← Retour à la liste
query_stats Études et statistiques — Mai 2008

-Commission d’audition publique-
Réflexions et propositions pour améliorer l’AAC


L’association Gema Prévention a réuni, le 3 avril dernier, différents experts afin de relancer le débat sur la conduite accompagnée. Un jury s’est ensuite réuni afin de rédiger des propositions.

La commission d’audition publique organisée le 3 avril 2008 à Paris par Gema Prévention, association créée par le Gema, syndicat professionnel de plusieurs mutuelles et groupes d’assurances, visait à relancer les réflexions sur la conduite accompagnée. Lors de la journée du 3 avril, une quinzaine d’experts sont intervenus autour de quatre thèmes. Synthèse.

• État actuel des connaissances sur l’AAC et statistiques sur la sinistralité des jeunes
- Yves Page, adjoint au directeur du LAB PSA-Renault, a présenté une estimation du risque d’implication accidentelle des jeunes conducteurs ayant suivi l’AAC. En général, les études ne permettent pas de détecter une différence de sinistralité corporelle significative entre les jeunes en AAC et ceux en formation traditionnelle dans les deux ans suivant l’obtention du permis, pour des conducteurs principaux de voitures assurés à la MAIF. Si cette différence existe, elle est inférieure à 10 %.

- Gérard Goualc’h, directeur de Macif Prévention, a indiqué que la fréquence du nombre d’accidents des jeunes ayant obtenu leur permis en AAC et assuré à la Macif est plus faible d’environ 10 %. Les novices AAC ont moins d’accidents que les novices non-AAC (- 8,5 % de sinistres). L’impact positif de l’AAC est surtout vérifié pour les jeunes conducteurs de 18 à 23 ans. L’amélioration est très importante pour les 18-19 ans : - 25 % de sinistralité en moins. Ensuite, elle décroît avec l’âge. C’est en ville que l’on enregistre un gain maximum en termes d’accidentalité. En banlieue, ce gain tend à diminuer pour les hommes (mais pas pour les femmes). Enfin, en zone rurale, l’AAC ne présente aucun bénéfice.

- Jean-Pascal Assailly, psychologue et chercheur à l’Inrets, a présenté l’étude de l’OCDE « les jeunes conducteurs et la voie vers la sécurité ». En comparant la conduite accompagnée en Norvège, en Suède et en France, ce rapport recommande un minimum de 120 heures ou de 5 000/7 000 km de conduite supervisée avant le permis. Ceci pourrait, comme en Suède, diminuer de 40 % les accidents des conducteurs novices. En dessous de 5 000 km, on constate un effet pervers : cela renforce l’illusion de contrôle sans le niveau de compétences nécessaires. Au-dessus de 10 000 km, cela n’apporte plus de bénéfices.

• Les jeunes de 16 à 25 ans et leur approche de l’apprentissage de la conduite
- Alain Catala, responsable pédagogique chez ECF, a décrit, à travers une étude, le profil-type du jeune élève AAC. L’AAC est surtout choisi par les classes moyennes (70 %) et peu par les classes défavorisées (5 %). Les écoles de conduite rurales interrogées annoncent un pourcentage d’AAC dépassant souvent 50 % de leurs inscriptions, contre environ 20 % pour les agences urbaines de taille traditionnelle. Depuis 2 ans, apparaissent en ville de nouveaux élèves en conduite accompagnée, âgés de 18/25 ans et inscrits à l’origine dans un parcours traditionnel, ayant échoué à un premier examen pratique et qui font une demande de changement de catégorie en AAC. Ceci afin de réduire le coût de leur formation, dans l’attente d’une hypothétique place d’examen.

- Patrice Huerre, psychiatre, a présenté les caractéristiques psychologiques des jeunes et leur relation au risque, à partir d’une enquête réalisée auprès de lycéens. Dans leur esprit, le risque peut avoir une valeur positive et est valorisé par 90 % des sujets ! En outre, ce n’est pas parce que l’on est averti que l’on ne prend pas de risques. Plus l’entourage (dont les parents) prend des risques, plus le jeune en prendra lui aussi.

- Jean-Louis Boutte, maître de conférences associé, département des sciences de l’Éducation, à l’Université de Provence, qui traitait du rapport des jeunes à la transmission des savoirs, estime intéressant de mobiliser plusieurs accompagnateurs et pourquoi pas sortir du cercle familial pour désamorcer d’éventuels conflits générationnels. L’AAC pourrait aussi être prolongé au-delà du permis, par exemple en employant les participants aux stages de récupération de points comme accompagnateurs, qui pourraient ainsi réactualiser leurs « bonnes pratiques ».

