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tips_and_updates Réforme du permis — Avril 2008

Rassemblement à Paris - Les écoles de conduite à l’assaut de la capitale


Dans une ambiance conviviale, les enseignants de la conduite de la région parisienne et des départements aux alentours ont manifesté de Nation à République. L'occasion d'exprimer leurs inquiétudes et mécontentements...

Ils étaient sur le pied de guerre avant même 8 heures du matin, en ce jeudi 13 février. Les enseignants de la conduite étaient nombreux à se rassembler Cour de Vincennes et place de la Nation, à Paris. Des gérants d’auto-écoles et moniteurs salariés venant de la région parisienne, mais aussi de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais, de Haute-Normandie ou encore de la région Centre. Vers 10 heures, le cortège composé de voitures, motos, autobus et camions, s’est mis en mouvement. Direction : la place de la République.

DE 1 100 À PLUS DE 5 000 VÉHICULES ÉCOLE
Plus de 5 000 véhicule-écoles selon les organisateurs, 1 100 selon la préfecture de police de Paris, se suivaient ainsi sur une distance de plus de 3 kilomètres, dans une ambiance conviviale et festive. Coups de sifflets, klaxons, ballons jaunes accrochés aux rétroviseurs, leitmotivs amplifiés par porte-voix… rivalisaient avec moult affiches aux messages coups de gueule ou pied de nez aux autorités. « Candidat Bussereau, recalé ! » ; « Borloo, ajourné ! » ; « Coût du permis : l’État s’en met plein les poches » ; « Pour la suppression des délais d’attente aux examens ! » ; « Le permis, un droit pour tous »… Les professionnels du nord de la France sont venus en force. Et, surfant sur la popularité de leur région déclenchée par le film « Bienvenue chez les Ch’tis », ils ont mis le paquet avec les banderoles : « Les Ch’tis in colère ». Ou « Bussereau ! Des plaches d’examens pour nos t’iots biloutes ! »

PLACES D’EXAMEN AU CŒUR DES REVENDICATIONS
En effet, sans surprise, l’un des principaux problèmes mis en avant par les manifestants est celui des places d’examens. « Il est inadmissible que les candidats attendent autant. La solution est de réduire le temps d’examen », lance Gérard Lenoir, moniteur à Pontault-Combault (Seine-et-Marne). Certes, mais… la réglementation européenne ne le permet pas. « C’est bien pour ça que j’ai voté contre l’Europe ! », rétorque-t-il. Pour Christine Thellier, membre de l’Unic 94, la solution résidait dans le projet de son syndicat national, Auto-école autrement. Mais, « l’Etat s’est servi de la grève des inspecteurs pour revenir sur ce projet ». Désignant les autorités, elle s’insurge : « Ils disent que nous, on ne fait pas notre boulot, mais eux ne remplissent pas leurs obligations, ni au dépôt de dossier, ni pour les places d’examen ». Confirmation auprès d’un de ses élèves venus manifester : « Je suis au chômage ; il me faut le permis pour travailler. Je devais le passer le 4 mars, mais je n’ai pas pu, car mon dossier est encore en préfecture. Cela fait environ 3 mois que ça dure… », déplore Amide, 23 ans.

INQUIÉTUDE ET COLÈRE AUTOUR DE LA RÉFORME DU PERMIS
Les déclarations de Bussereau sur un permis « moins cher » et « moins compliqué à obtenir » suscitent également le mécontentement des manifestants. « Baisser le prix de la formation et augmenter la sécurité, je ne vois pas comment on peut faire. Le candidat lambda a besoin de 30 à 35 heures de formation. Bussereau, a peut-être été un peu vite en besogne. Ils font des consultations après les déclarations », déplore Bernard Saïller, formateur à Soissons. « On ne peut pas faire de coûts plus bas, mais on comprend que pour les candidats, cela représente un coût important », déclare Lionel Chatelin, exploitant dans la Somme. « La profession a plus de 10 ans de retard sur le plan social. Les salaires de nos moniteurs stagnent. Ils sont sous-payés.On ne peux pas faire évoluer nos entreprises, car on ne trouve pas de moniteurs », analyse Mathieu Baum, gérant à Saint-Valéry-sur-Somme (80). Pour l'ensemble des manifestants interrogés, c'est à l'État de faire des efforts, s'agissant du coût du permis, en accordant une aide financière aux candidats, une détaxe carburant aux écoles de conduite, ou encore en abaissant le taux de TVA à 5,5 %. Beaucoup d'enseignants de la conduite sont aussi descendus dans la rue pour protester contre certaines propositions, ayant d'ores et déjà percé, s'agissant de la réforme du permis. À commencer par le transfert du Code à l'Éducation nationale. Ils craignent que cela se passe comme pour l'attestation de sécurité routière. « L’ASSR, à l’heure actuelle, est bradée », prévient Mathieu Baum. Pour Catherine Brazier, membre du bureau CNPA du Nord, les conséquences pourraient être catastrophiques : « Il risque d'y avoir pas mal de chômage, car les auto-écoles vont devoir licencier. Tout comme les fournisseurs de produits pédagogiques… »

