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tips_and_updates Réforme du permis — Janvier 2015

- Delphine Granier (Génération libre) -
« Nous ne sommes pas à la solde d’Ornikar »

Delphine Granier, 23 ans, est analyste au think-tank Génération libre depuis février 2014. Ce mouvement très libéral veut notamment déréglementer la formation au permis de conduire, et tente de peser politiquement sur la réforme en cours.


La Tribune des Auto-Écoles : Quelle est la nature de votre mouvement, Génération libre (GL) ?
Delphine Garnier, analyste au think-tank Génération libre : Génération libre est un think-tank, littéralement un « laboratoire d’idées ». Il a été créé par Gaspard Koenig, philosophe de formation, en mai 2013. Son objectif est d’introduire les idées libérales dans le débat public. On s’efforce de rappeler que le libéralisme économique n’est ni de droite, ni de gauche. Nous proposons simplement des projets de réforme. On s’intéresse à une profession, on prend une page blanche et on dit : « qu’est-ce qu’on pourrait proposer à la place ? ». Mais nous ne sommes pas un lobby au sens strict, dans la mesure où un lobby défend des intérêts privés.

La Tribune : Pourtant, dans votre fiche de présentation sur le site de GL, vous êtes personnellement décrite comme spécialiste en « lobbying ».
D. G. : Oui, mais nous ne sommes pas un lobby commercial. Nous essayons de diffuser nos idées auprès des politiques et des parlementaires, tout en étant indépendants financièrement. Nos financements proviennent essentiellement de dons de particuliers. Nous ne recevons pas de commandes. Beaucoup de think-tanks sont financés soit par des partis politiques, par des entreprises du CAC 40 ou par des banques. Ce n’est pas notre cas (NDLR : un banquier siègeait néanmoins dans le Conseil d’Administration de GL jusque récemment).

La Tribune : Certains vous disent  financés par Ornikar, la start-up qui propose le permis en ligne. Que répondez-vous ?
D. G. : Que nous ne sommes pas à la solde d’Ornikar ! Nous ne connaissons Benjamin Gaignault et Alexandre Chartier, les deux dirigeants de la start-up, que depuis très récemment. Et nous ne sommes pas financés par eux, d’autant qu’ils n’en ont pas les moyens ! Même s’ils ont des financiers qui leur permettent de tenir le coup, ils m’ont confié que ça devenait de plus en plus dur. Depuis bientôt un an, ils ne peuvent pas exercer leur activité. Je suis sidérée de ce pays où l’on met des bâtons dans les roues des jeunes qui entreprennent.

La Tribune : N’avez-vous pas plutôt le sentiment que les bâtons – la réglementation – étaient déjà au milieu de la route, et qu’ils ont décidé de s’y engager quand même ?
D. G. : La vérité, c’est qu’ils remplissent toutes les conditions de l’agrément préfectoral. On leur a dit qu’il fallait un local ? Ils ont un local. Plus de 200 enseignants de la conduite sont intéressés pour collaborer à leur projet en tant qu’indépendants. S’il y a un problème, qu’on leur précise lequel. Mais l’administration préfère les laisser dans le doute.

La Tribune : Votre projet de réforme de la formation au permis ressemble étrangement au leur. Comment l’expliquez-vous ?
D. G. : Nous nous intéressons au permis de conduire depuis longtemps, bien avant qu’Ornikar n’arrive sur le marché. Il faut simplifier le process de passage du permis de conduire, qui est beaucoup trop contraignant, permettre l’inscription en ligne. Quand on lit les conditions de délivrance de l’agrément préfectoral, on croit rêver : 25 m² de surface minimum, une salle séparée pour faire le Code…  On sait pourtant très bien que beaucoup d’auto-écoles proposent déjà le Code en ligne.

La Tribune : Vous dites vouloir les « dépoussiérer », mais vous reconnaissez donc qu’elles ne sont pas si ringardes que cela ?
D. G. : Non, bien-sûr, et je pense qu’elles ont énormément à gagner à suivre le cours des choses. Avec le modèle qu’on propose, elles auraient moins de charges, puisque les moniteurs auraient leur propre véhicule, leur propre assurance. Les auto-écoles ont un rôle à jouer dans la modernisation de leur profession. L’administration rend prisonniers l’élève et l’auto-école. Laissons le candidat s’inscrire en candidat libre à l’examen, via une plateforme en ligne. Pour le Code, les écoles de conduite peuvent continuer à donner des cours en salle, mais seulement s’ils ont une forte valeur-ajoutée pédagogique. Trop d’établissements se contentent de laisser leurs élèves seuls dans une salle sans moniteur.

La Tribune : Votre projet ne présente-t-il pas des risques en termes de sécurité routière ?
D. G. : Pas du tout, car le contenu du Code resterait le même, tout comme la formation pratique. C’est le mode d’apprentissage qui changerait. Il y aurait toujours un lien physique et une continuité dans la formation, incarnée par l’enseignant.

La Tribune : Vous souhaitez également réformer l’examen du permis B ?
D. G. : C’est en effet la deuxième pièce du puzzle. Il faudrait privatiser intégralement l’examen du permis de conduire. Plus généralement, les postes de fonctionnaires ne devraient plus exister que pour les missions régaliennes : police, justice, etc.

La Tribune : Avez-vous l’espoir de voir le permis changer dans le sens que vous souhaitez ?
D. G. : Il faut du courage politique pour appliquer ces mesures, et on sait que notre projet ne sera pas appliqué tel quel. Quand la réforme du permis sera entérinée, on passera à autre chose. On ne veut pas la disparition des auto-écoles. Les deux modèles, « traditionnel » et
« nouvelle génération », peuvent parfaitement coexister. Rien ne nous dit d’ailleurs que cela va marcher. Mais si l’on n’essaye pas de changer les choses, on ne peut pas savoir.
Propos recueillis par Lucas Lallemand


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