-Interview- Bernard Pottier : président de La Prévention Routière
« NOUS MILITONS POUR RÉDUIRE LE NOMBRE OU LA GRAVITÉ DES ACCIDENTS »
Depuis 1949, la Prévention Routière milite pour améliorer la sécurité sur les routes. Sensibilisation des enfants, prévention chez les jeunes, intervention auprès des personnes âgées, action sur les autoroutes et information tous azimuts, l’association est présente dès que l’on parle de sécurité routière. Rencontre avec son président, Bernard Pottier.
LA TRIBUNE DES AUTO-ÉCOLES : POUVEZ-VOUS PRÉSENTER LA PRÉVENTION ROUTIÈRE ? BERNARD POTTIER : L’association a été créée en 1949 par un certain nombre d’organismes, dont les assureurs de la Fédération française des sociétés d’assureurs, l’Union routière de France, la Fédération des transporteurs routiers… Autant d’intervenants préoccupés par quelque chose de complètement inédit à l’époque puisque la sécurité routière (DSCR), émanation de l’État, n’a été créée qu’en 1972. Depuis toujours, notre association rassemble des personnes ayant des intérêts divers, voire divergents. Associations de victimes, assureurs, constructeurs automobiles, concessionnaires, maires, etc. Tous portent un regard différent sur la sécurité routière. Par conséquent, les consensus sont souvent difficiles à forger, mais une fois forgés, ils sont peut-être plus solides. Notre deuxième différence réside dans notre implantation nationale : nous avons 101 comités départementaux, émanation de nos 130 000 adhérents. Ce tissu associatif extrêmement important fait la force de La Prévention Routière.
LA TRIBUNE : QUELS SONT VOS CHAMPS D’ACTION ? B. P. : Nous militons pour toute mesure de nature à réduire le nombre ou la gravité des accidents. Nous avons également une action d’opérateur de prévention routière : nous contribuons à former 1 300 000 enfants ou adolescents dans le cadre scolaire, nous organisons des opérations pour les jeunes, comme Capitaine de soirée, des formations de rafraîchissement pour les seniors, nous créons des outils pédagogiques, comme ce guide récemment édité pour faciliter le dialogue entre les médecins et leurs patients conducteurs… Toutes ces actions crédibilisent notre discours militant.
LA TRIBUNE : COMMENT ÊTES-VOUS ORGANISÉS ? B. P. : Notre centre national emploie 47 personnes et chacun des 101 comités départementaux est animé par un président bénévole, un directeur et une secrétaire. Au niveau national, plusieurs services se partagent le travail : la direction de l’éducation crée et met en place les outils pédagogiques ; la direction de la communication et des opérations s’occupe des rapports avec la presse, nourrit nos trois sites Internet* et notre fonds de documentation, gère les opérations telles que Capitaine de Soirée et s’occupe des partenariats avec des entreprises ou des compagnies d’assurance ; le service de relations avec les adhérents est en charge du renouvellement des adhésions, ainsi que des « Palmes des conducteurs », qui récompensent chaque année les automobilistes prudents ; la section « études et recherche » examine toutes les études menées dans le monde sur les questions de sécurité routière ; enfin, un service est en charge de l’administration, des finances et des ressources humaines. De plus, nous disposons d’une structure différente pour La Prévention Routière formation, qui intervient soit auprès des entreprises –il faut garder à l’esprit que plus de la moitié des accidents mortels en entreprise sont des accidents de la route –, soit pour proposer des formations complémentaires ou des alternatives à des décisions de justice, ainsi que pour les stages de récupération de points.
LA TRIBUNE : COMMENT FINANCEZ-VOUS TOUTES VOS ACTIONS ? B. P. : Nous avons différents revenus. Un premier tiers important provient des adhésions. Un autre tiers est constitué de subventions des compagnies d’assurance de la Fédération française des compagnies d’assurance, dans le cadre d’un engagement de leur part à verser 0,5 % des cotisations obligatoires d’assurance automobile à des actions de prévention. Enfin, entre 15 et 20 % de nos revenus sont des subventions des collectivités territoriales qui font des opérations sur le terrain avec nous.
LA TRIBUNE : COMMENT SONT CHOISIS LES THÈMES DE CAMPAGNE ? B. P. : Il y a un socle récurrent de campagnes pour tout ce qui est éducation routière, jeunes, parents. Il y a aussi, parfois, des campagnes dictées par l’actualité. De plus, certaines campagnes sont demandées par les adhérents, comme celle sur l’usage du clignotant. En complément, nous menons des campagnes avec des partenaires, comme l’Association des sociétés françaises d’autoroute, avec qui nous réalisons par exemple des opérations sur le thème de la fatigue au volant.
LA TRIBUNE : QUE PENSEZ-VOUS DES DERNIERS CHIFFRES DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE ? B. P. : Hormis le mois de décembre, 2006 a été une bonne et même une très bonne année en termes de sécurité routière. En premier lieu, parce que nous sommes passés d’un relevé du nombre de décès à 7 jours à une comptabilité à 30 jours, sans repasser au-dessus du seuil psychologique des 5 000 morts. En second lieu, nous craignions de voir les progrès s’essouffler après les améliorations successives des trois dernières années. Or, le nombre de tués sur les routes a baissé de 11,6 %. On a rebondi, montrant qu’il n’y a pas de raison de ne pas progresser encore.
