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description Interview — Octobre 2009

-Interview-
Jean-Pascal Assailly : « Le nouveau PNF constituera une reconnaissance de la professi


Le Programme National de Formation (PNF) accuse son âge. Crée en 1989 et publié en 1994,  cette référence en matière de formation des conducteurs fait actuellement l’objet d’une réactualisation. Le point sur l’objectif et l’avancée de ces travaux avec Jean-Pascal Assailly, chercheur à l’INRETS chargé de cette mission.

LA TRIBUNE DES AUTO-ECOLES : QUI EST À L’ORIGINE DE CETTE DEMANDE DE RÉVISION ?
JEAN-PASCAL ASSAILLY : Tout d’abord, je dirai qu’on ne pourra reprocher à l’Administration d’avoir agi avec précipitation ou incohérence ! En effet, de 2006 à 2008, elle m’a confié une mission de voyages d’études dans les divers pays européens et au Québec, pour voir comment chaque pays rénovait la formation des conducteurs, celle des formateurs et les examens, afin d’améliorer leur système et d’appliquer la matrice GDE. J’ai rendu ce rapport en 2008 (téléchargeable sur le site de l’INSERR) et j’ai ensuite participé aux réunions de concertation sur la réforme du permis de conduire. Je précise qu’en ce qui concerne le permis « moins long », « moins cher » et « plus sûr », je ne m’occupe que du dernier point ! D’ailleurs, la manière dont le problème a été posé peut être vue comme fortement contradictoire, pour ne pas dire plus ! Ma problématique est celle-ci : la formation et l’examen du permis tels qu’ils existent aujourd’hui ne protègent pas suffisamment les jeunes de se tuer sur la route. Or, chaque jeune tué coûte 1,7 million d’euros à la collectivité et chaque jeune handicapé presque autant. Il s’agit donc d’un enjeu majeur de santé publique et d’économie.

LA TRIBUNE : QUI TRAVAILLE SUR CETTE MODERNISATION ?
J-P. A. : Gilles Leblanc, haut fonctionnaire chargé de gérer la réforme du permis et Michèle Merli, sous-directrice à la DSCR, ont confié à l’INSERR la maîtrise d’ouvrage de ce chantier. J’en assure la responsabilité et la direction scientifique. Ainsi, j’ai constitué un groupe de travail formé d’anciens enseignants de la conduite et de spécialistes des sciences de l’éducation et de l’éducation routière (Pierre Higelé, Gérard Hernja, Nicole Sieffer) et de Annick Billard, responsable du post-permis à l’INSERR. Nous avons également associé à ce travail, des BAFM et des responsables des divers réseaux d’enseignants de la conduite. Dans le second chantier qui débute, le guide du formateur, nous élargirons encore les consultations au sein de la profession. Je suis donc très conscient qu’une telle rénovation ne peut se faire sans les enseignants !

LA TRIBUNE : QUELS SONT LES CHANGEMENTS ENVISAGÉS ?
J-P. A. : La principale conséquence de l’application de la matrice GDE est que l’approche pédagogique est centrée sur l'élève lui-même, ses capacités d'apprentissage, et son auto-évaluation. Il doit prendre conscience qu'il ne suffit pas d'avoir de bons réflexes, mais qu’il est essentiel de comprendre les situations et d’avoir une évaluation réaliste de soi-même pour diminuer les risques.
Dans la pratique, ceci suppose deux changements :
- donner aux établissements la possibilité de consacrer plus de temps à la théorie (et non pas seulement au bachotage devant des diapos !), par des travaux en groupe ou en individuel,
- mieux organiser l’alternance entre théorie et pratique : il faut que la seconde suive immédiatement la première pour que la connaissance se transforme réellement en un comportement.
Enfin, je suis ouvert à toutes les innovations pédagogiques que j'ai découvertes lors de mes voyages d'études, telles que les techniques de l'écoconduite et les réflexions sur l'écomobilité ; les techniques visant à améliorer l'auto-évaluation : le coaching (les scénarios d'HERMES), les outils d'auto-évaluation développés en formation initiale ; l'idée d’utiliser des techniques d'animation du post-permis en formation initiale ; les techniques visant à améliorer l'autonomie et la conduite indépendante ; l'apport des simulateurs, des aires d'évolution, du e-learning, etc. Comme on le voit, les chantiers ne manquent pas !

LA TRIBUNE : CERTAINS ENSEIGNANTS NE VONT-ILS PAS PARLER DE DOGME, DE CARCAN, À PROPOS DE CE NOUVEAU PROGRAMME ?
J-P. A. : Le débat sur la Pédagogie par Objectifs (PPO) ne doit pas être au centre du débat et des résistances des enseignants. Il n'est pas question de l'interdire, mais il n'est plus question de l'ériger en dogme, tant ses limites ont quand même été soulignées depuis près de trente ans par tous les pédagogues et par la plupart des enseignants de la conduite. Il faut donc permettre à l'enseignant d’effectuer des choix éclairés par rapport aux méthodes pédagogiques qu'il désire mettre en oeuvre, en admettant qu'il sera évidemment nécessaire qu'il se forme, mais sans en faire un préalable et sans que cela doive faire peur aux organisations professionnelles. La mise en œuvre de ce programme est évidemment un défi, tant il est innovant dans sa forme et son esprit. Mais en le construisant, nous avons véritablement pensé offrir aux enseignants un outil mieux adapté à leur mission première qui est de former des conducteurs sûrs.

LA TRIBUNE : C’EST VISIBLEMENT UN PROGRAMME AMBITIEUX…
J-P. A. : Les enseignants expriment très souvent le souhait que leur rôle éducatif soit reconnu. A l'heure où se développe la location de voitures équipées de doubles commandes avec accompagnateurs plus ou moins bénévoles, il devient vital pour les vrais enseignants d'être reconnus en tant que tels. Or le nouveau programme est exigeant, conçu pour de vrais pédagogues. S'il est adopté, il constituera de fait une reconnaissance de leur profession.

Propos recueillis par Jean-Claude HUANT



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