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menu_book Code de la route — Mars 2022

Quel impact sur l’apprentissage de la conduite ?

Plus de 250 agglomérations françaises ont créé des zones où la vitesse est limitée à 30 km/h. Si nombre d’automobilistes ont du mal à respecter cette limitation, cela ne semble pas poser de problème particulier pour l’enseignement de la conduite.


L’auto-école CER Bobillot est implantée dans le 13ème arrondissement de Paris, depuis 50 ans. Pour le gérant, Pascal Augé, les 30 km/h n’ont pas vraiment de répercussion sur l’enseignement. « Nous démarrons les premières leçons dans Paris, explique-t-il. Puis, pour travailler la conduite dynamique, nous allons en banlieue, dont l’établissement est proche. Cette mesure n’a donc pas changé l’organisation des leçons. Depuis 20 ans, nous travaillons sur des créneaux de deux heures, car une heure ne suffit pas à cause de la circulation dense. » Pour l’enseignement de la moto, les enseignants partent avec quatre élèves pendant quatre heures. L’intérêt : pendant que deux conduisent, deux sont dans la voiture au titre de l’écoute pédagogique. « Cette organisation n’a rien à voir avec les 30 km/h, souligne Pascal Augé. Elle nous permet d’aller plus loin pour travailler les virages. » Des cours collectifs sont également organisés afin de rouler sur des voies rapides ou de reconnaître les parcours situés autour des centres d’examens, implantés en périphérie.


Philippe Colombani opposé aux zones 30
Globalement, les organisations professionnelles ne sont pas opposées à la limitation de la vitesse à 30 km/h en ville. Exception faite de Philippe Colombani, président de l’UNIC. Ce dernier considère que les zones 30 n’apportent rien en termes de sécurité routière ». Il estime même : « Nous n’apprenons plus aux élèves à rouler, mais à rester en seconde. Cela baisse le niveau d’apprentissage ». Philippe Colombani rejette aussi l’idée d’organiser des cours collectifs pour s’affranchir des embouteillages car « il est quasi impossible de regrouper des jeunes d’un même niveau, aux mêmes horaires ».


Plus de permis sur boîte automatique ?
Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, n’est pas de cet avis. Celui-ci assure que les méthodes d’enseignement collectif sont une « bonne solution », quelle que soit la limitation de vitesse. « Cela génère de la productivité pédagogique et économique », affirme-t-il. « De plus, lorsque nous conduisons, c’est l’espace routier que nous partageons. Quoi de plus naturel que d’apprendre ensemble ? Cela nous permet aussi de nous démarquer des plateformes qui utilisent des pédagogies individuelles arriérées ». Du coup, le président de l’UNIDEC ne considère pas les zones 30 comme un frein à l’apprentissage de la conduite. Elles sont même « légitimes » dans les secteurs piétons, de forte affluence et à proximité des écoles. « Les usagers ont une meilleure perception des voitures quand elles roulent à 30 km/h ». Il n’empêche que ce professionnel reconnaît qu’il est plus difficile pour un élève de conduire à cette vitesse qu’à 50 km/h. « Ils ont du mal avec le régime moteur, l’intensité et l’utilisation de la boîte de vitesses. » Une difficulté qui « contribuera peut-être au développement de l’apprentissage sur boîte automatique ».
Même discours du côté du réseau CER. Pour son président Patrick Crespo, les zones 30 n’ont pas d’impact sur l’organisation des cours. « Les auto-écoles n’ont pas attendu cette mesure pour organiser des cours collectifs afin d’aller plus loin et perdre moins de temps en termes d’échanges d’élèves. » Idem pour la formation moto où l’essentiel des cours ont lieu en périphérie. À la fois pour trouver des virages et des plateaux. « Les auto-écoles se sont adaptées car les embouteillages ne datent pas d’hier », rappelle Patrice Bessone, président de Mobilians ESR (anciennement CNPA-ESR). Par ailleurs, cette mesure permet de gagner en visibilité et en distance d’arrêt. « Les centres-villes sont de plus en plus fréquentés avec une multitude de trottinettes et de vélos. Il faut donc s’adapter à ces nouvelles mobilités qui vont continuer à se développer. » Bref, comme résume Bruno Garancher, président d’ECF : « Je ne vois pas comment nous pouvons être contre cette mesure qui n’a pas vraiment d’impact sur la formation des conducteurs ».


Vers une exclusion des voitures en centre-ville ?
Deux réserves sont malgré tout émises. La première porte sur la réduction de la pollution. « La limitation à 30 km/h implique de rouler en seconde avec des régimes élevés. Je ne suis pas sûr que cela agisse sur la qualité de l’air », s’interroge Patrick Crespo. Autre bémol : les organisations syndicales craignent que les zones 30 soit la première étape vers l’exclusion des véhicules motorisés des centres-villes. « Ce serait un vrai problème », reconnaît Patrice Bessone. En sachant que tous les véhicules des auto-écoles sont neufs et dotés de vignettes Crit’Air 1, voire 0. Patrick Mirouse ne cache pas non plus son inquiétude : « Nous savons que l’exclusion des voitures des centres-villes est une volonté politique et que de plus en plus de municipalités y recourent. Si c’est le cas, que vont devenir les auto-écoles de proximité installées dans ces secteurs ? ».


Christine Cabiron


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