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warning Accidentologie — Septembre 2018

Mortalité routière : pourquoi les hommes sont-ils plus touchés que les femmes ?

La mortalité routière concerne essentiellement les hommes. Est-ce une question de différence biologique ou d’éducation ?


Que les résultats de l’accidentologie soient bons ou mauvais, il est une constance : chaque année, on constate que trois-quarts des personnes victimes d’un accident de la route sont de sexe masculin. En 2017, les hommes représentaient 77 % des tués ou des blessés sur la route. Un pourcentage stable par rapport à 2016. Cette sur-représentativité des hommes est valable pour toutes les catégories d’usagers de la route. Ainsi, 79 % des conducteurs de véhicule léger, 87 % des cyclistes, 96 % des conducteurs de motocyclette et 95 % des conducteurs de cyclomoteur décédés étaient des hommes. Ils représentaient également 64 % des piétons morts dans un accident de la route. Et cela quelle que soit la classe d’âge. Cette différence de sexe disparaît lorsque l’on s’intéresse à la mortalité des passagers puisqu’en 2017, la parité a été atteinte avec 50 % de victimes féminines et 50 % de victimes masculines. Selon Manuelle Salathé, directrice générale de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), cela s’explique par le fait que lorsque les femmes ne conduisent pas seules ou avec leurs enfants, les hommes ont tendance à prendre le volant. Passagères, elles sont alors victimes d’un accident provoqué par un homme.


Les femmes roulent autant que les hommes mais différemment
Comment expliquer que les hommes ont plus de risques d’être victime d’un accident de la route ? Pour ce qui est de la mortalité des piétons de sexe masculin, les statistiques parlent d’elles-mêmes. « La majeure partie des piétons décédés dans un accident de la route en 2017 étaient des hommes ivres qui erraient sur la chaussée et se sont fait faucher par un véhicule », souligne Manuelle Salathé. Pour ce qui est des conducteurs, Jean-Pascal Assailly*, psychologue et chercheur à l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (INSTAR) estime que les explications sont multiples. Tout d’abord, selon le chercheur, on ne peut pas dire que les femmes roulent moins que les hommes puisque « le kilométrage annuel moyen des Français est de 12 000 kilomètres contre 11 000 pour les femmes. Ce n’est pas ce petit millier de kilomètres supplémentaires qui peut expliquer à lui seul une telle différence de mortalité. Ce qui est vrai, ce n’est pas que les hommes roulent plus, mais c’est surtout qu’ils font leurs kilomètres dans des conditions plus dangereuses, qui exposent plus au risque d’accidents (conduite sur routes départementales ou nationales, de nuit, en état de fatigue) car plus souvent pour des raisons professionnelles. Tandis que les femmes roulent davantage pour des raisons privées, dans des conditions moins dangereuses (en ville et de jour) ». Ce qui est également démontré par les statistiques des compagnies d’assurances, c’est que si les femmes n’ont pas moins d’accidents, elles sont surtout impliquées dans des petits accrochages qui ne font que des dégâts matériels.


Les hormones en cause ?
Si les hommes ont plus de risques d’avoir un accident, c’est justement parce qu’ils prennent plus de risques. À cela trois causes principales, affirme Jean-Pascal Assailly. « La première est d’ordre biologique : à l’adolescence, les garçons sont soumis à un bombardement massif de testostérone, le taux d’hormones est multiplié par quatorze, alors que le taux d’œstrogènes n’est multiplié que par trois chez les filles. Quand on connaît le rôle de cette substance dans les comportements agressifs, dans la compétitivité et dans la prise de risque, on tient là sans nul doute une première cause de la différence sexuelle. » Le deuxième facteur est d’ordre psychologique et concerne l’éducation. « On sait bien que l’on n’éduque pas les filles et les garçons de la même façon. Les parents ont tendance à être plus répressifs avec les filles afin de les protéger tandis qu’avec les garçons, ils ont une tolérance supérieure face aux comportements dangereux. » Enfin, le troisième facteur est d’ordre anthropologique. « On peut remonter à des millions d’années, lors du partage des tâches entre hommes et femmes. On a confié aux hommes la maîtrise de l’outil (qui, d’ailleurs en passant, a eu au début des rapports à la violence, notamment avec les armes de chasse). Au XXème siècle, l’outil roi, culte, est devenu la voiture, d’où un rapport parfois libidinal à cet objet. On a confié aux femmes la maîtrise de la relation, et à travers cet aspect particulier du soin des enfants, elles ont de fait développé une structure mentale que nous pourrions appeler le « souci de l’autre ». La « mission » qui leur a été en quelque sorte attribuée, c’est la survie de l’espèce, soit la modération des prises de risque et des agressions de leurs enfants et de leur conjoint. » Si ces facteurs expliquent vraiment la différence entre les hommes et les femmes en matière de conduite et d’accidentologie routière, alors cette différence n’est pas prête de changer…
* Jean-Pascal Assailly est notamment l’auteur de Homo automobiles ou l’humanité routière, paru aux éditions Imago.


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