Plusieurs appels à la prudence comptent faire entendre raison aux accros de l’application Pokémon Go qui vivent leur passion au volant.
C’est un vent de folie qui a déferlé sur le monde, en juillet dernier, avec le lancement de l’application pour smartphone Pokémon Go ! En France, un Français sur dix serait atteint de Pokémon mania. Rappelons, pour ceux qui auraient passé l’été sur une autre planète, qu’il s’agit d’un jeu dont le principe consiste à attraper des Pokémon (petits personnages virtuels) dans l’environnement réel, afin de les dresser. Le joueur se déplace, téléphone en main, afin de débusquer les Pokémon, qui apparaissent alors en réalité augmentée sur l’écran. Un jeu qui se transforme vite en addiction, avec pour conséquence un report de l’attention du joueur sur son écran, l’environnement passant au second plan. Si les joueurs piétons en ont déjà fait les frais, en trébuchant ou en se cognant, mais aussi en se mettant en danger en traversant la chaussée sans regarder, le risque s’accroît lorsque le joueur prend le volant.
Appels à la prudence
Les accidents ne se sont pas fait attendre. Dès juillet, on relevait déjà deux accidents. À Besançon, un joueur a percuté un muret au volant de sa voiture. Il s’en est sorti indemne. Dans l’Aisne, sur l’autoroute A4, une conductrice qui cherchait à attraper un Pokémon au volant a perdu le contrôle de son véhicule, heureusement sans faire de victimes.
Face aux risques inconsidérés pris par certains joueurs pour attraper des Pokémon, les appels à la raison se sont multipliés. Car si utiliser son téléphone au volant (ou à vélo) est interdit et passible de 135 euros d’amende et d’un retrait de 3 points de permis, cela ne semble pas dissuader les plus accros aux Pokémon.
Le 9 août dernier, le maire de la commune de Bressolles (Ain) a pris un arrêté interdisant les Pokémon sur son territoire, invoquant les nombreuses dérives possibles du jeu, notamment en matière de sécurité routière.
Sur leur compte Twitter, la gendarmerie et la police nationale ont lancé des messages de prévention, retweetés depuis des milliers de fois. Sur les autoroutes, le groupe Sanef a utilisé les panneaux lumineux d’information pour faire passer le message « Celui qui conduit c’est celui qui ne joue pas ».
Pour Christophe Ramond, directeur des études et recherches de l’association Prévention Routière, « l’application Pokémon Go transforme la route et la rue en un immense terrain de jeu, sans se soucier du danger que cela représente. Il nous semble indispensable que les concepteurs de cette application prennent leur responsabilité et protègent les joueurs et les usagers de la route ».
Une « charte du bon dresseur »
L’association 40 millions d’automobilistes estime que sur les 6 millions de joueurs Pokémon Go français, on dénombre
3,4 millions d’automobilistes. Pour Daniel Quero, président de l’association, « il est de notre responsabilité de tout mettre en œuvre pour communiquer sur les dangers éventuels d’une mauvaise utilisation de l’application ».
Pour cela, 40 millions d’automobilistes a publié une « charte du bon dresseur », qui appelle la société Niantic (créateur du jeu) à ne pas placer de Pokémon sur et aux abords des autoroutes et à compléter son message général d’avertissement par un message à destination des automobilistes. L’association s’engage également à mener, avec la Sécurité routière, une campagne de sensibilisation, ainsi qu’à promouvoir une attitude vigilante de la part des automobilistes à l’égard des piétons usagers de l’application.
Selon Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, « Pokémon Go, c’est l’arbre qui cache la forêt d’un usage du téléphone addictif et délirant. Tout usage du téléphone au volant, que ce soit pour jouer, appeler ou envoyer des SMS, est dangereux ».
Pour leur part, les auto-écoles se doivent de sensibiliser leurs élèves à l’incompatibilité absolue entre Pokémon Go et conduite !
À moins qu’elles ne préfèrent acheter des « leurres », censés attirer les Pokémon et… de nouveaux clients fans du jeu, comme l’ont fait de nombreux commerçants (bars, fast foods…) ! Une idée qui n’a pas semblé recueillir l’adhésion sur la page Facebook de La Tribune des Auto-Écoles. Même si, comme a ironisé une internaute, « au moins, ça ferait venir les élèves au Code » !
C. S.
Un phénomène mondial
Les accidents liés à l’utilisation de Pokémon Go au volant se sont multipliés à travers le monde. Par exemple, aux États-Unis, un automobiliste absorbé par le jeu a endommagé une voiture de police, heureusement sans faire de victimes. Plus grave, au Japon, une femme de 72 ans est décédée après avoir été fauchée par un conducteur chasseur de Pokémon.
Pour éviter de tels drames, les dangers que représente le jeu pour la conduite sont mis en avant dans de nombreux pays. Ainsi, au Canada, la compagnie d’assurances Fairway Insurance Services prévient par des panneaux « Don’t Pokemon and drive » de l’imprudence de jouer au volant. La prévention laisse aussi parfois la place à la répression. En Belgique, suite au succès de l’appli Pokémon Go, la police a décidé de verbaliser les piétons qui regardent leur smartphone tout en traversant en dehors des passages cloutés. Les contrevenants écoperont d’une amende de 55 euros. Les forces de l’ordre s’appuient sur un article du Code de la route qui stipule que « les usagers doivent se comporter sur la voie publique de manière telle qu’ils ne causent aucune gêne ou danger pour les autres usagers ».