Les radars, toujours plus perfectionnés, continuent de fleurir sur les routes françaises. Pourtant, la mortalité routière est repartie à la hausse en 2014. Alors, les radars freinent-ils vraiment l’insécurité routière ?
Le temps passe, mais le discours reste. Les radars automatiques ne sont pas le bas-de-laine de l’État mais un outil supplémentaire dans l’arsenal de lutte contre les infractions routières. C’est, en substance, le discours encore tenu début janvier par Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière. « Il faut tordre le cou à l’idée que les radars sont installés pour rapporter de l’argent », a-t-il déclaré en marge de la présentation à la presse des nouveaux panneaux de signalisation des radars fixes et des itinéraires leurres (voir encadré).
4 398 radars en France
Alors, quel est l’impact réel des radars sur la mortalité routière ?
Une étude de l’Insee, datée de novembre 2013, fournit des éléments de réponse. Selon elle, l’installation des radars fixes dans les communes de moins de 6 000 habitants aurait évité environ 740 décès, 2 750 blessés graves et 2 230 accidents entre 2003 et 2011. Dans une étude de 2009, la DSCR affirme de son côté que le nombre de morts sur les routes a chuté de 66 % à proximité des radars depuis leur installation.
Au regard de ces chiffres, le tableau semble limpide. Pourtant, le recul discontinu de la mortalité routière à partir de 2002 s’est enrayé en 2014, avec un bond de 3,5% par rapport à 2013. La tendance s’est maintenue en 2015, avec une hausse de 2,3%, avant de se stabiliser, selon le ministère de l’Intérieur, en 2016, à la suite d’une évolution de 0,2%. En parallèle, le parc des radars n’a jamais été aussi important et diversifié. Au 1er janvier 2017, 4 398 appareils étaient comptabilisés.
Deux discours
Pour Antoine Armstrong, chargé d’études pour la Ligue de défense des conducteurs, « au vu des chiffres, l’impact des radars en terme de sécurité routière n’est pas positif. La mortalité sur les routes diminuait déjà avant 2003, année de déploiement des premiers radars. Et à partir de 2014, elle a augmenté, tout comme le nombre de radars ».
Tout en rappelant « que les accidents de la route étant multifactoriels on ne peut pas évaluer de façon précise, arithmétique, le lien entre les radars et la cause des accidents de la route », Emmanuel Barbe considère qu’il existe « un lien très fort entre la hausse du nombre de radars et la baisse de la mortalité routière car ils incitent les conducteurs à ralentir. Plus la vitesse est faible, plus l’automobiliste a de temps pour freiner, ce qui conditionne la survenue de l’accident, mais aussi sa violence ».
« Une perte d’efficacité »
Emmanuel Barbe avance plusieurs raisons pour expliquer les chiffres de la mortalité routière enregistrés depuis 2014. « On a constaté une hausse de la vitesse moyenne et une augmentation du nombre de kilomètres parcourus, vraisemblablement en raison du prix très bas de l’essence. » Il estime également « qu’une partie des radars a perdu de son efficacité, en raison de l’évolution des outils technologiques permettant aux automobilistes d’être avertis de leur présence ».
À partir de son argumentaire,
Antoine Armstrong soutient que la hausse du nombre de radars « de plus en plus perfectionnés sert avant tout à augmenter les recettes de l’État ». Il préconise comme alternative « le renforcement de la formation, de la prévention et des contrôles ciblés. Une politique publique adaptée pourrait sauver des vies, contrairement aux radars. Il faut construire une route qui pardonne, en essayant de comprendre les dangers de la route. » Emmanuel Barbe, lui, conçoit l’effet « à long terme de l’éducation », mais rappelle « l’efficacité immédiate des radars dans la lutte contre la vitesse et l’insécurité routière ». Et de conclure, au sujet de la polémique récurrente liée aux recettes des radars : « Les radars sont placés à l’entrée de zones dangereuses, sans aucune considération économique, uniquement pour sauver des vies. »
A. B.
De nouveaux panneaux pour signaler les radars
Depuis le 1er mars 2017, de nouveaux panneaux sont déployés progressivement sur le bord des routes pour avertir de la présence de radars. Contrairement au dispositif actuel, mis en place en 2003, le visuel informera les usagers de la vitesse limite autorisée, sur la partie supérieure du panneau. Le pictogramme noir sur fond blanc symbolisant un camion sera supprimé – sans toutefois exonérer les transporteurs routiers des contrôles –, afin de faciliter la visibilité du panneau. Ceux de la voiture et de la motocyclette, en revanche, seront maintenus, tout comme le liseré jaune extérieur. Enfin, les textes « pour votre sécurité, contrôles radars fréquents » ou « pour votre sécurité, contrôles automatiques » seront retirés, « dans un souci d’une meilleure appréhension immédiate du message », indique le ministère de l’Intérieur. À noter qu’un nouveau panneau a également été créé pour annoncer les itinéraires « leurres », sur lesquels les radars automatiques pourront être déplacés. Ils seront déployés progressivement d’ici 2019.