La première version du label qualité proposé par l’État prévoyait l’obligation de disposer d’une piste pour enseigner la formation deux-roues. Si pour le moment cette mesure a été écartée, il n’en reste pas moins que disposer d’une piste est souvent compliqué pour les moto-écoles.
En janvier 2017, l’ECF CSER Lyon s’installait dans ses nouveaux locaux à Vaulx-en-Velin, dans le Rhône. Une situation idyllique sur un terrain de 38 000 m² comportant de vastes locaux, un parking et surtout trois pistes distinctes pour la formation au permis B, au poids lourd et au deux-roues. L’emplacement moto est « une piste plate où l’on peut disposer des plots pour travailler la maniabilité, explique Christelle Oberholz, D-g de l’ECF CSER Lyon. Nous avons également construit un relief pour faire des exercices de stabilité en deux-roues. » Mais avant de bénéficier de cet espace d’apprentissage exceptionnel, il a fallu s’armer de patience et de persévérance pour dégoter un terrain vacant et relativement plat. « Dès l’an 2000, mon père, René Chomette, s’était mis en quête pour le trouver le terrain idéal. » Car c’est bien là le problème. Dans la plupart des villes, il n’y a pas plus de terrains libres.
Location d’un terrain
Il faut donc chercher d’autres solutions. Dans le meilleur des cas, les écoles de conduite arrivent à trouver un terrain qu’elles louent. C’est le cas de l’auto-école Boulay Saint Hilaire, à Saint-Hilaire-du-Harcouët, dans la Manche. « Nous avons la chance d’avoir à proximité de notre établissement un centre de formation poids lourd qui nous loue une partie de sa piste pour effectuer nos cours », confie Romain Leroux, enseignant deux-roues. Car il faut prévoir pas mal d’espace pour pouvoir travailler correctement. « Idéalement, indique Philippe Sireix, gérant d’une école de conduite à Antibes, dans les Alpes-Maritimes, et responsable de la cellule deux-roues chez CER, il faut au moins une piste de 120 mètres de long et de 6/8 mètres de large. Certaines municipalités aident les auto-écoles à trouver un terrain, mais toutes ne jouent pas le jeu. »
Débrouille & Co
Du coup, la plupart du temps, les écoles de conduite qui proposent la formation deux-roues doivent faire appel à la débrouille. « Pour ma part, j’utilise un bout de piste d’aéroport désaffecté, explique Sandra Carasco, gérante de plusieurs établissements en Gironde. On ne gêne personne et personne ne vient perturber les cours. Cette piste présente deux avantages : elle est plate et par ailleurs, c’est gratuit ! Du coup, je l’entretiens. Mais c’est vrai que s’il fallait disposer d’une piste en bonne et due forme, ce serait compliqué car outre la difficulté pour trouver des terrains vacants, cela coûte très cher. Une petite auto-école n’a pas les moyens d’effectuer un tel investissement. »
Proximité exigée avec le local
Certains ont donc opté pour la création d’un GIE et se partagent une piste. Mais pour cela, mieux vaut bien s’entendre et être implantés relativement prêts les uns des autres. En effet, il est important d’avoir une piste la plus proche possible de son local. « Lorsqu’un élève débute, on ne peut pas le laisser monter seul sur une machine pour se rendre à la piste de formation, explique Sandra Carasco. L’enseignant doit le prendre sur sa moto et emmener un ou plusieurs élèves déjà confirmés avec lui ou le faire monter dans une voiture-école. Dans tous les cas, on ne peut pas se permettre de lui facturer une heure de cours s’il faut une demi-heure de route pour arriver à la piste. » Résultat : un grand nombre de moto-écoles se contentent de travailler sur le parking du supermarché du coin ou de trouver une solution alternative pas toujours très académique.
La formation deux-roues menacée ?
Qu’adviendra-t-il de toutes ces moto-écoles si l’utilisation d’une piste moto réglementaire devient obligatoire comme le prévoyait la première version du cahier des charges du label qualité mis en place par l’État ? D’autant que le texte comportait d’autres exigences comme l’interdiction d’encadrer plus de trois élèves à la fois et d’être la seule école de conduite à utiliser la piste lors d’un cours. Pour Sandra Carasco, la réponse est claire : « J’arrêterai de proposer ce type de formation. Cela ne sera plus du tout rentable. Il faut savoir que la formation moto revient déjà plus chère à une école de conduite que le permis B, car nous sommes obligés d’acheter les machines contrairement aux voitures que nous louons. De plus, il y a beaucoup plus de casse en moto et les réparations coûtent cher. S’il faut en plus prévoir un investissement important pour la piste, je n’en aurai pas les moyens. Je serai obligée d’arrêter la formation moto et de licencier deux enseignants de la conduite. » Une situation délicate qui pourrait également avoir des répercutions pour les futurs élèves si le nombre de centres de formation deux-roues se réduit comme peau de chagrin, les obligeant à faire plusieurs kilomètres pour trouver une moto-école.