L’Automobile club médical de France (ACMF) a réuni, à Paris les 27 et 28 novembre derniers, plus de 400 experts, pour aborder, entre autres, le délicat sujet du vieillissement des conducteurs.
« Si vous m’enlevez mon permis, docteur, je me flingue »… Voilà le genre de propos rapporté par le Dr. Philippe Lauwick, président de l’Automobile club médical de France (ACMF) résumant bien à lui-seul la lourde responsabilité incombant aux médecins agréés par les préfectures à faire passer une visite médicale aux conducteurs pour déterminer leur capacité à prendre le volant.
8 millions de conducteurs seniors
Selon le Dr. Sylvie Bonin-Guillaume, professeur de gériatrie à la faculté de médecine de Marseille Timone, on dénombre plus de 8 millions de conducteurs âgés de plus de 65 ans, en France. Pour autant, la population des séniors est hétérogène tant dans l’usage qu’ils font de l’automobile que dans leur vieillissement. Aussi, le Dr. Sylvie Bonin-Guillaume estime qu’il est nécessaire d’adapter la mobilité en fonction de la condition du patient. Elle préconise donc plus un accompagnement progressif de la personne âgée vers l’arrêt de la conduite qu’un arrêt brutal à un âge couperet.
Les médecins contre une visite médicale systématique
Les médecins de l’AMCF sont d’ailleurs hostiles à une mesure de visite médicale systématique pour les aînés. Ainsi, le Dr. Sylviane Lafont, chargée de recherche en épidémiologie à l’IFSTARR de Bron s’est interrogée sur l’arrêt de la conduite et s’est demandé comment le prévoir. S’appuyant sur une étude menée pendant 10 ans et portant sur plus de 5 000 conducteurs de plus de 65 ans, elle a passé en revue les facteurs d’arrêt de la conduite.
Difficile d’évaluer sa propre aptitude à conduire
On note que si les personnes atteintes de Parkinson ou démentes sont celles qui cessent de conduire le plus rapidement, ainsi que les femmes, il n’en est pas de même pour les conducteurs présentant des problèmes de vision et physiques. Ces derniers restent souvent cramponnés au volant plus longtemps qu’ils ne le devraient. L’appréciation subjective des capacités de conduite faussant le jeu. « Il est difficile d’admettre que l’on a perdu certaines capacités surtout si ce sont des capacités cognitives, souligne le Dr. Sylviane Lafont. Ce qui est important, c’est d’avoir une bonne auto-estimation de ses compétences. L’hypothèse de l’étude Safe Move portant justement sur ce sujet est la suivante : les personnes qui surestiment leurs capacités cognitives surestiment également leurs capacités de conduite et ne modifient pas suffisamment leurs habitudes de conduite, d’où un sur-risque d’accident ».
Le rôle des auto-écoles
C’est pourquoi les médecins semblent favorables à un rapprochement avec les écoles de conduite pour évaluer les capacités de conduite des conducteurs âgés, notamment en les rassurant. Ce rapprochement du monde de la santé avec celui de l‘enseignement nécessite cependant des connaissances à acquérir auprès d’ergothérapeutes, par exemple. Un impératif afin que les audits de conduite ne constituent pas une simple promenade de santé.
Jean-Claude Huant
Aménagement du permis pour raison médicale
Depuis août 2014, à la demande des médecins agréés par les préfectures, de nouvelles mesures
additionnelles ou restrictives à apposer sur le permis sont venues enrichir celles déjà existantes. Les codes utilisés (désignés ici en gras) sont les suivants :
01 Dispositif de correction de la vision et/ou de protection de la vision.
02 Prothèses auditives/aide à la communication.
03 Prothèse(s) orthèse(s) des membres.
05 Usage restreint (indication de sous-code obligatoire).
05.01 Restreint aux trajets de jour (par exemple : une heure après le lever du soleil et une heure avant le coucher).
05.02 Restreint dans un rayon de kilomètres autour du lieu de résidence du titulaire, ou uniquement à l’intérieur d’une ville/d’une région.
05.03 Conduite sans passagers.
05.04 Restreint aux trajets à vitesse inférieure ou égale à…km/h.
05.05 Conduite uniquement autorisée accompagnée d’un titulaire de permis de conduire.
05.06 Sans remorque.
05.07 Pas de conduite sur autoroute.
05.08 Pas d’alcool.
Les préfectures semblent éprouver pour l’instant des difficultés à mettre en œuvre cette codification.