LA TRIBUNE : QU’EN EST-IL DU MOIS DE DÉCEMBRE ? B. P. : Les chiffres ont été très mauvais en décembre et se sont rétablis peu à peu en janvier et février. C’est, à mon sens, directement lié à la question de l’amnistie : une fois le message passé qu’il n’y aurait pas d’amnistie, les résultats se sont améliorés. Nous sommes particulièrement fiers de notre action à ce titre : en 2002, nous nous étions battus pour que le président élu exclue du champ de l’amnistie les infractions au Code de la route. Revenir en arrière aurait été dramatique. En 2006, nous avons écrit à tous les candidats et ils nous ont tous répondu qu’il n’y aurait pas d’amnistie et qu’ils poursuivraient la politique volontariste et ferme qui a été conduite depuis 2002. Cela prouve que c’est rentré dans les esprits. LA TRIBUNE : QUEL BILAN TIREZ-VOUS DU QUINQUENNAT DE JACQUES CHIRAC ? B. P. : En matière de sécurité routière, c’est un bilan positif. Il a montré qu’en prenant les choses en main, en menant des actions, il y avait des résultats. Grâce à Jacques Chirac, le message a été relayé par-delà les clivages partisans, par toutes les collectivités territoriales. Dominique Perben a dit : « Ça a été le projet de Chirac, c’est le projet de la France maintenant ». C’est révélateur d’un changement d’état d’esprit ! Nous, nous continuons à dire que si l’on veut vraiment changer les comportements, il faut enraciner dès le plus jeune âge, par l’éducation routière à l’école, des réflexes de route partagée. On voit enfin l’évolution avec les enfants qui disent : « Papa, t’as pas mis ta ceinture ! ».
LA TRIBUNE : QUE PENSEZ-VOUS DE LA NOUVELLE OBLIGATION DE FORMATION POUR LES CONDUCTEURS DE 125 CM3 ? B. P. : Certains véhicules particuliers nécessitent un apprentissage particulier. C’est le cas des 125 cm3. Même si ça nous parait encore insuffisant, cette nouvelle obligation de formation va dans le bon sens. Plus généralement, nous militons pour que la route soit bien partagée. Évitons de stigmatiser les catégories d’usagers les unes contre les autres. Sensibilisons les gens sur les risques que prennent d’autres catégories d’usagers, dont ils ne sont souvent pas bien conscients. Au dernier comité interministériel, nous avons parlé d’une formation des automobilistes aux risques propres des motards, car cela nous paraît très important, et réciproquement.
LA TRIBUNE : COMMENT ENVISAGEZ-VOUS LES FORMATIONS POST-PERMIS ? B. P. : À La Prévention Routière, nous organisons des stages de formation pour les seniors, pour rafraîchir leurs connaissances. Nous avons également édité une petite brochure, qui s’intitule « Ce qui a changé depuis cinq ans » et qui aide les anciens conducteurs à s’adapter aux nouvelles dispositions réglementaires comme les giratoires. C’est l’un des enjeux essentiels de l’avenir : nous allons avoir de plus en plus des septuagénaires, octogénaires, voire nonagénaires sur des routes qui ne sont pas étudiées pour eux. Il y a des problèmes d’infrastructures : certaines indications devront peut-être être écrites plus lisiblement. Ces conducteurs âgés ont également des difficultés à s’adapter aux nouvelles technologies. Les aider passe par la formation, mais aussi par une meilleure mise en main des véhicules par les commerciaux.
LA TRIBUNE : VOUS ÊTES CONTRE LE KIT MAINS LIBRES AU VOLANT, POURQUOI ? B. P. : Des études, notamment celles qui, ont été menées au Canada en1999 et en Australie en 2005, montrent que le téléphone au volant, fût-il mains libres, réduit les capacités de concentration du conducteur. Le temps de réaction est plus long, le regard moins mobile, le champ de vision réduit. On distingue d’ailleurs cette situation de celle d’une conversation avec un passager car celui-ci s’arrête de parler en cas de situation difficile, voire il la signale au conducteur. Et si le conducteur écoute la radio, il écoute quelque chose qui ne le concerne pas forcément directement. Quand un commercial est au bout du fil et apprend que son plus gros client vient de le lâcher, sa concentration n’est pas la même. Toutes les études le montrent. Cela dit, notre rôle n’est pas de jouer les gendarmes. Ce que nous disons, c’est qu’au téléphone, c’est la messagerie qui répond. Nous mettons en garde : attention, ne croyez pas qu’avec le kit mains libres, c’est moins dangereux qu’avec le téléphone tenu en main.
LA TRIBUNE : QUELS SONT VOS DERNIERS COMBATS ? B. P. : Nous avons lancé fin mars une campagne de sensibilisation au port de la ceinture à destination des enfants et de leurs parents. C’est une campagne européenne, confiée à La Prévention Routière pour sa version française. Elle met en scène un personnage sympathique, « Zou le Tatou », à travers des jeux, des contes et des chansons ludiques. Dans un esprit complètement différent, nous avons élaboré un support « Alcool, cannabis, conduite », qui est distribué dans les lycées, mais dont on s’est aperçu qu’il pouvait concerner un public bien plus large. Il est disponible sur demande auprès de nos comités départementaux, comme tous nos supports pédagogiques… Propos recueillis par Cécile Rudloff * www.preventionroutiere.asso.fr, www.rentrerenvie.fr (autour de l’opération Capitaine de Soirée) et www.priorite-vos-enfants.fr (pour les parents qui souhaitent dialoguer avec leur enfant à propos de sécurité routière).
ASSOCIATION PRÉVENTION ROUTIÈRE
Date de création : 1949 But : « Étudier et mettre en œuvre toutes les mesures et encourager toutes les initiatives propres à réduire la fréquence et la gravité des accidents de la circulation routière. » Nombre d’adhérents : 130 000 personnes réparties sur tout le territoire français. Organisation : La Prévention Routière dispose d’une antenne nationale, qui emploie 47 personnes, et 101 comités départementaux. Cotisation : 34 € par an