L’écoconduite peut-elle assurer l’avenir des écoles de conduite ? Elle peut au moins y contribuer en formant des enseignants-experts et en développant, localement, des opérations commerciales auprès des collectivités territoriales comme des entreprises, quelle que soit leur taille.
« Cela fait une bonne dizaine d’années que l’écoconduite est apparue dans nos catalogues », assure Pierre Lemayitch, secrétaire général de l’Anper. Ce module de formation a pour objectif de donner des bases aux gérants d’auto-école pour développer leur activité. Ils doivent pour cela pouvoir argumenter et faire connaître les avantages de l’éconduite à leurs clients, collectivités territoriales, entreprises, gestionnaires de flottes. L’intérêt de cette formation est reconnu par la branche puisque inscrite au sein du dispositif « Compétence-Emplois » mis en œuvre par l’Opérateur de compétences Mobilités (OPCO Mobilités). » L’Anper a ainsi organisé une dizaine de stages en 2023 dans un contexte de concurrence qui s’est exacerbé au fil du temps.
Une demande en hausse des entreprises
Le nombre d’acteurs sur le marché de la formation continue des gérants d’auto-école et des enseignants de la conduite n’a cessé de croître. L’offre sur le créneau de l’écoconduite s’est diversifiée, preuve s’il en est, que l’attente du monde des professionnels est, elle aussi, en large augmentation. L’explication est simple :
– le coût de l’énergie a explosé et il faut chercher, par tous moyens, à réduire le budget carburant et dans le même temps son empreinte carbone ;
– les collectivités et les entreprises, dans le cadre de leur politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) souhaitent intégrer volontairement des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités et réduire leur empreinte carbone ;
– l’arrivée des véhicules électriques dans les flottes automobiles nécessite de conduire autrement pour optimiser leur autonomie.
« Il faut distinguer écoconduite et prévention des risques routiers (PRR) professionnels, mais il y a de nombreux points de convergence », estiment d’une même voix Benjamin Biehler, directeur des opérations, et Alexis Le Galleu, directeur du digital et des partenariats, au sein de CER Formations. Cet organisme propose des formations « Prévention du risque routier et écoconduite » pour les entreprises souhaitant s’inscrire dans une démarche RSE et/ou diminuer le TCO (le coût global de possession) de leur flotte. CER Formations, ce sont également des formations de formateurs à destination des adhérents du réseau CER. Elles sont composées de deux modules : un tronc commun sur 3 jours et une spécialisation « écoconduite » les 2 derniers jours.
Des formations avant tout pratiques
« Nos formations, poursuit Benjamin Biehler, sont orientées vers une mise en pratique des nouvelles compétences acquises et mises en œuvre pendant les stages. Nos adhérents, quant à eux, repartent avec des supports qu’ils pourront exploiter chez leurs futurs clients. Pour ces formations, les clients poussent rarement la porte d’une auto-école. Il faut par conséquent mettre en place une offre spécifique, une documentation commerciale, une organisation propre à l'intervention en entreprise. Les écoles de conduite ont souvent besoin d'accompagnement sur cet aspect car faire du B2B, c’est changer de dimension ! »
Une auto-école, qu’elle soit de proximité ou qu’elle appartienne à un groupement, ne peut se lancer dans la formation à l’écoconduite qu’à condition que son responsable et ses enseignants – ou au moins un de ses enseignants – aient acquis des compétences spécifiques. Comme toutes les entreprises éligibles dans leur transition écologique ou numérique, elles peuvent faire appel au Fonds national de l’emploi – Formation (FNE-Formation) pour les accompagner. « L’écoconduite ouvre de nouvelles perspectives aux auto-écoles. C’est un levier pour « faire du business », un marché complémentaire à leur activité quotidienne. On ne peut cependant pas y aller la fleur au fusil, résume Patrick Clémens, directeur du développement du département prévention du groupement ECF. S’engager dans le monde des professionnels nécessite, tant commercialement que pédagogiquement, une formation complémentaire pour être en mesure d’adopter les codes des clients et pour concevoir un programme dont l’ingénierie pédagogique est construite autour des objectifs à atteindre. L’écoconduite, ce sont de nouveaux marchés qu’on ne peut conquérir qu’à condition de se sentir légitime. Pour cela, il faut maîtriser son sujet, un impératif éthique de la transmission d’un savoir qui vaut dans nos métiers comme dans tous les autres. »
