Vice-président de la communauté urbaine de Bordeaux et porte-parole EELV en Aquitaine, Clément Rossignol-Puech propose d’intégrer au permis une initiation aux modes doux de déplacement.
La Tribune des auto-écoles : Vous proposiez au ministre de l’Intérieur d’instaurer une initiation à la conduite responsable. Quel en serait le principe ?
Clément Rossignol-Puech : Mon idée de départ est la mise en place d’une « école de la mobilité ». Aujourd’hui il n’existe pas un seul moyen de transport, mais de nombreux acteurs du déplacement. Transports en commun, vélo, auto-partage… La voiture individuelle ne doit pas être la seule alternative : 95 % du temps, elle est à l’arrêt ! L’enseignement doit se faire à la source, à l’auto-école. Il faudrait proposer une sensibilisation aux modes doux de déplacement. C’est dans cette optique que j’ai écrit à Manuel Valls [ndlr : alors ministre de l’Intérieur], le 13 janvier dernier. Il m’a répondu le 19 février, et m’a orienté vers le groupe de travail au sujet du permis.
La Tribune : Vous allez donc vous rapprocher du groupe de travail ?
C. R-P. : Oui, j’ai pris contact avec Florence Gilbert, qui s’est montrée sensible à mes arguments et ouverte au dialogue. Il y aura débat sur la mise en œuvre de mon idée. Il faut analyser les contraintes techniques et financières. J’ai pensé notamment à instaurer une taxation sur le kérosène des vols intérieurs pour compenser le coût d’une telle formation.
La Tribune : Quel rôle imaginer pour les auto-écoles ?
C. R-P. : Les auto-écoles peuvent initier un vrai changement dans les mentalités. Mais il prendra du temps. Bien-sûr, leur rôle est avant tout d’enseigner l’usage de la voiture. J’ai moi-même repassé mon Code récemment pour mon permis moto et ce n’est pas facile (rires) ! Je connais leurs difficultés, la plus criante étant le manque de places d’examens. Il faut faire en sorte que « l’école de la mobilité » n’aggrave pas ce problème. Ensuite, il faudrait réfléchir à ce que les moniteurs d’auto-école puissent faire connaître à leurs élèves tous les acteurs de la mobilité. Dans le cadre de la formation, ils devraient apprendre à se repérer sur un plan de transports, savoir utiliser un portail de co-voiturage, etc.
La Tribune : Vous êtes au courant que les établissements de conduite ne partent pas de rien sur le plan écologique, avec notamment une formation à l’éco-conduite…
C. R-P. : Tout à fait, et je sais que certaines auto-écoles utilisent des véhicules électriques ou hybrides. C’est ce genre d’initiative qu’il faut également encourager.
La Tribune : Les pouvoirs publics auraient-ils un rôle à jouer, notamment en offrant une aide financière à des établissements souhaitant s’équiper d’un véhicule propre ?
C. R-P. : Encore une fois, c’est très bien d’inciter les auto-écoles à s’équiper d’un véhicule propre. D’ailleurs, ils y verront vite leur intérêt, avec plus de souplesse, moins de nuisances. Mais en termes financiers, une aide de l’État me semble difficilement envisageable.
La Tribune : Dans quelle région souhaiteriez-vous lancer une expérimentation ?
C. R-P. : Pour l’instant, j’ai surtout réfléchi mon projet à l’échelle des grandes agglomérations. Mais il est applicable à l’ensemble du territoire français ! Dans un premier temps, je voudrais sonder des villes qui sont déjà sensibilisées aux questions de mobilité, afin de ne pas débarquer dans une totale inconnue. J’ai notamment pensé à Strasbourg et Nantes, où il y a le tramway. Et il y en aurait très certainement d’autres. La mobilité est un enjeu d’avenir, surtout suite aux récents pics de pollution.
Propos recueillis par Lucas Lallemand