Pour les véhicules auto-école comme pour le marché global, 2021 aura été une annus horribilis. Les immatriculations de véhicules neufs ont chuté, mais les véhicules d’occasion réalisent un score inédit.
L’année 2021, en deux chiffres, ce sont 11 314 véhicules neufs qui ont été immatriculés pour les auto-écoles et 8 321 véhicules d’occasion (chiffres AAA data). La baisse par rapport aux années précédentes s’explique essentiellement par les difficultés rencontrées par les constructeurs à produire des véhicules. La crise des semi-conducteurs les a largement affectés et pour beaucoup, ils ont dû réduire leur offre destinée aux écoles de conduite, afin de privilégier les particuliers et les grands comptes.
Boom du marché de l'occasion
Quant au marché de l’occasion, s’il s’est si bien comporté, c’est tout simplement qu’au vu des délais pour pouvoir renouveler leurs véhicules - de 15 à 24 mois ! -, les auto-écoles se sont tournées vers des véhicules récents, véhicules de démonstration ou occasions généralement de moins d’un an, voire parfois vers des véhicules ayant jusqu’à deux ans.
Vers un retour à la normale en 2023
Les chiffres du premier semestre 2022 montrent que l’on n’a pas encore retrouvé une situation normale. Si l’on constate une amélioration au deuxième semestre, il faudra quand même attendre encore 6 mois pour que les difficultés s’estompent. Les constructeurs annoncent cependant que leurs lignes de production ont repris les cadences d’avant la crise sanitaire et économique et les groupements d’auto-écoles comme les transformateurs constatent que leurs commandes sont honorées dans des délais devenus raisonnables. Avec un certain optimisme, les uns et les autres estiment que l’offre va à nouveau se diversifier et qu’au début de l’année 2023, on (re)trouvera aux tarifs « auto-école » des constructeurs, un nombre de propositions équivalent à ce qu’il était il y a trois ans. La commercialisation de modèles thermiques de nouvelle génération et une accélération de l’offre de véhicules 100 % électriques qui connaissent un succès grandissant sans que cette montée en puissance soit « violentissime » pour reprendre l’expression d’Éric Legrand gérant de la société Drive Matic Legrand, devraient y aider.
À l’horizon 2025, les ZFE pourraient bouleverser le marché
La question qui se pose maintenant est d’ailleurs de savoir si les professionnels qui souhaitent faire leur transition énergétique pourront le faire. Autrement dit, pourront-ils passer à court ou moyen terme au 100 % électrique ? Outre le prêt proposé par la BpiFrance mais qui est plafonné à 75 000 euros, cela dépendra beaucoup de la politique commerciale des constructeurs et notamment des constructeurs français, qui doivent faire face à une augmentation significative de la demande des particuliers et des gestionnaires de flottes d’entreprise. Les auto-écoles ne devront pourtant pas être laissées pour compte pour deux raisons au moins. La première tient à l’augmentation des demandes de permis B sur boîte automatique, la seconde concernent les entreprises qui circulent essentiellement dans des agglomérations comptant plus de 150 000 habitants. Ces dernières, en effet, doivent déployer des zones à faibles émissions-mobilité (ZFE-m) avant le 31 décembre 2024, conformément à la loi dite « Climat et résilience » du 22 août 2021 et un décret du 1er février 2022.
Le diesel n’a pas dit son dernier mot !
S’il n’est pas étonnant que les constructeurs européens multiplient les annonces - la concurrence chinoise se fait de plus en plus pressante -, on constate qu’elles ne sont pas toujours suivies d’effet ou que les commercialisations prennent du retard. Paradoxalement, cela semble arranger beaucoup de monde : en cette fin d‘année 2022, la transition énergétique n’est pas forcément le maître-mot de toutes les auto-écoles, surtout quand elles sont installées dans les villes moyennes ou en zone rurale. Mieux, le diesel a encore la cote ! Même si les chiffres de vente s’inscrivent à la baisse, les véhicules fonctionnant au gazole restent inscrits - et parfois, comme chez Renault, ont été remis - au catalogue. « On se donne encore deux ans », disent souvent les gérants des entreprises espérant, peut-être, que les échéances seront repoussées.
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Focus marque par marque
Audi : Les résultats 2021 d’Audi sur le marché des auto-écoles sont équivalents à ceux de l’année précédente : une centaine de véhicules, des A1 surtout. 2022 débute en fanfare puisque la marque aux anneaux a réalisé 118 ventes au premier semestre.
BMW : Pour BMW, les auto-écoles représentent un marché d’une trentaine de véhicules par an. Ce sont essentiellement des Série 1 qui sont équipées par les aménageurs homologués par BMW France.
CITROËN : La marque aux Chevrons occupe la deuxième marche sur le podium des immatriculations de véhicules auto-école. Elle le doit bien entendu en premier lieu à la C3 diesel qui représente 95 % de ses ventes. L’étonnante Ami, ce quadricycle que l’on peut conduire dès 14 ans, lui permet de reléguer Renault à la troisième place. 2022 risque d’être plus compliquée sauf si sont mises à disposition des auto-écoles les nouveaux modèles et en premier lieu les véhicules 100 % électriques.
FIAT : En 2021, Fiat France a immatriculé 15 Fiat 500 (thermiques), 14 Fiat 500 Hybrid, 4 Fiat 500 Electric, 5 Panda et 2 véhicules utilitaires. L’année 2022 a commencé lentement et au 1er trimestre, par manque de véhicules, les ventes n’ont été que d’une dizaine de véhicules. Fort heureusement, après l’été, les ventes ont repris à un rythme qui s’est accéléré.
