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two_wheeler Deux-roues — Avril 2014

- Bilan -
Un permis moto en phase d’ajustement

Même s’il donne globalement satisfaction car jugé plus adapté au quotidien du motard, le nouveau permis moto, introduit il y a plus d’un an, pourrait intégrer cette année quelques modifications, dont l’intérêt divise les spécialistes de la moto.


S’inscrivant dans le cadre de la mise en application de la directive européenne 2006/126/CE et du décret n° 20011-1475 du 9 novembre 2011, la nouvelle mouture du permis moto est entrée en vigueur le 19 janvier 2013. Plus d’un an après cette mise en place, quel bilan tirer de ce changement important pour les moto-écoles ?

Permis A2 : démarrage en douceur
L’apparition du permis A2 (motos d’une puissance maximale de 35 kW et d’un rapport poids-puissance qui ne doit pas excéder 0,2 kW/kg), destiné aux 18-24 ans, était l’une des principales innovations de la réforme.
De l’aveu de plusieurs écoles de conduite de l’Hexagone, le permis A2 n’en est qu’à son démarrage et doit prendre sa vitesse de croisière. Pour l’instant, il génère beaucoup moins de permis que le A1 et le A. Rien d’étonnant si l’on considère que la « passerelle » permettant de passer du A2 au A en suivant une formation de 7 heures n’est possible qu’après 2 ans de permis A2, et ne sera donc effective qu’en 2015.
Quant au permis AM, qui a remplacé le BSR, il a bien débuté, malgré son tarif légèrement plus élevé et une formation plus longue (7 heures au lieu de 5) que le BSR. Beaucoup considèrent que le permis AM, qui, contrairement au BSR, est un permis à part entière, valorise le rôle des écoles de conduite, puisque ce sont elles qui le délivrent directement à l’élève, sans intervention d’un inspecteur, avec une vraie demande de permis en préfecture.

Pas de boost des incriptions
Pour autant, d’une manière générale, la réforme ne semble pas avoir fait exploser le nombre d’inscriptions dans les moto-écoles. Selon Alain Martin, directeur administratif de la moto-école Zebra, en région parisienne, et responsable deux-roues du CNPA, c’est plutôt normal « puisqu’à chaque fois qu’une réforme est annoncée, on observe une baisse des inscriptions, même si cette réforme peut être favorable aux candidats ».
Par contre, le taux de réussite, déjà très élevé en permis moto, et qui est resté relativement stable en 2012, semble avoir encore progressé, comme l’a notamment constaté Bruno Dardard, gérant de l’auto-école As de Caro (Evreux). « Il se trouve que nous sommes passés d’un taux de réussite de l’ordre de 75/80% à 100% depuis pas mal de mois ! »
Difficile pour autant d’affirmer que cette progression est forcément liée au nouveau permis. En effet, ceux qui estiment que le nouveau permis est plus difficile que l’ancien sont quasiment aussi nombreux que ceux qui pensent le contraire ! (voir le sondage).
À ce sujet, le remaniement complet des épreuves du plateau introduites par la réforme de janvier 2013 a fait couler beaucoup d’encre, provoquant la demande de modifications (voir encadré) pour certains, alors que d’autres y sont opposés.

Une notation pas assez sévère
Thierry Le Pallec, spécialiste moto de l’Unic et gérant/enseignant au CER Nemausus de Nîmes, estime que « le nouveau permis moto est globalement bien pensé, les candidats sont préparés de manière plus réaliste à l’utilisation au quotidien d’une moto. Malheureusement, plusieurs dérives de la part de certaines auto-écoles, plus intéressées par le commerce que par la qualité de la formation, font que des candidats qui n’ont pas assez travaillé obtiennent des notations B (niveau moyen ou erreur non éliminatoire) pratiquement partout, sans être pour autant au point ».
Autre regret, « si faire travailler le candidat sur le point de patinage de l’embrayage est très utile en permis moto, il se trouve que la réglementation actuelle permet à un candidat de ne pas avoir à travailler ce point, puisqu’en parcours lent, s’il fait moins de 20 secondes, il obtient une note B. C’est pour cela que j’ai demandé à la DSCR qu’avec un temps de 18 à 20 secondes, un candidat obtienne une notation B. Et que par contre, celui qui est en dessous de 18 secondes, donc qui manifestement n’a pas pu faire du patinage d’embrayage, ait une notation C ». De même, poursuit Thierry Le Pallec, « il est dommage que certains élèves n’essayent même plus de faire l’évitement, puisque cela ne les empêchera pas d’obtenir leur permis ».