- Marie-Hélène Massot, directrice de recherches à l’Inrets, a présenté une étude sur les pratiques de mobilité des adolescents d’Île-de-France et leur aptitude à se déplacer seuls et librement. Il en ressort notamment que 60 % des adolescents sont indépendants sur le plan de la mobilité. Cependant, la disponibilité parentale le week-end impose l’accompagnement en voiture dans la grande majorité des cas.


• Les rôles de l’accompagnateur et ses motivations
- Loïc Turpeau, président de l’Anper, a présenté la typologie des accompagnateurs AAC. « Ce sont souvent les parents qui sont à l’origine du choix de la conduite accompagnée. On constate même parfois l’absence de motivation des enfants. 80 % des jeunes conducteurs ont 2 accompagnateurs principaux : la mère et le père, ce dernier étant le premier accompagnateur dans 2/3 des cas. Le comportement des parents a des effets positifs (donner les bonnes bases…) ou négatifs (oubli des consignes du moniteur, implication trop forte déresponsabilisant l’élève…). »

- Éric Jannin, responsable sécurité des transports chez BP, a fait part de son expérience d’accompagnateur AAC pour sa fille. « L’AAC est un moment privilégié qui peut permettre de renouer ou de renforcer des liens familiaux. » Il a cependant regretté « le nombre trop important de panneaux sur la route, qui exige une grande concentration » et a proposé l’ajout de rétroviseurs additionnels, notamment pour prévenir l’angle mort, ainsi qu’une défiscalisation pour l’AAC (réduction d’impôts pour un nombre donné de km).


• Voies d’amélioration de l’AAC
- Alain Duneufjardin, secrétaire général d’ECF, a fait une analyse critique de l’AAC, mettant notamment l’accent sur deux freins : la disponibilité des accompagnateurs et le coût perçu comme plus élevé. L’AAC remplit son rôle à condition de s’inscrire dans un cursus éducatif notamment après le permis, d’impliquer fortement les parents et de former les formateurs à un rôle d’animation. L’AAC n’a pas encore montré totalement son efficacité, mais les conditions de sa mise en place peuvent le faire progresser.

- Elisabeth Grillon, adjointe au chef de bureau à l’éducation routière à la DSCR, a évoqué la formation des enseignants à la conduite AAC. Selon elle, « il faut que l’enseignant donne des conseils au couple jeune/accompagnateur, par exemple la gestion du stress et l’anticipation. Les RDV pédagogiques devraient être le temps privilégié des échanges entre jeunes et accompagnateurs, le formateur régulant le tout ».

- Jacky Foucteau, membre CSECAOP-CNPA, coordinateur pédagogique de l’Anper, a affirmé que la formation des accompagnants « doit les conforter dans le bien-fondé de leur choix de l’AAC et renforcer le cadre convivial et pédagogique de l’apprentissage en les informant sur les risques des jeunes conducteurs ». Cette formation des accompagnateurs, « d’une durée idéale d’une journée, devra s’articuler autour d’axes pratique et théorique, et pourra être complétée par un audit qui permettrait de repositionner ou de conforter le rôle de l’accompagnateur. »

- Patrick Chopin, inspecteur du permis de conduire, s’est demandé si l’examen actuel du permis est adapté. Oui, « d’un point de vue réglementaire », mais il « devra continuer d’évoluer pour suivre les nouvelles directives européennes. » L’inspecteur a également rappelé que le rapport TEST, qui fixe les conditions minimales pour qu’un centre d’examen soit reconnu valable techniquement, risque d’entraîner le déplacement de certains centres d’examen vers des sites plus complets.

- Jean-Pierre Martin, vice-président d’ECF, a présenté une approche de l’AAC à travers le monde associatif, qui peut l’utiliser comme outil d’insertion sociale et professionnelle. Par exemple, pour les associations de seniors bénévoles et les jeunes, « cela constitue une occasion de dialogue entre générations, guidée par des professionnels ». Jean-Pierre Martin a aussi prôné un contrôle continu et une validation des acquis au cours des deux années d’AAC.

- Nick Sanders, « project manager » à la CIECA, a montré les différences de pratiques de l’AAC dans les autres pays européens. 9 élèves sur 10 suivent l’AAC en Suède, contre environ 1 sur 10 en Espagne, tandis que l’AAC n’est pas autorisé aux Pays-Bas et au Danemark. En Suède, le risque d’accident post-examen a diminué de 40 % pour les jeunes conducteurs novices ayant commencé la conduite accompagnée à 16 ans.

