Depuis avril 2025, un tronçon de 1,5 km sur l’autoroute A10, près de Saint-Arnoult-en-Yvelines, accueille une innovation mondiale : la première portion d’autoroute électrique capable de recharger les véhicules en roulant.
Vinci Autoroutes, Electreon, Vinci Construction, l’Université Gustave Eiffel et Hutchinson, testent actuellement un projet pilote qui utilise la technologie de recharge par induction afin de recharger les batteries des véhicules pendant qu’ils roulent. Concrètement, des bobines de cuivre, intégrées sous la chaussée à une dizaine de centimètres de la surface, créent un champ électromagnétique qui alimente les batteries des véhicules équipés de récepteurs adaptés. Les tests, menés avec un poids lourd, un bus, un utilitaire et une voiture, confirment une efficacité de 85 % dans la récupération d’énergie. « Le système peut transférer jusqu’à 300 kW de puissance instantanée », indique Pierre Delaigue, chef de projet chez Vinci Autoroutes. Chaque kilomètre parcouru sur ce type de route permettrait de gagner 2 à 3 km d’autonomie pour les véhicules légers et 1 km pour un poids lourd. Cette solution permettrait ainsi de réduire la taille des batteries équipant les véhicules, de limiter les temps de recharge à l’arrêt, mais aussi d’optimiser l’espace dédié aux bornes.
Un coût élevé, mais des perspectives intéressantes
L’inconvénient de cette innovation technologique réside essentiellement dans le coût. En effet, l’installation revient à environ 4 millions d’euros par kilomètre. Un investissement non-négligeable qui pourrait cependant être amorti sur 30 ans, selon les différents acteurs de cette expérimentation, grâce à la revente d’électricité et au prolongement des concessions autoroutières. Par ailleurs, la maintenance des bobines, dont la durée de vie est de 20 ans, s’intègre facilement aux travaux de renouvellement de l’enrobé, prévus tous les 8 à 10 ans.
Une technologie qui s’adresse avant tout aux poids lourds
Les poids lourds, responsables de 15 % du trafic, mais de 45 % des émissions polluantes, sont la première cible de cette technologie. « L’objectif est de réduire l’empreinte carbone du transport routier », explique Pierre Delaigue. Prochaine étape : Vinci Autoroutes souhaite étendre l’expérimentation sur un axe Saint-Arnoult-Orléans, très fréquenté par les camions. Reste à convaincre les pouvoirs publics d’investir massivement et les constructeurs d’équiper leurs véhicules de récepteurs compatibles. Une révolution silencieuse, mais qui pourrait bien redéfinir la mobilité électrique de demain.