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warning Accidentologie — Septembre 2016

- Accidentalité 2015 -
Seconde année consécutive de hausse de la mortalité routière

« Nombre-victime-route-2015 »


Reparti à la hausse en 2014 après des années de baisse, le nombre de morts sur les routes françaises a de nouveau augmenté durant l’année 2015. Analyse de ce constat inquiétant.


Force est de constater que le bilan définitif de l’accidentalité routière 2015, révélé le 18 mai par le ministère de l’Intérieur, n’est guère plus brillant que celui établi en 2014, qui ne constituait donc pas un « accident » isolé. En 2015, 3 461 personnes ont perdu la vie sur les routes de France, soit une augmentation de 2,3% (77 décès supplémentaires) par rapport à 2014, année durant laquelle une hausse de 3,5% des décès avait été constatée par rapport à 2013.
Même si le nombre de personnes blessées a baissé de 3,1% en 2015, l’objectif du gouvernement de passer sous la barre des 2 000 morts par an d’ici 2020 paraît particulièrement difficile à atteindre.

Les automobilistes sont les plus touchés
Ce sont toujours les automobilistes qui paient le plus lourd tribut sur la route. Ceci est encore plus vrai en 2015, avec 1 796 décès survenus dans un véhicule de tourisme (133 de plus qu’en 2014).
Par contre, les autres catégories d’usagers ont vu leur mortalité routière diminuer : - 16,1% pour les véhicules utilitaires (120 tués), - 6,2% pour les piétons (468 tués), - 6,3% pour les cyclistes (149 tués), - 6,1% pour les cyclomotoristes (155 tués) et -1,8% pour les motocyclistes (614 tués). Cependant, malgré cette mortalité en baisse, les deux-roues motorisés, qui comptent pour 1,9% du trafic, représentent 43% des blessés graves et 22% des tués. Pour changer la donne, le gouvernement compte sur l’accès obligé par le permis A2 (motos jusqu’à 35 kW) pour tous les motards novices, l’accès au permis A (motos les plus puissantes) n’étant plus possible directement.
D’une manière plus générale, on constate que 70% des blessés graves sont des usagers vulnérables (motocyclistes, cyclomotoristes, cyclistes et piétons), non « protégés » par une carrosserie. Une catégorie d’usagers qui fait de plus en plus l’objet de campagnes spécifiques.

Les 18-24 ans toujours plus impactés
Si ce sont toujours les 25-44 ans, qui, malgré une baisse de 1,6%, comptent le plus de victimes de la route (1 024 tués), la situation est toujours préoccupante pour les jeunes. En 2015, les accidents de la route restent la première cause de mortalité chez les 18-24 ans. Ces derniers représente 9% de la population mais 18% des morts sur la route (619 tués en 2015, soit une hausse de 6,4% par rapport à 2014).
À l’autre bout de la pyramide des âges, les conducteurs seniors connaissent également une hausse de leur mortalité routière. Si les 65-74 ans (312 tués) subissent la hausse la plus importante (10,2%), les plus de 75 ans restent les plus touchés en nombre (519 tués, en augmentation de 6,4%).
On notera que, tous âges confondus, la proportion hommes/femmes reste inchangée par rapport à 2014 : les 3/4 des tués ou blessés graves sont des hommes.
Concernant le réseau routier, si les routes hors agglomération sont toujours les plus meurtrières (2 175 morts, en hausse de 1,2%), on remarque que l’autoroute, pourtant considéré comme le type de réseau le plus sûr, a malgré tout vu sa mortalité routière sensiblement augmenter en 2015 (+ 23,1%, avec 298 décès). Une tendance qui touche plus particulièrement les… piétons (48 tués, soit le double du chiffre de 2013), toujours plus fragilisés par le manque d’attention des conducteurs.

La part de l’alcool ne baisse pas
Malgré les nombreuses campagnes de prévention, l’alcool constitue toujours un fléau sur les routes. Ainsi, 30,5% des personnes tuées l’ont été dans un accident impliquant au moins un conducteur présentant une alcoolémie supérieure à 0,5 g/l de sang, soit plus de 2 points d’augmentation par rapport à 2014 (28,3%). Et parmi les automobilistes impliqués dans un accident mortel, les jeunes de 18-24 ans et les conducteurs entre 25 et 44 ans sont plus fréquemment alcoolisés que les autres.
Pour leur part, les stupéfiants sont présents dans 22,8% des accidents mortels chez au moins un conducteur impliqué. Le mélange cannabis/alcool multiplie par au moins 15 le risque de causer un accident mortel.
Enfin, en 2015, le non-port de la ceinture de sécurité fait toujours de nombreuses victimes, puisque 21% des automobilistes tués, 38% des usagers de véhicules utilitaires et 36% des usagers de poids lourds ne l’avaient pas bouclée. Sur ce critère comme sur bien d’autres, il reste encore des progrès à faire.
C. S.





Bilan « encourageant » pour les DOM
Avec 155 tués en 2015, la mortalité routière dans les cinq DOM (départements d’outre-mer : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, Réunion) a chuté de 10,4% par rapport à 2014 (173 tués), et même de 14,4% par rapport à 2010. Les chiffres additionnés de la France métropolitaine et des DOM ( 3 616 tués) font ainsi état d’une hausse de la mortalité routière globale de 1,7% (contre 2,3%pour la seule métropole). Cependant, dans les DOM, des pratiques à risque comme le non-port de la ceinture ou du casque et la conduite alcoolisée y sont encore trop répandues.


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