Faisant suite à la manifestation qui a bloqué Poitiers la matinée du 19 novembre, un accord a été trouvé entre Ségolène Royal et les écoles de conduite. Exit le Code enseigné dans les lycées, place à un dispositif de chèque-code.
Le 19 novembre au matin, près de 300 véhicules auto-écoles de la région Poitou-Charentes mais aussi du reste de l’Hexagone ont bloqué Poitiers. Sur le boulevard circulaire, une opération escargot accompagnée de concerts de klaxons a créé de multiples embouteillages.
À l’appel de l’UNIC et de la FNEC 86, les écoles de conduite protestaient contre le projet de Ségolène Royal, la présidente de la région Poitou-Charentes, d’instaurer des leçons de Code gratuites dans les lycées de la région à partir de janvier 2013. Comme l’expliquent l’UNIC et la FNEC 86, « si l’on enlève le Code de la route aux auto-écoles, ce sont les leçons de conduite qui augmenteront, car les charges ne baisseront pas. Non seulement le coût du permis sera inchangé pour les familles, mais de plus, le contribuable paiera pour le Code au lycée. Et les petites écoles de conduite risquent d’être confrontées à des difficultés financières insurmontables. »
APPEL À MANIFESTER… OU PAS
À la suite de plusieurs réunions, ces deux syndicats ont appelé à manifester, « face au refus de Ségolène Royal de retirer son projet de Code à l’école ».
Au contraire, le CNPA et l’UNIDEC ont estimé que « descendre dans la rue et bloquer Poitiers n’était pas justifié, les discussions étaient en cours et l’objectif de Ségolène Royal n’étant pas de mettre les auto-écoles en danger. »
Le 19 novembre en fin de matinée, les représentants de l’UNIC et de la FNEC 86 ont été reçus par Ségolène Royal dans les locaux du conseil régional, après que les manifestants aient accepté de lever leur blocus. Un accord a été trouvé : le passage du Code dans les lycées laisse la place à un système de chèques-code laissant le libre choix de l’auto-école par les jeunes, qui pourraient ainsi être aidés à hauteur de 200 euros, sous conditions de ressources. Enfin, il n’est plus envisagé d’élargir le dispositif au niveau national.
Dans un communiqué commun à Ségolène Royal, l’UNIC et la FNEC 86, l’ensemble des parties s’estime satisfaite. « Les préoccupations des uns et des autres ont été écoutées et prises en considération, mutuellement et dans un bon état d’esprit. La discussion continue pour compléter la formation des jeunes à l’éducation routière dans les lycées, comme le souhaitent la région et les auto-écoles. En aucun cas la réforme ne conduira à la fragilisation des auto-écoles. »
Pour Philippe Colombani, président de l’UNIC, « Madame Royal a entendu nos revendications, une grande partie du malentendu a été levé et les petites auto-écoles vont pouvoir continuer à travailler sereinement. Ce qui ne nous empêche pas de rester vigilants. »
LE CNPA ET L’UNIDEC RÉAGISSENT
Patrice Bessonne, président du CNPA, précise qu’« au départ, ce dossier n’était pas un dossier national, mais régional. L’une des pistes développées par le CNPA, à savoir mettre en place un chèque-code, a été suivie. On ne peut que s’en satisfaire. Ségolène Royal a bien repris ce que l’on avait pu négocier : un chèque-formation et l’organisation d’actions de sécurité routière dans les lycées, par exemple sur les addictions, mais en aucun cas une délocalisation du Code hors de la profession des auto-écoles. La manifestation du 19 novembre n’a pas changé la donne. Nicolas Pouit, président régional du CNPA et Philippe Malpièce, secrétaire général, ont amené les points d’ancrage aux différentes réunions, et ce travail de proposition a porté ses fruits. Nous avons adressé à Ségolène Royal deux courriers indiquant que l’on avait pris acte de sa décision et que l’on en était satisfait. »
Pour sa part, l’UNIDEC, précise que « le principe du chèque-code fait partie des propositions suggérées par la profession et entendues par la région lors de la réunion du comité de pilotage du 16 novembre. » Bruno Garancher, P-dg de l’ECF Grand Ouest, déclare « ne pas être hostile à une logique de chèque-code, tout en prenant le temps d’en approfondir les modalités. Mais pourquoi tabler d’emblée sur un coût de 200 euros ? C’est très cher s’il s’agit juste de mettre des élèves devant des ordinateurs, mais ce n’est pas cher si cela inclut un vrai contenu. Quant à la définition d’actions de sécurité routière dans les lycées souhaitée par la région, nous sommes ouverts à la discussion. »
Bruno Garancher ajoute que « la décision de manifester de deux syndicats a été prise avec une pression que nous jugeons inutile, alors que les discussions étaient en cours. Je tiens enfin à préciser que contrairement à ce que certains pensent, nous ne sommes pas à l’origine de ce projet de Code à l’école. La perspective de perdre le Code pour nos agences serait pire que pour les petites auto-écoles. Sans formation théorique, nous sommes morts. »
C. S.