Des financements assurés, en partie, par l’OPCO Mobilités
« Nous avons mis en place une formation spécifique à l’écoconduite pour les enseignants pour qu’ils puissent proposer cette prestation à leurs clients particuliers, en post-permis, mais nous avons tenu aussi à ce qu’elle soit suivie par l’ensemble de nos salariés dans le cadre de l’intégration à l’ECF, explique Gwenaëlle Burguin, d’une part directrice du pôle PRR au sein de la SCOP ECF-CERCA et d’autre part responsable Grands Comptes pour l’ECF au niveau national. Nous proposons également, en local, des sessions de formation à l’écoconduite. Leur succès tient au fait qu’elles rencontrent la préoccupation de chefs d’entreprise qui estiment, comme nous, que la pratique d’une conduite responsable de l’environnement peut être une des composantes de leur RSE. Nous constatons que mettre en place des actions de sensibilisation dans un premier temps, puis des formations à l’écoconduite prend du sens dans l’entreprise : il y a, pratiquement automatiquement, une baisse de la sinistralité et cela intéresse toutes les parties, dirigeants comme salariés, ces derniers appréciant, de plus, de faire des économies quand ils se déplacent à titre privé. L’écoconduite, c’est dans l’air du temps et ce n’est pas un hasard si, en 3 ans, nous avons enregistré une augmentation de 20 % des demandes de formation portant notre volume de stagiaires à 20 000 sans compter les actions locales. Cela a été facilité par le fait que les financements sont assurés, en partie au moins, par les OPCO et en particulier par l’OPCO Mobilités. » Ce nouvel opérateur dédié aux Transports et Services de l’automobile, reprend, partiellement ou totalement, les champs couverts jusque-là par l’OPCA Transports et services, l’ANFA, l’AGEFOS-PME et l’OPCALIA.
Devenir organisme de formation
« L’auto-école traditionnelle doit évoluer ! », déclare Hervé Baptiste, directeur de Davantages Formation qui, avec ses 1 500 stagiaires formés par an, est l’une des toute premières organisations sur le marché de la formation continue des enseignants de la conduite. Les écoles de conduite ont besoin de sortir de leur zone de confort et de s’attaquer notamment au marché des professionnels. Pour le faire dans les meilleures conditions possibles, une auto-école doit pouvoir prétendre aux financements publics. Nous leur conseillons, par conséquent, de devenir organisme de formation et les accompagnons concrètement dans les démarches qui leur permettront d’obtenir leur numéro de déclaration d’activité et leur certification qualité. Elles bénéficieront ainsi d’une nouvelle corde à leur arc. Pour l’écoconduite, nous leur proposons une formation qualitative sur 2 jours. Assurée par des titulaires du BAFM, elles réunissent entre 6 et 12 stagiaires qui alternent entre ateliers théoriques et phases de conduite. Dans un premier temps, le stagiaire va conduire « à sa main ». Lors d’un deuxième test, il devra mettre en pratique ce qu’il a appris en atelier et il sera possible de mesurer sa progression. Le troisième temps est une originalité de Davantages Formation : le formateur se fait novice et le stagiaire prend sa place afin de réaliser son premier audit d’écoconduite. C’est une phase importante qui a pour but de permettre aux stagiaires, une fois formés, d’être réellement autonomes pour réaliser des audits auprès de leur clientèle post-permis ou en entreprise. » L’écoconduite a désormais acquis sa légitimité et former un large public à cette pratique est devenu une exigence « politique ». Les écoles de conduite ont d’autant plus à jouer un rôle que l’arrivée des véhicules électriques génère un besoin de compétences nouvelles : les conducteurs doivent adopter de nouveaux comportements pour diminuer leurs consommations d’énergie avec un nouvel objectif : optimiser l’autonomie de leur véhicule. C’est ainsi que mettre en œuvre les bonnes pratiques d’écoconduite, c’est notamment apprendre à utiliser à bon escient, le freinage régénératif qui permet de recharger la batterie. Cela peut être aussi choisir au mieux ses trajets en fonction de la localisation des bornes de recharge, mais également du trafic et de la météorologie. Et sur tous ces points, les écoles de conduite ont un vrai rôle à jouer.