← Retour à la liste
tips_and_updates Réforme du permis — Septembre 2014

- Laurent Deville -
« La privatisation de l’examen va pénaliser les petites auto-écoles »

Le syndicat d’inspecteurs SNICA-FO exprime ses craintes vis-à-vis de la réforme du permis de conduire, qui selon lui, pénalisera également les auto-écoles.


La Tribune des Auto-Écoles : Quel était l’objectif de la grève du 25 juin dernier ?
Laurent Deville : Le maintien des statuts particuliers des IPCSR et DPCSR et de l’ensemble de leurs missions, sans recours à d’autres personnels, quels qu’ils soient. Ainsi que le recrutement, dès 2015, d’IPSCR et DPCSR, en nombre suffisant, pour assurer, dans le respect de leur temps de travail, l’ensemble des missions qui leur sont dévolues. La grève du 25 juin, suivie à 85%, était prévue pour marquer le coup, laissant la porte ouverte à la discussion. Mais si rien ne bouge, une grève illimitée sera déclenchée le 15 septembre. Le 8 juillet, nous avons été reçus, avec le SNPTAS-CGT, par Michel Lalande, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, qui a souligné la nécessité de mener la réforme dans les conditions annoncées. Pour nous, le préalable nécessaire à la reprise du dialogue est la suspension du projet de privatisation des examens ETG et poids-lourd. Quant à la décision de la DSCR de recruter une équipe de 20 IPCSR et DPCSR, afin de former 300 agents publics à la réalisation de l’ETG, nous la trouvons totalement irrespectueuse. Le SNICA-FO appelle donc les IPCSR et DPCSR au boycott total de cet appel à candidature.
La Tribune : Selon vous, obtenir davantage de places d’examens peut avoir des effets néfastes.
L. D. : Si on soulage les inspecteurs de certaines missions afin de les reconcentrer sur le passage du permis B, cela va entraîner un afflux de places en B, qui va impliquer mathématiquement une chute du taux de réussite, car le nombre de candidats ajournés augmente.
« L’ouverture des vannes » peut avoir l’effet inverse de celui recherché. La précipitation à vouloir réformer le permis n’est pas justifiée.
Choisir la voie de la privatisation, c’est ouvrir la boîte de Pandore, avec des conséquences dramatiques particulièrement pour les petites auto-écoles : fermeture de centres d’examens secondaires, concurrence des auto-écoles en ligne, développement de l’apprentissage libre, frais de présentation en diminution, etc.

La Tribune : Vous dénoncez également l’examen payant induit par la réforme.
L. D. : La réforme, qui se destine aux jeunes ira à leur encontre si l’on se dirige vers une délégation de service public payante, qui augmentera les frais pour le candidat. Car aujourd’hui l’examen du permis est totalement gratuit, ou plus exactement payé par l’impôt. Le ministre s’est engagé à ce que l’examen du Code coûte 30 euros. Si les organisations professionnelles auto-écoles se sont engagées à réduire en contrepartie de 30 euros les frais de présentation des écoles de conduite, cette solution risque d’être difficile pour les petites auto-écoles, qui ne vont pas emmener gratuitement un candidat passer l’examen du Code, avec une voiture et un moniteur à disposition.

La Tribune : Quelles sont vos propositions ?
L. D. : Nous proposons une mesure simple : qu’il n’y ait plus que deux manières de former les conducteurs. Soit par l’AAC, pourquoi pas dès 15 ans, soit après 18 ans, par le recours systématique à la conduite supervisée. Cette dernière permettrait de maintenir, gratuitement, le niveau de l’élève. L’auto-école délivrerait une attestation de fin de formation initiale avant d’enchaîner sur la conduite supervisée, avec un accompagnateur (par exemple un parent). Ceux ne disposant ni de voiture ni d’accompagnateur pourraient faire appel à des associations ou à des retraités. Lorsque l’élève revient, par exemple au bout de 3 mois, à l’auto-école, il lui suffit de reprendre 3 ou 4 heures de conduite. Il reste à supprimer les contraintes qui freinent la conduite supervisée (3 mois et 1 000 km minimum), car le candidat doit pouvoir repasser l’examen dès qu’il est prêt. Enfin, pour augmenter les taux de réussite, il faut agir sur la qualité de la formation en relançant les suivis d’enseignements des auto-écoles par les IPSCR, qui fourniraient des moyens de progresser sur certains aspects de l’enseignement. Cela éviterait aussi que moniteurs et inspecteurs ne se voient qu’au moment du passage de l’examen !
Propos recueillis par Christophe Susung





L’UNSA-SANEER ouverte au dialogue, mais peu satisfaite
Contrairement aux autres syndicats d’inspecteurs, l’UNSA-SANEER a accepté de participer à toutes les réunions avec le gouvernement. « Nous sommes toujours ouverts à la discussion », précise le secrétaire général Christophe Nauwelaers. « Pour autant, nous n’avons obtenu que des promesses. Il est donc probable que nous organisions en septembre prochain un mouvement de grève illimité. Car la perte des examens ETG au profit du secteur privé via une délégation de service public est difficile à accepter. Une solution serait de permettre aux agents d’autres services dont les missions ont été abandonnées par l’État de réaliser ces examens. La perte des épreuves du groupe lourd en titre professionnel pose également problème, même si le ministère nous a garanti que les IPSCR continueront à être formés. »
Le ministère a également promis le maintien des effectifs des IPSCR pour les 3 prochaines années. « Bien qu’axée sur le court terme, cette annonce nous satisfait, à condition que la DSCR nous communique les effectifs actuels », estime Christophe Nauwelaers. « Enfin, nous regrettons qu’il faille attendre que les délais d’attente entre 2 présentations B descendent à 45 jours pour pouvoir mettre en place les missions de contrôle des IPSCR. »


Dans le même thème

Directive européenne relative au permis de conduire - Le texte est définitivement adopté
Mardi 21 octobre 2025, les députés européens ont confirmé et voté la mise à jour de la règlementation européenne relative au permis de conduire.
Quid de la conduite supervisée à partir de 17 ans ?
Deux ans après l’entrée en vigueur du permis à 17 ans, l’article du Code de la route portant sur la conduite supervisée n’a pas été mis à jour. Pourquoi ?
CACES® : Nouvelle donne pour les épreuves théoriques
Depuis 2020, les CACES® n’ont cessé de se réformer. Si au 1er janvier 2025 un changement majeur a été mis en place, une nouvelle évolution du système d’évaluation théorique entre en vigueur et devra être appliquée au plus tard au 1er janvier 2026.