ENTHOUSIASME, MÂTINÉ DE PRUDENCE
Vers midi, le cortège arrive place de la République et y restera jusqu'au retour de la délégation reçue à Matignon. Cris de joie et applaudissements accueillent d'abord le compte-rendu des négociations, et notamment la reconnaissance des écoles de conduite comme interlocuteur futur dans l'élaboration de la réforme du permis. Mais, quand ils se mettent à en discuter entre eux, les manifestants sont moins unanimes. « Ils vont négocier avec la profession, c’est déjà ça », dit l'un, soulagé. « C’est reculer pour mieux sauter. Ils ont fait la même chose avec les inspecteurs », affirme un autre. « Je pense qu’il faut qu’on reste super unis », renchérit un troisième. Nouvelle annonce au mégaphone : « Il semblerait que le gouvernement ait donné l’assurance que les inspecteurs feraient des heures supplémentaires ». Rires et huées accueillent cette proposition. « Cela représente, quoi ? Environ 30 examens de plus par inspecteur par mois… Bravo, le gouvernement ! », ironise Manuella Thellier. Sa fille, Christine Thellier renchérit : « Quand on fait une manifestation avec 5 000 personnes, on aimerait obtenir des éléments un peu plus concret, avoir un engagement par écrit tout de suite ». Quoi qu'il en soit, ils s'en souviendront, de cette journée. « Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. J’ai participé à toutes les manifs. C’est la première fois que je vois une mobilisation de cette ampleur. Et c’est la première fois que je vois des indépendants venir », se réjouit Sam Benzaqui, président de l’Unidec Paris. Aussi la profession sort-elle de cette manifestation fière d'elle-même, car elle a prouvé qu'elle savait se mobiliser.

Bérengère Huvey


LETTRE DE SOUTIEN D’UNE MÈRE DE FAMILLE
Élisabeth et Philippe Purenne de l’auto-école Pithiviers Conduite, située à Pithiviers dans le Loiret, avaient accroché un ballon au pare-brise de leur voiture-école pour expliquer leur participation au mouvement du 13 mars dernier, à Paris. Durant la manifestation, le ballon s’est envolé. Il a été attrapé par une mère de famille qui a adressé à Pithiviers Conduite une lettre de soutien. Fidèles lecteurs de La Tribune des Auto-Écoles, Élisabeth et Philippe nous ont demandé de publier la lettre dans nos colonnes pour « partager ce soutien avec tous nos collègues ».
« Bonjour,
Il est 13 h 20, je suis en train de remonter le boulevard Voltaire à Paris et je viens de récupérer un de vos ballons jaunes indiquant votre participation à la manifestation. Je voulais simplement vous apporter mon soutien (bien peu de chose) pour différentes raisons. À titre d’exemple, une de mes filles a passé son permis en juillet 2007, cependant afin de ne pas perdre le bénéfice de son Code (octobre 2007), son dossier a été transféré dans une auto-école de l’Aude où nous avons de la famille, pour passer son épreuve de conduite avant l’expiration de son Code, les délais de l’Essonne étant complètement hallucinants. Une camarade de ma fille de condition modeste est dans l’obligation de repasser son Code, car le délai pour repasser la conduite suite à son échec, fait que son Code n’est plus valable. Ce coût est très important, pas étonnant que certains conduisent sans permis. Enfin, quel plaisir de voir des manifestants autres que les fonctionnaires, qui sont coutumiers du trajet que vous avez emprunté. Bon courage. »

Annie, une habitante de l’Essonne qui travaille sur Paris



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