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description — Novembre 2023

Thierry Souffir : Un gérant d’auto-école à l’affiche du film Bernadette

Gérant d’une école de conduite dans la Marne et homme de théâtre, Thierry Souffir a donné la réplique à Catherine Deneuve dans le film Bernadette qui est sorti en salle le 4 octobre 2023. Il y incarne un conseiller général de Corrèze. Retour sur une rencontre exceptionnelle.


L’espace d’une journée de mai 2022, Thierry Souffir, gérant de l’école de conduite Automobile implantée à Sainte-Menehould, dans la Marne, s’est transformé en conseiller général de Corrèze. Non pas dans la « vraie » vie mais pour incarner ce rôle dans le film Bernadette. Réalisé par Léa Domenach, ce premier long métrage retrace la vie de Bernadette Chirac, jouée par Catherine Deneuve. « Je participe régulièrement à des castings car je suis comédien de formation », explique Thierry Souffir.
Fin 2021, quand il a eu connaissance que la production du film cherchait des acteurs, il a envoyé une vidéo pour postuler. « En avril de l’année suivante, j’ai reçu un appel avec un numéro masqué d’un homme avec un fort accent italien. Il s’est présenté comme étant le directeur de casting du film Bernadette. Je ne me souvenais plus que j’avais envoyé une vidéo. J’ai donc pensé que c’était une blague. » Cela n’en était pas une. Dans la foulée de l’appel, il a reçu le texte pour préparer une nouvelle vidéo. Après quatre essais, Thierry Souffir a été retenu.

Donner la réplique à Catherine Deneuve
Un mois plus tard, il partait à Épernay pour tourner la scène. « Je devais donner la réplique à Catherine Deneuve lors d’une séance du conseil général. » Quinze lignes où au cours d’une discussion, l’icône du cinéma français soulève le problème épineux du tracé de la ligne TGV par Brive. « Mon texte était simple. Je lui disais : « Heureusement que vous êtes là car depuis que votre mari est élu, il nous a oubliés. »

Seulement deux minutes à l’écran !
Cette courte scène a malgré tout pris une journée. « Nous avons tourné de 9 heures à 19 h 45. Il faisait très chaud et Catherine Deneuve, éprouvée par la chaleur, devait faire des pauses tous les quarts d’heures. » La scène a été rejouée plus d’une cinquantaine de fois. Un travail dont il garde un bon souvenir, tant pour la relation nouée avec les techniciens qu’avec la comédienne. « Elle dégage une froideur assez sympathique sur le plateau. Je suis resté très professionnel pour banaliser le caractère exceptionnel de cette rencontre. De plus, la réalisatrice nous a traités d’égal à égal : il n’y avait plus de stars, mais des acteurs et des actrices », explique-t-il. Une expérience qui lui a fait prendre conscience de la disproportion du cinéma. « La scène dure 2 minutes à l’écran ! ».

« Prioriser son gagne-pain »
Homme de théâtre (il a joué notamment deux fois au festival d’Avignon sous la direction de Jean-Claude Carrière), Thierry Souffir a pris un virage à 360° après avoir traversé une période sombre où plus aucun rôle ne lui était proposé. « Le milieu du spectacle est très insécurisant », indique-t-il. C’est pourquoi dans les années 1990, il décide de passer le Bepecaser. « J’ai toujours aimé les voitures. Avec ce métier, j’ai découvert le goût de la transmission des savoirs et des connaissances. De plus, je me sens utile car il est question de sécurité quand on apprend à un élève à conduire une voiture. » Avant de créer son auto-école dans la Marne il y a quinze ans, il a enseigné pendant plusieurs années à Paris. « Je travaillais à mi-temps. Ce qui me permettait de jouer au théâtre le soir ou de tourner des séries et des pubs. » Cette double-vie a rapidement été éreintante. « J’ai dû prioriser mon gagne-pain. » Cependant, ces deux métiers se complètent plutôt bien. Comme l’affirme le gérant d’auto-école/comédien : « Le fait d’être comédien me permet de mieux enseigner et enseigner me permet de mieux jouer ». 


Christine Cabiron