Pascal Loiseau, gérant d’une auto-école dans le Vaucluse, a écrit à différents ministres pour dénoncer la réforme du permis. Une trentaine d’exploitants ont signé sa pétition et il a obtenu le soutien de deux députés.
Les petites auto-écoles, oubliées de la réforme ? C’est en tout cas le constat d’un gérant d’une école de conduite à Cheval-Blanc, dans le Vaucluse. Pascal Loiseau a écrit aux ministres de l’Intérieur, de l’Économie et de l’Écologie, une lettre pour dénoncer une réforme qui « favorise particulièrement les gros établissements ».
Une contradiction avec le REMC ?
Il a joint une pétition soutenue par une trentaine de signataires, et remettant en cause les conditions dans lesquelles la réforme du permis de conduire a été décidée. « Cette réforme est en contradiction totale avec le REMC (référentiel pour l’éducation à une mobilité citoyenne, ndlr), estime Pascal Loiseau. Le gouvernement était-il au courant de son entrée en vigueur ? D’un côté on nous parle de savoir devenir, de pédagogie, et de l’autre de résultats et de prix du permis. Il faut savoir ce qu’on veut. »
Selon le gérant d’auto-école vauclusien, qui est également IDSR (intervenant départemental de la sécurité routière), « il ne sert à rien de faire une réforme alors que la législation actuelle n’est déjà pas respectée ». Pascal Loiseau demeure assez critique sur sa profession. « Certes les brebis galeuses sont une minorité, comme dans tous les métiers. Mais quand je vois que certains établissements facturent des rendez-vous pédagogiques sans les effectuer, je me dis qu’il n’y a vraiment pas assez de contrôles. »
Méfiance sur la privatisation
D’autre part, aux yeux du gérant contestataire, la privatisation du Code menace clairement la survie des petites auto-écoles (au nombre de 10 000 en France selon lui), dont il se proclame porte-parole. « Les frais de présentation déjà facturés par les auto-écoles seront majorés de frais d’examen pour payer les entreprises certifiées par l’État », dénonce-t-il.
À terme, les auto-écoles n’accompagneront plus leurs élèves au Code, car la privatisation prévoit un examen individuel sur ordinateur. « Or, un apprentissage uniquement par ordinateur ne permet pas de travailler sur le savoir-être des conducteurs », souligne Pascal Loiseau dans son courrier. Alors qu’il critique le rôle des gros établissements et des syndicats dans la réforme, lui se décrit « en électron libre de ses pensées ». « Pourtant j’ai des points communs avec les syndicats, s’empresse-t-il d’ajouter. Nous sommes tous contre la déréglementation, les auto-écoles en ligne et les moniteurs freelance. Mais ce qui nous oppose, c’est la privatisation. »
Soutien parlementaire ?
S’il n’a pas reçu de réponse à son courrier de la part des ministères concernés, Pascal Loiseau peut en revanche compter sur le soutien de deux députés du Vaucluse. Jean-Claude Bouchet (UMP) a assuré être « immédiatement intervenu auprès du ministre Bernard Cazeneuve afin qu’un intérêt particulièrement bienveillant soit porté à [la] pétition ».
Le député Jacques Bompard (Ligue du sud, ex-FN) est pour sa part allé jusqu’à déposer à l’Assemblée deux questions écrites à l’attention du gouvernement. Elles étaient en cours d’examen au moment de notre bouclage. Le député y réclame notamment « la baisse des charges pour les auto-écoles » et indique que « les centres indépendants sont très inquiets par les réformes du permis annoncées par le gouvernement ».
Il reprend les propositions de Pascal Loiseau : la mise en valeur de la conduite supervisée, la réforme de l’attribution des places d’examen (qui doit pourtant prendre effet dès à présent, avec la prise en compte des B2), le recrutement de 200 IPCSR (utopique, comme chacun sait) et une plus grande écoute des « petits établissements ».
Rien de bien nouveau donc, si ce n’est de montrer que toutes les auto-écoles ne sont pas favorables à la réforme. Mais ça, on s’en doutait un peu.
L. L.