FORD : Ford France avoue que 2021 n’a pas été une bonne année puisque seulement 41 Fiesta et 16 Puma ont été immatriculés exclusivement avec des motorisation Flexifuel E85. Les pénuries de semi-conducteurs expliquent en grande partie ce résultat. En 2022, la marque voit son horizon s’élargir et son carnet de commandes est déjà bien rempli.
MERCEDES : Compliqué de savoir combien il s’est immatriculé de Mercedes « auto-école » dans la mesure où le réseau de distribution peut faire aménager des véhicules par les transformateurs agréés sans que pour autant Mercedes-Benz France en soit informé. Cette dernière entité déclare cependant avoir donné des autorisations pour le montage de doubles commandes pour une petite centaine de Classe A.
MINI : La Mini connaît un succès d’estime. Ce qui caractérisent les ventes des véhicules de cette marque du BMW Group, c’est que tous les modèles, thermiques et 100 % électriques sont concernés. Ce sont une cinquantaine de véhicules qui sont ainsi immatriculés chaque année et 2021 n’échappe à la règle. Dans un contexte de crise et de production réduite, cela reste un bon résultat.
OPEL : Opel, marque du groupe Stellantis, réalise un score plus qu’honorable. Ont été immatriculés en 2021, 137 Corsa, 10 Crossland, 8 Mokka, 1 Insignia et 4 véhicules utilitaires. L’année 2022 devrait être légèrement meilleure puisqu’au 1er semestre, Opel enregistrait déjà la transformation en auto-école de 164 Corsa, 4 Mokka, 4 Crossland et 2 véhicules utilitaires.
PEUGEOT : Peugeot est devenu le premier constructeur sur le marché français des auto-écoles avec, en vedette, 3546 Peugeot 208. La petite citadine qui se vend en thermique, connaît aussi un certain succès en 100 % électrique (e-208). La marque au Lion qui a de nombreuses cartes à jouer avec notamment la 2008, espère une année 2023 placée sous le signe de la nouvelle 308 pour augmenter encore son nombre d’immatriculations.
RENAULT : En 2021, la Clio a perdu des parts de marché. Les versions diesel avaient disparu du catalogue avant d’être réintégrées et la crise des semi-conducteurs et des matières premières a affecté l’ensemble de la production. En 2022, ce sont les versions e-tech hybride au moment où elles intéressent de plus en plus les enseignants de la conduite, qui sont les plus touchées. Le Captur et la Zoé choisie par de grands groupements comme voiture 100 % électrique, permettent pourtant à la marque au Losange de ne pas perdre trop de terrain. 2022 a bien commencé, mais ne devrait pas permettre à Renault d’atteindre son objectif : reprendre (à Peugeot) la première place au palmarès des auto-écoles. Avec Citroën, la bataille restera serrée.
SEAT : À deux unités près, Seat a immatriculé une centaine de véhicules en 2021. Ce sont les Ibiza et les Arona qui bénéficient du kit « auto-école ». C’est un tout petit peu moins que les années précédentes et l’année 2022 ne devrait pas changer radicalement la donne. L’Ibiza cependant pourrait profiter de la difficulté, pour les auto-écoles, d’acquérir d’autres citadines que leur constructeur préfère réserver aux particuliers.
SKODA : En 2021, Skoda qui remonte la pente après des années de pandémie extrêmement difficiles, a immatriculé un peu plus de 150 véhicules, pratiquement à égalité avec Opel. Le constructeur ne cache pas ses ambitions et développe son activité sur cette cible de clients que sont les auto-écoles. Et ça marche ! Skoda a enregistré 200 commandes sur les deux premiers quadrimestres de 2022. Elles se portent sur la Fabia (88 %), la Kamiq (10 %) et la Scala (2 %). À noter le succès de la boîte automatique DGS qui équipe 50 % des Kamiq et 25 % des Fabia transformées.
SUZUKI : C’est l’une des marques les plus dynamiques sur le marché des auto-écoles. Après une année Covid très compliquée, 2021 a été nettement meilleure avec un doublement des immatriculations. Le chiffre, certes, est resté modeste (35), mais l’année 2022 s’ouvre sous de très bons auspices avec, au premier semestre, la vente de 20 unités.
TOYOTA : Toyota occupe la 4ème place au classement des marques avec 261 véhicules immatriculés en 2021. La force de cette marque japonaise est la diversité des modèles, même si ce sont les Yaris qui plaisent le plus aux auto-écoles. Elles ont l’avantage d’exister en thermique et en full hybride ce qui représente une réelle opportunité de choix et de diversification pour l’enseignement de la conduite.
VOLKSWAGEN : Les auto-écoles ne sont pas forcément la priorité de Volkswagen. La filiale France du constructeur allemand ne veut donner aucune information chiffrée. Sont-ils, en 2021, en recul par rapport à l’année précédente ? On peut le penser et l’expliquer : l’ensemble des protocoles de transformation a été rendu plus stricts, VW a préféré vendre aux auto-écoles des ID-3 100 % électriques que des Polo et des Golf 8 thermiques dont le nombre a été réduit et pour ce qui est l’ID-4, l’Allemagne a manifesté quelques réticences à ce qu’elle soit équipée en doubles commandes.