En temps de crise, il est toujours bon de songer à développer son entreprise ! Les auto-écoles qui souhaiteraient se développer, mais qui doutent des perspectives offertes par certaines formations au post-permis, pourraient bien être séduites par l’éco-conduite. Et pour cause : comme la conduite écologique est inscrite au programme de l’examen, les moniteurs ont tout intérêt à y être formés… Dans ce cas, pourquoi ne pas voir plus loin ? Après l’obtention d’un agrément post-permis, puis une journée de formation à la conduite économique, le marché de l’éco-conduite s’ouvre à vous. Certes, des auto-écoles ont déjà eu le temps de s’installer sur ce marché. Selon TSR International, qui fait partie des sociétés proposant les outils embarqués de mesure nécessaires à la formation à l’éco-conduite, l’intérêt de la profession pour la conduite écologique monte en flèche depuis 2 ans. Mais, parallèlement, l’intérêt des entreprises, des particuliers ou des collectivités locales pour cette formation post-permis ne cesse de croître…
DE LA PLACE POUR LES INITIATIVES PERSONNELLESÀ Dijon, Stéphane Cretin, gérant de plusieurs auto-écoles (Notre Dame) s’est lancé il y a un an sur ce marché, après avoir été sollicité par une entreprise spécialisée dans les éco-comportements. « Il fallait y aller car c’était clair qu’un jour ou l’autre tout le monde allait se jeter dedans », explique-t-il. Il poursuit : « Je voulais faire de l’éco-conduite de façon originale et professionnelle ». Le gérant lance donc un site Internet où il explique les perspectives offertes par cette formation post-permis. Pour séduire les potentiels clients, Stéphane Cretin introduit aussi le concept de permis « vert ». « Il a les mêmes dimensions que le permis classique, mais avec une valeur uniquement symbolique bien entendu », sourit-t-il. La formation se déroule sur 4 jours pour un groupe de 12 personnes. Une journée est dédiée à la présentation des avantages générés par l’éco-conduite, puis l’auto-école propose au cours du second jour une formation à la conduite économique, dans le véhicule. « L’initiative a particulièrement séduit les grandes entreprises », explique Stéphane Cretin. « On leur explique : à quoi cela sert d’investir des milliers d’euros dans de la publicité, si un véhicule de votre société donne une mauvaise image de votre entreprise se conduisant n’importe comment sur la route ? Le calcul est vite fait ! Ces entreprises comprennent vite les gains amenés par cette formation, que ce soit au niveau de l’image ou en terme financier ». Selon Stéphane Cretin, les conducteurs sont par ailleurs davantage concernés par la formation à l’éco-conduite que par les autres activités post-permis. « C’est toujours difficile d’intéresser les gens avec le post-permis. On a une vraie difficulté à les attirer. Soit ils ne sont pas motivés, soit ils le sont uniquement pour récupérer des points… Là, avec l’éco-conduite, il existe un gain financier réel à l’issue de la formation. C’est un vrai moyen d’appâter le client ».
DES SOLUTIONS CLÉS EN MAINPour se lancer sur ce marché, Stéphane Cretin a équipé son véhicule d’un ordinateur de bord, qui vient se greffer directement sur le véhicule pré-équipé d’une sonde. L’outil permet d’analyser les données relatives aux paramètres liés notamment à la consommation du véhicule, puis d’imprimer ces données. Plusieurs éditeurs pédagogiques et certaines entreprises spécialisées dans les outils embarqués proposent des produits électroniques destinés à la formation à l’éco-conduite. Les prix varient selon les prestataires, mais le coût total de l’installation oscille entre 1 000 euros et 4 000 euros par véhicules et par poids-lourds. Bien évidemment, l’auto-école Notre Dame a dû former ses moniteurs à l’éco-conduite. Pour cela, les réseaux constituent la meilleure issue, notamment grâce à une riche expérience en la matière. Que ce soit l’Anper, l’ECF ou les CER, tous s’y sont mis ! La formation se déroule en général sur une journée. « Cela fait presque une dizaine d’années que ECF sensibilise les auto-écoles à ce sujet », témoigne René Chomette, gérant du CSER éducation routière de Lyon-Bron. « Cependant le marché ne s’est vraiment développé que depuis un an ou deux. Il reste encore des places à prendre », ajoute-t-il. Daniel Bahuon, directeur développement du réseau CER indique que « le plan de déploiement de formation des moniteurs du réseau sera finalisé à la fin de l’année ». L’objectif est double selon lui : « D’une part, il faut que les moniteurs soient en mesure d’enseigner l’éco-conduite à leurs élèves. Quand on parle d’un sujet à des apprentis conducteurs, le minimum est d’en savoir plus qu’eux ! » L’autre but vise bien sûr le post-permis. « Les CER mènent de véritables actions dans le domaine de la sécurité routière. La formation à l’éco-conduite s’inscrit dans ce cadre là », explique Daniel Bahuon. « Les auto-écoles, même celles qui se sont spécialisées dans le permis B, sont intéressées par un développement vers le post-permis avec la formation à l’éco-conduite. »
LES PME S’INTÉRESSENT À L’ÉCO-CONDUITEL’intérêt des entreprises est réciproque.« Tout comme la formation ‘maîtrise et sécurité routière’, la conduite économique est également visée par les entreprises qui sont dans une démarche de réduction du taux d’accidentalité domicile-travail, une préoccupation majeure du monde professionnel », explique René Chomette. « Si les grandes entreprises ont été les premières à venir s’intéresser à la formation à l’éco-conduite, comme dans la plupart des formations post-permis, les petites et moyennes entreprises (PME) sont désormais séduites par le projet. » Bref, l’éco-conduite est selon les acteurs du marché une « niche » qui peut rapporter gros ! Seule voix dissonante, Joël Cassegrain, le président du réseau Ligne Droite, explique lui que, pour l’heure, « très peu de ses établissements ont formé à l’éco-conduite ». Selon lui, « il y actuellement peu de demande de la part des moniteurs ». Mais les choses devraient vite évoluer. Dans cette optique, Ligne Droite a misé sur les simulateurs de conduite : « nous partons du principe qu’il s’agit d’une des meilleures solutions pour la conduite économique ». D’autres formateurs considèrent en revanche que la formation à la conduite écologique ne peut se dérouler qu’au volant d’un véhicule spécialement équipé. Dans les deux cas, l’objectif est que le conducteur parvienne à une certaine autonomie en terme de conduite économique, une fois le cours terminé. Selon nos informations, en moyenne, le gain de consommation de carburant oscille entre 15 et 20% au cours de la formation. Lorsque le conducteur se retrouve seul au volant, ce gain diminue vers une valeur comprise entre 10 et 15% de gain de consommation de carburant. Mais il n’y a pas de petites économies !
Hugo Roger