Le 15 mai dernier, l’association 40 Millions d’automobilistes, a présenté à la presse une enquête réalisée en janvier dernier en Grande-Bretagne, qui vise à démontrer que la réduction de la vitesse n’est pas forcément la seule solution pour abaisser le nombre de morts sur les routes.
Décidément, l’Angleterre ne fera jamais rien comme les autres ! Tandis que la France n’a cessé ces dernières années d’augmenter le nombre de radars sur les routes et mène une réflexion passionnée sur l’éventualité d’abaisser la vitesse pour diminuer le nombre de victimes de la route, la perfide Albion se débarrasse de certains radars. Quant à ceux qui restent en place, seuls 46% seraient en état de fonctionnement, selon une étude menée par l’organisme « Which ? ».
Résultat : la plupart des conducteurs britanniques dépassent la vitesse réglementaire régulièrement. Pour autant, le nombre de victimes de la route n’augmente pas et la Grande-Bretagne présente un des taux les plus faibles d’Europe en matière d’accidentologie avec à peine 1 700 morts en 2012.
Mais quel est donc le secret de l’Angleterre ? Pour répondre à cette question, Pierre Chasseray, délégué général de l’association française de défense des automobilistes, 40 Millions d’automobilistes, est allé enquêter Outre-Manche auprès de divers experts.
Conduire alcoolisé, un crime de lèse-majesté
Premier constat, à l’instar de la France, la Grande-Bretagne partait de loin. En 1965, lorsque la France comptait environ 12 000 victimes de la route, l’Angleterre en dénombrait près de 8 000. Mais le début des années 1970 a marqué une rupture, explique Mark Egan, porte-parole du Comité des Transports au Parlement : « Il est devenu socialement inacceptable de boire et de conduire ». Les Anglais n’ont pas renoncé au plaisir de prendre un verre, voire plus, mais ils ont intégré le fait qu’ils ne peuvent prendre le volant en étant alcoolisé et qu’ils doivent trouver une solution de substitution, comme prendre le taxi ou désigner une personne qui reste sobre et se charge de raccompagner ceux qui ont bu. Il faut dire que le conducteur roulant sous l’emprise de l’alcool risque gros. « Pris en infraction, on peut perdre son emploi », précise Mark Egan. Résultat : le nombre d’accidents de la route dus à l’alcool a considérablement baissé en Grande-Bretagne. Selon Stephen Glaister, directeur du Royal Automobile Club Foundation, « l’alcool est impliqué dans 16% des accidents mortels » en Angleterre (contre 34% en France). Cependant, « on ne peut pas se contenter de cette situation, estime-t-il, on doit continuer à agir ».
2010, fin de la répression à tout-va
Dans un second temps, le gouvernement britannique a opté pour une politique de contrôle-sanction (dont s’est inspirée la France il y a dix ans) en installant jusqu’à 6 000 radars. Mais en 2010, le gouvernement de David Cameron a déclaré « la fin de la guerre contre les automobilistes ». Non seulement, il n’était plus question d’installer de nouveaux radars, mais plus de la moitié des machines en place ne fonctionnent plus et ne sont plus entretenues.
À partir de 2009, la ville de Swindon avait même amorcé une petite révolution en supprimant ses sept radars. « Les radars ne flashaient pas beaucoup, mais il avait un coût à les maintenir opérationnels, alors qu’ils n’avaient pas d’impact positif sur la sécurité routière », explique Keith Williams, adjoint au maire de Swindon. Force est de constater que cette mesure n’a pas entraîné un relâchement des conducteurs, ni une hausse des victimes de la route. Au contraire. « Au lieu d’entretenir les radars, nous avons investi l’argent dans des actions de prévention et de sécurité », affirme le maire de Swindon, Nick Martin.
Prise en compte de l’acceptation des citoyens
Est-ce à dire que les Britanniques sont tous des conducteurs modèles qui respectent à la lettre le Code de la route ? Of course, not ! S’ils respectent généralement les 32 km/h dans les zones 30 et les 48 km/h en ville, nombreux sont ceux qui dépassent les 112 km/h sur les autoroutes, les voies rapides et les 2x2 voies. « Nous avons une marge de tolérance de 10% + 3 km/h », explique David Davies, délégué général du Parlementary advisory Council for Transport Safety (PACTS), une organisation qui regroupe des élus parlementaires. Avant d’ajouter que « les radars sont là pour faire de la prévention et non pour ramasser de l’argent ».
Ce que confirment les chiffres puisqu’en 2013, les radars ont rapporté 800 millions d’euros en France contre seulement
105 millions Outre-Manche.
« En Grande-Bretagne, nous avons une approche de la sécurité routière basée sur l’acceptabilité des citoyens », souligne David Davies. En d’autres termes, une mesure ne peut être comprise et appliquée que si elle est acceptée. Quand il n’y a pas de danger véritable, la police tolère une vitesse légèrement au-dessus de la limite autorisée. Par contre, si les forces de police constatent un endroit accidentogène, leur jugement est pris en compte pour adapter la limitation de vitesse sur la portion concernée. Une approche plus pragmatique qu’en France qui pourrait donner des idées à notre gouvernement, non ?
S. A.