Marc Camiolo, docteur en Sociologie, enseignant de la conduite et formateur d’enseignants de la conduite, nous éclaire sur les spécificités de cette catégorie de motards.


La Tribune des Auto-Écoles : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à une catégorie bien précise de motards, à savoir les plus de 40 ans ?
Marc Camiolo, docteur en sociologie, enseignant de la conduite et formateur d’enseignants de la conduite à l’ECF MARIO CFMRL EDCCO de Metz : L’initiative est venue de la Fondation Mutuelle des Motards qui a lancé un appel à projet sur ce thème auquel j’ai répondu. Cette recherche vise à interroger un phénomène qui peut paraître contradictoire, à savoir que la moto est généralement un symbole de liberté, d’aventure, de prise de risques et de transgression, alors que la quarantaine marque souvent le début d’une période de la vie plus sage, notamment quand on a fondé une famille et que l’on a des enfants.


La Tribune : Comment avez-vous mené vos recherches ?
M. C. : J’ai débuté ce travail, il y a deux ans. Dans un premier temps, j’ai essayé de collecter tout ce qui avait été écrit sur le sujet. Or, je me suis rendu compte qu’il y avait très peu de travaux qui avaient été menés sur les motards. Puis, j’ai effectué un tour de France des grandes villes qui m’a permis d’organiser des groupes de parole durant lesquels soixante-treize motards ont partagé leur expérience de la moto. Sont apparus des points de convergences et de divergences dans leurs témoignages. J’ai ensuite rédigé un compte-
rendu avec toujours en toile de fond, la tentative de chercher un moment de bascule, de transition, ce moment théorique qui serait le signe d’un « avant » et d’un « après » dans le rapport de chaque motocycliste au risque et à la loi, d’une mutation peut-être du motard rebelle en motocycliste citoyen. Ce colloque à Metz qui a réuni plusieurs experts comme Gérard Hernja, responsable formation et recherche pédagogique chez ECF, Vanessa Cucurullo, de la Mutuelle des Motards, Jean-Yves Uzureau, formateur d’enseignants et concepteur de supports pédagogiques, Denis Berger, auteur d’une thèse sur le monde de la moto ou encore Hervé Regnauld, professeur de géographie à l’Université de Rennes, s’est inscrit dans la continuité de mon travail.


La Tribune : Avez-vous constaté une différence de comportement entre le jeune motard et le motard de plus de 40 ans ?
M. C. : Effectivement. Si l’on remarque que la pratique du deux-roues est essentiellement motivée par le plaisir, la passion de la moto, la sensation de liberté, et cela quel que soit l’âge, les motards seniors ont globalement tendance à prendre moins de risques et à être plus respectueux de la règle. Dans les groupes de parole, il est apparu clairement que la majorité des intervenants de plus de 40 ans se sentaient toujours comme des jeunes motards dans leur tête, avec tout ce que cela véhicule comme image du rebelle. Mais sur la route, ils adoptent un comportement plus responsable que lorsqu’ils étaient jeunes.


La Tribune : Est-ce que la population des motards n’est pas tout simplement en train d’évoluer ?
M. C. : En effet, on a tous à l’esprit l’image des motards des années 1950 qui portent des blousons noirs et roulent en bande. Aujourd’hui et plus encore avec l’âge, on joue à être rebelle, mais on est plus mesuré. En cela, le film américain de 2007 avec John Travolta, intitulé Bande de sauvages, vieux motard que jamais en est une bonne illustration. Cela raconte l’histoire de quatre amis dans la force de l’âge qui s’ennuient dans leur vie respective et qui décident de se lancer dans un road trip à moto pour se rebeller contre la routine quotidienne. Jusqu’au jour où ils croisent la route d’un vrai gang de bikers qui va leur montrer ce que signifie vraiment être un rebelle. Ce film n’est pas forcément un chef d’œuvre mais il reprend bien l’idée du motard de plus de 40 ans.


La Tribune : C’est également ce que reflète l’étude d’Hervé Regnauld sur les déplacements de loisirs des motards de plus de 40 ans, non ? Les randonnées à moto s’effectuent essentiellement l’été et dans des régions où il fait beau. Roots, mais pas trop !
M. C. : Oui, l’enquête de Hervé Regnauld concerne principalement (mais pas exclusivement) des motards de Bretagne. Dans l’ensemble, les motards sont quasiment tous des hommes et passent de deux à trois semaines loin de chez eux parce qu’ils se déplacent à moto vers des destinations de week-end ou de vacances. Les déplacements s’effectuent surtout en été, et pendant des week-ends de printemps. Le climat est souvent invoqué pour justifier la rareté des week-ends d’hiver et d’automne. Les sites les plus fréquemment visités, pour les week-ends sont les littoraux, sans qu’une différence ne se manifeste entre les côtes de la Manche ou celles de l’Atlantique, bien que l’ensoleillement n’y soit pas équivalent. Et lorsqu’il s’agit des vacances, les destinations les plus fréquentes sont « vers le sud » avec une occurrence non négligeable des Pyrénées et de la Corse. Rares sont les voyages vers le nord et l’est. Peu de motards sont allés à l’étranger à moto. Et lorsque c’est le cas, deux destinations dominent : l’Espagne et la Grande-Bretagne. Quand on interroge ces motards sur les destinations qu’ils préfèrent (parmi celles qu’ils connaissent), la Corse, le massif central et les Pyrénées dominent. Si on leur demande où ils aimeraient idéalement aller (dans un lieu qu’ils n’ont encore jamais parcouru), les États-Unis sont cités en premier. Puis viennent l’Inde, la Nouvelle Zélande, l’Irlande et l’Italie.


La Tribune : L’enquête d’Hervé Regnauld constate que les motards sont quasiment tous des hommes. Le monde de la moto ne se féminise-t-il pas un peu ?
M. C. : Oui, le monde de la moto attire désormais un peu plus les femmes, grâce notamment à des machines plus petites et moins lourdes et aussi à des équipements plus adaptés à leur morphologie. On remarque également cette féminisation au niveau du personnel enseignant. Il y a vingt ans, il n’y avait pour ainsi dire pas de femmes enseignantes de la moto. Aujourd’hui, cela change doucement. Ainsi, sur mes quatre formateurs moto, trois sont des femmes.


La Tribune : En termes de pédagogie, l’enseignement est-il différent en fonction de l’âge ?
M. C. : En général, les jeunes sont souvent rapidement à l’aise sur la moto. Par contre, il convient de mettre l’accent sur les dangers de la prise de risques et les bons comportements à adopter. Pour les élèves plus âgés, c’est l’inverse. Ils ont moins de facilité pour manipuler le véhicule. Il faut donc faire plus d’exercices en plateau. Alors qu’il sera moins nécessaire de parler des risques et du comportement sur la route. Cela est certainement dû à l’âge mais aussi au fait que les personnes qui décident de passer leur permis moto à la quarantaine ou plus, ont généralement déjà le permis voiture et une expérience du partage de la route.


La Tribune : Va-t-il y avoir une suite à ce colloque ?
M. C. : Les diverses interventions de ce colloque vont donner matière à la rédaction d’un ouvrage collectif qui paraîtra l’année prochaine aux éditions EME, dans la collection « Proximités et sociologie ». Toutes les nouvelles concernant le suivi de cette étude, et notamment les publications, seront consultables sur le site www.edcco.fr. 


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