Jean-Sébastien Coppin, enseignant de la conduite dans le Nord, est également président de l’association les Rubans Verts, qui rassemble les auto-écoles en se positionnant contre la réforme en cours.
La Tribune des Auto-Écoles : Pouvez-vous nous présenter les Rubans Verts ?
Jean-Sébastien Coppin : Fondée fin septembre 2014, les Rubans Verts, un nom synonyme d’espérance, est une association de type loi 1901, à but non lucratif et non syndical. Son but est de fédérer les professionnels de l’enseignement de la conduite face à la réforme engagée par le gouvernement, qui va à l’encontre de notre profession, en particulier des petites structures. Il s’agit également de défendre et de valoriser cette profession, son image, son diplôme et ses salaires. Notre association (ndlr : 51 adhérents mi-novembre) est ouverte à tous, exploitants comme enseignants, syndiqués ou non. Pour l’instant, nous sommes présents dans le Nord, la Bretagne, le Gard, l’Hérault, le Vaucluse, la Gironde et l’Île-de-France. Des réunions d’information sur notre association ont été organisées en octobre/novembre dans ces départements.
La lettre envoyée au ministre de l’Intérieur par Pascal Loiseau, notre représentant dans le Vaucluse, qui dénonçait les dangers de la réforme et en particulier de la privatisation, a reçu une réponse de Bernard Cazeneuve qui ne nous satisfait pas. En effet, ce dernier se contente de récapituler les mesures mises en place sans rien remettre en cause et sans répondre à certaines de nos craintes.
La Tribune : Pourquoi vous opposer à la réforme du permis de conduire ?
J-S. C. : L’État prend des mesures en totale inadéquation avec notre métier. La privatisation entraînera la suppression des agents du service public, pour faire place à des « agents privés ». Ils auront pour mission d’évaluer les candidats, mais surtout d’être « rentables » pour leur prestataire, qui sera leur unique employeur ! Ce sera la fin des examens effectués dans la transparence et l’impartialité. En outre, avec la privatisation de l’ETG vers des centres privés, les auto-écoles ne pourront plus choisir leur centre d’examen et devront parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour y emmener leurs élèves.
De plus, nous refusons la privatisation des examens groupe lourd et moto. Les sociétés privées qui feront passer l’examen seront des sociétés à but lucratif. Leur chiffre d’affaires sera constitué du bénéfice effectué sur le prix des places d’examens. Plus le taux d’ajournement sera élevé, plus le chiffre d’affaires sera important ! Et si la méthode d’attribution des places d’examen a été modifiée le 1er octobre, prenant en compte les B2, cela diminuera peut-être le manque de places en B, mais pas pour les examens moto et groupe lourd.
La Tribune : Vous êtes également contre la déréglementation de la profession…
J-S. C. : La déréglementation envisagée de notre profession constitue une dérive. La fin des 3 ans d’expérience obligatoires pour devenir gérant a déjà entraîné le métier vers le bas. Les auto-écoles low cost et/ou en ligne font leur apparition, en proposant des tarifs très bas. Elles font du tort aux auto-écoles traditionnelles. Certaines de ces soi-disant « auto-écoles » proposent des accompagnateurs pour leurs leçons, qui n’ont besoin que d’une formation de 4 heures, alors que nous autres enseignants devons avoir le Bepecaser. Est-ce que beaucoup d’élèves d’auto-écoles sont prêts à être mis en circulation sans professionnel à leurs côtés après 20 h d’apprentissage ?
Et quelle est la prochaine étape : la suppression de l’obligation d’avoir un local ?
La Tribune : Ne craignez-vous pas de ne pas avoir autant de poids qu’un syndicat, de ne pas participer aux réunions avec le gouvernement ?
J-S. C. : C’est une crainte qui a en effet été émise lors de nos réunions. Mais si nous arrivons à être très nombreux, nous aurons forcément plus de poids. Nous comptons tout d’abord rencontrer le gouvernement, puis, si nécessaire, organiser des manifestations, à Paris et en province. Si Ornikar et les organisations syndicales ont pu être reçues par le gouvernement, il n’y a pas de raison pour que notre association ne le soit pas elle aussi ! D’autant que les syndicats ne représentent pas la majorité des écoles de conduite, qui, pour la plupart ne sont pas syndiquées. De plus, même si certains ont depuis fait machine arrière, les syndicats sont à l’origine de la privatisation des examens, qu’ils ont demandée
en 2013.
Propos recueillis par Christophe Susung