Des examens plateau trop peu techniques ?
Pascale Maset, secrétaire générale du SNICA-FO, estime qu’avec la réforme, « le niveau du permis a baissé. Parmi nos propositions, nous souhaitons notamment supprimer le chronométrage, car nous jugeons que l’examinateur est suffisamment compétent pour apporter une expertise technique de l’épreuve. Si le candidat va trop vite, il le verra. À force de se concentrer sur le temps, on en oublie la technique. Certains candidats peuvent ne pas être au point, sans recevoir pour autant de note éliminatoire. Ainsi, ils ne sont pas forcément bien préparés à passer la circulation. Le but n’est pas de rendre le permis plus difficile, mais cohérent en termes de sécurité routière ». « C’est pour cela qu’il faut remettre une notation C sur certaines épreuves, ajoute Laurent Deville, secrétaire national du SNICA-FO, en charge de la réforme du permis moto. Sinon il continuera à y avoir des candidats qui ne font pas du tout patiner l’embrayage, sans incidence négative sur l’obtention de leur permis. Par ailleurs, nous regrettons qu’il n’y ait plus d’évaluation de la qualité du freinage. Nous souhaitons ainsi réintégrer les critères qui existaient avant 2013, comme par exemple une roue bloquée, ou encore un candidat « effondré » sur le réservoir ».

Une formation plateau trop lourde
Pour sa part, Alain Martin estime au contraire que « la volonté d’introduire une note éliminatoire pour l’épreuve chronométrée du parcours lent est une aberration. Cela n’a aucun rapport avec la conduite de la moto au quotidien, et c’est déjà sur le parcours lent que les candidats passent le plus de temps. Autre  revendication que nous jugeons inutile, l’éventuelle arrivée d’une notation C, susceptible d’être éliminatoire au bout du 2e essai, en cas d’anticipation de freinage. C’est un retour en arrière qui risque d’entraîner des tensions entre inspecteurs, enseignants et élèves, et que la réforme avait utilement supprimé. En effet, le jugement de l’inspecteur est dans ce cas extrêmement subjectif, certains examinateurs pouvant juger que pour l’élève, le simple fait de poser ses mains sur le levier de frein constitue un freinage, même si ce dernier ne s’effectue qu’après la ligne. »
Pour le responsable deux-roues du CNPA, « tout ceci va à l’encontre de l’un des principaux objectifs du nouveau permis moto, qui était d’alléger la formation plateau au bénéfice de la formation en circulation. Malheureusement, c’est loin d’être le cas puisque la moyenne nationale de cette dernière est de 4 à 6 h, au lieu des 12 heures prévues ».
Enfin, Alain Martin se réjouit de l’utilisation désormais autorisée de motos équipées de l’ABS, point très positif du nouveau permis moto. « Cela a permis de totalement supprimer les chutes des candidats. » Par contre, l’introduction de l’annonce différée des résultats pour la partie pratique – elle était déjà effective pour le Code – n’est, selon lui, « d’aucune utilité, car les agressions en examen moto sont extrêmement rares. Du coup, on peut attendre jusqu’à 10 jours le résultat d’un examen, en cas de problème avec la Poste, ou si un inspecteur tombe malade juste après l’examen. »
C. S.





Les motos d’examens A2 : un choix finalement élargi
Jusqu’à peu, la puissance d’origine d’une moto d’examen pour passer le permis A2 ne devait pas dépasser le double de la puissance bridée, ce qui excluait de nombreux modèles. Cette obligation a été repoussée à 2018. Désormais, une limite de puissance à 70 kW (le double des 35 kW du bridage maximal autorisé par le permis A2) a été fixée, quel que soit le bridage effectué. Cela laisse la possibilité aux auto-écoles de conserver  leur parc actuel jusqu’en 2018, sans être obligées d’acquérir systématiquement des motos neuves.





Des modifications de l’examen en juillet 2014 ?
Un arrêté introduisant plusieurs ajustements des épreuves du permis moto devrait paraître fin-avril/début-mai, avant d’être mis en application 3 mois après, c’est-à-dire courant juillet 2014. Sous réserves, ce texte pourrait imposer plusieurs modifications : -Épreuve hors circulation, allure réduite « extra-lente » : création d’une notation C. Pour l’épreuve sans chronomètre, si la maîtrise de l’embrayage sur le parcours de (2) en (3) n’est pas acquise, cela entraînerait une notation C. En cas de chronométrage, un temps < 18 secondes entraîne une notation C, un temps compris entre 18 et 20 secondes entraîne un B, et un temps > 20 s entraîne un A.
-Épreuve hors circulation, alluré plus élevée : notation C en cas de freinage d’urgence déclenché avant la ligne « C6 », 1 seul pied au sol serait toléré lors du demi-tour.
-Épreuve hors circulation, exercice d’évitement : la zone d’évitement serait légèrement modifiée et le renversement ou le déplacement d’un cône entraînerait une notation C. De plus, un seul pied au sol serait toléré lors du demi-tour.
-Épreuve en circulation : l’inspecteur n’aurait plus l’obligation d’annoncer le début et la fin de la phase de conduite autonome.


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