En octobre 2007, Christophe Préault, responsable de la division nautique des CER, et René Delorme, président national de la section nautisme du CNPA, faisaient part dans nos colonnes de leur enthousiasme concernant l’arrivée de la réforme du permis bateau. Aujourd’hui, ils en effectuent un premier bilan mitigé, plus de 4 ans après son application.
Christophe préault, responsable de la division nautique des CER
« IL FAUT UN VÉRITABLE EXAMEN DE FORMATEUR »
La réforme a amené plusieurs améliorations ! Le programme de formation, déjà, est beaucoup plus complet. Il permet de consolider plus de connaissances. Je pense notamment au tirage aléatoire des questions qui incite l’élève à maîtriser davantage ses connaissances. Le cadre d’apprentissage est d’une manière
générale également beaucoup plus vaste.
Au niveau des contrôles, dans notre département (NDLR : Vendée), on est visité en permanence… C’est sûr, on veut toujours des contrôles, mais on préfère quand ça concerne les autres (Rires) ! L’administration a enfin pris conscience de la nécessité d’effectuer des contrôles. Il faut dire qu’elle reçoit constamment des témoignages de personnes qui constatent des irrégularités.
D’un point de vue pédagogique, je suis partagé sur l’arrivée des éditeurs qui proposent aux élèves de suivre les cours directement de chez soi, sur Internet. Il y a sans doute des personnes à qui cela peut correspondre, mais je pense que cela ne doit pas devenir systématique. Le cours « magistral » reste selon moi essentiel.
Mon souhait prioritaire, c’est l’instauration d’un véritable examen de formateur ! Sinon pourquoi ne pas exiger un diplôme de capitaine 200, ou alors un autre brevet spécifique ? Aujourd’hui, le constat, c’est qu’il y a une nouvelle génération de formateurs peut-être moins impliquée. Ils sont poussés vers ce métier par les centres de formation. À notre époque rien n’était imposé, les gens se dirigeaient vers ce métier par passion !
Concernant le trop grand nombre de centres de formation, je pense que les choses vont se remettre en place d’elles-mêmes. Actuellement, il n’y a pas de travail pour tout le monde. Je pense que pour le permis bateau, comme pour le permis B, on pourrait imaginer une sanction du diplôme par l’enseignant avec un contrôle ultérieur de l’examinateur. »
Propos recueillis par Hugo Roger
René Delorme, président national de la section nautisme du CNPA
« DE MOINS EN MOINS D’INTERACTION AVEC LE STAGIAIRE »
À partir du moment où le travail est fait comme il se doit, l’ensemble de la profession devrait arriver à de bien meilleurs résultats en terme de formation ! Globalement, on va dire que le bilan de la réforme est satisfaisant. Malheureusement, il y a eu des dérives. Pour ma part, je considère que la réforme de 2008 a été ternie par un déficit de contrôles évident de l’administration.
Il y a une dérive sur l’enseignement à proprement parler, puisque les centres ne respectent pas la règle des 3 heures 30 de pratique. Il n’y a pas assez de contrôles. Pourtant, avec la perte de l’examen pratique, cela aurait pu permettre de libérer des effectifs pour contrôler l’ensemble des bateaux-écoles.
De plus, on constate avec inquiétude que de nombreux établissements de formation au permis bateau ne proposent à leurs élèves que des cours via Internet. Résultat, il n’y a plus d’interaction avec le stagiaire ! Certains éléments de formation méritent que le savoir soit mieux transmis. Comment vont faire ces nouveaux diplômés lorsqu’ils se retrouveront avec une vague de 2 mètres en face d’eux ? Les autorités ont leur part de responsabilité à ce sujet. Au moment de la réforme, ils étaient d’accord sur le fait que les cours ne devaient pas être imposés alors même que les centres ont obligation de posséder une salle de Code !
Une autre dérive concerne les établissements qui ont signé des contrats avec Groupon. Cela entraîne un phénomène d’inscriptions massives et ponctuelles et donc, logiquement, des blocages au niveau du service instructeur.
Il faut aussi signaler que dans certains centres instructeurs, à Paris et à Lyon, il y a deux examinateurs simultanément au moment de l’examen théorique, par peur d’une agression, paraît-il. Dans les autres régions, il y a qu’un seul examinateur par session. Forcément, cela permet à chaque fonctionnaire d’assurer plus d’examens.
Propos recueillis par Hugo Roger