Pour conclure, Cécile Petit a déclaré que « l’AAC était la plus grande innovation en France de ces 30 dernières années au niveau de la formation du conducteur. Mais il faut rendre l’AAC plus lisible et plus incitative ». La déléguée interministérielle à la Sécurité routière a aussi annoncé qu’une convention cadre devait être signée avec la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment) pour généraliser l’expérience réalisée dans l’Eure et qui intègre l’AAC dans le projet de l’apprenti.


LES PROPOSITIONS DU JURY
Une dizaine de jours après la journée du 3 avril, le jury a émis des propositions concrètes (ci-après), qu’il a adressées aux pouvoirs publics.

- Améliorer la phase d’acquisition d’expérience
- Pour les moins de 18 ans, dans la filière AAC, porter le nombre de kilomètres de 5 000 à 7 000 et accroître le nombre et la diversité des situations de conduite vécues pendant cette période.
- Pour les plus de 18 ans, proposer une phase conduite accompagnée et supervisée, à l’issue de la formation initiale, avec un minimum de durée de 3 mois seulement et comportant un maximum de situations vécues.
- Rédiger un guide « officiel » de l’accompagnateur et concevoir, à destination de l’enseignant, un programme de préparation de l’accompagnateur à son rôle.
- Impliquer davantage le ou les accompagnateurs tout au long de la formation initiale du futur conducteur (en école de conduite).
- Développer le e-learning pour les accompagnateurs.
- Encourager la multiplicité des accompagnateurs désignés.
- Favoriser les processus d’auto-évaluation de l’élève, avec son accompagnateur, notamment par l’intégration d’un formulaire spécifique dans le livret d’apprentissage.
- Redéfinir les contenus des rendez-vous pédagogiques pour développer les échanges d’expériences et un dialogue rénové entre les apprentis-conducteurs, les accompagnateurs, les enseignants et les inspecteurs du permis de conduire.
Ce dispositif impose, au préalable, l’engagement des établissements de formation à respecter un cahier des charges définissant l’ensemble des orientations.
Le respect et la bonne application du cahier des charges sont soumis au contrôle des inspecteurs et délégués du permis de conduire lors de rendez-vous ponctuels.
Cet engagement sera matérialisé par la signature d’une convention avec l’État donnant lieu à une reconnaissance et une identification spécifiques de l’auto-école.

- Améliorer la formation des futurs conducteurs
Le jury de la commission estime nécessaire d’introduire dans le référentiel de formation des futurs conducteurs la matrice GDE et ce qu’elle suppose en termes d’évolution des contenus et des méthodes :
- la connaissance et l’utilisation des nouvelles technologies (aide à la conduite, ABS, ESP…),
- la prise en compte des économies d’énergie et la préservation de l’environnement (éco-conduite).
Ce qui nécessite :
- une formation initiale complémentaire qualifiante des enseignants de la conduite et de la sécurité routière, ainsi qu’un renforcement de la formation des inspecteurs et délégués,
- une formation continue obligatoire des enseignants et des inspecteurs et délégués,
- un développement de leurs connaissances en matière d’éducation, de psychopédagogie et d’animation de groupes.

Christophe Susung

 Pour obtenir le détail des interventions de la journée du 3 avril, contactez Gema Prévention au 01 53 04 16 04.


LES MEMBRES DU JURY

Gérard Acourt, président d’ECF,
Jean-Pascal Assailly, psychologue,
Jean-Michel Boldron, brigadier major, direction de l’ordre public et de la sécurité,
Jean-Pierre Brunet, président de l’association Familles de France des Yvelines,
Alexandre Diner, secrétaire général de Gema Prévention,
Jacques Enjalbert (président du jury), senior consultant aéronautique,
Jean-Pierre Fougère, adjoint du sous-directeur de l’Éducation routière et vice-président du CIECA,
Christian Grolier, inspecteur du permis de conduire, secrétaire général de Snica FO,
Christophe Guyot, formateur, « team manager » de l’écurie moto GMT 94,
Jean-François Huerre, service sécurité et ITS chez PSA Peugeot Citroën,
Patrick Jacquot, président de Gema Prévention.


Dans le même thème

Comment l’incompatibilité médicale à la conduite est-elle gérée en France ?
Contrairement à d’autres pays européens, une visite médicale n’est pas nécessaire pour conserver son permis de conduire en France. Une telle consultation est néanmoins obligatoire si un usager souffre de certaines maladies.
Groupe Léger : Toujours plus de candidats examinés à l’examen pratique !
Si le nombre de présentations à l’examen pratique de la catégorie B a encore augmenté par rapport
à 2020 et 2021, le taux de réussite continue de baisser.
Examens théoriques : Le nombre d’examens est en diminution
Après des années de hausse continue du nombre d’examens théoriques passés annuellement depuis la privatisation, le nombre total des épreuves théoriques générale et moto enregistre une baisse significative.