Le nombre de ventes de quadricycles légers à moteur a quasiment doublé en deux ans. Ce phénomène se traduit-il par une augmentation des formations AM quadricycle pour les écoles de conduite ? Enquête.
Après la révolution des SUV, va-t-on assister à l’avènement de la voiturette en France ? Certes, le marché du quadricycle léger à moteur (véhicule à moteur à quatre roues dont la vitesse par construction n’excède pas 45 km/h et dont la puissance est limitée à 6 kW ou à 4 kW pour les modèles antérieurs à 2017) ne représente qu’une part infime des véhicules vendus chaque année dans l’Hexagone, mais il suit une croissance constante ces dernières années. Le marché français que se partagent quelques constructeurs (Aixam, Chatenet, Ligier…) a même presque doublé en trois ans, passant de 12 800 unités vendues en 2019 à 21 973 en 2021, selon l’AAA Data. Il faut dire que l’arrivée sur le marché en mai 2020 de la Citroën AMI a boosté les ventes. En effet, rien qu’en 2020, Citroën a vendu 2 719 exemplaires de son étrange quadricycle léger à motorisation électrique. Et en 2021, avec la commercialisation de ce modèle en France, mais aussi en Italie (depuis décembre 2020), en Espagne (depuis mars 2021), en Belgique (depuis avril 2021) et au Portugal (depuis juin 2021), Citroën a écoulé pas moins de 9 183 unités.
Par ailleurs, l’AAA Data constate que la demande de ce type de véhicules est aussi forte en zone rurale qu'en zone urbaine et remporte un franc succès dans les départements du Nord, suivi de Paris, des Bouches-du-Rhône et du Var.
Un public qui rajeunit
Si le volume des ventes des quadricycles légers à moteur augmente en France, le profil des conducteurs évolue. Autrefois plutôt réservé aux personnes âgées qui n’avaient pas le permis et voulaient avoir une certaine autonomie de déplacement, notamment en milieu rural, ce type de véhicule est ensuite devenu l’astuce pour les conducteurs quadra ou quinqua qui s’étaient fait suspendre ou retirer leur permis, pour continuer à conduire. Mais le public rajeunit encore avec désormais des conducteurs âgés de moins de 18 ans, puisque les quadricycles légers à moteur peuvent être conduit dès 14 ans, à condition d’avoir le permis AM Quadricycle.
Une hausse des formations AM quadricycle ?
Justement, observe-t-on une hausse du nombre de permis AM quadricycle délivrés ces dernières années ? À en croire les chiffres fournis par la délégation à la Sécurité routière, ce n’est pas flagrant. Certes, 120 767 permis AM (toutes catégories) ont été délivrés en 2020 contre 113 773 en 2019 et 113 355 en 2018, mais en 2021 le nombre de permis AM est retombé à 115 072. Cette hausse en 2020 peut s’expliquer, entre autres, par la peur d’être contaminé par le Covid-19 en prenant les transports en commun qui a poussé certains à s’équiper d’un véhicule individuel. Le souci avec ces chiffres fournis par la DSR, c’est qu’ils ne font pas la différence entre les permis AM cyclo et quadricycle. Cependant, nombre d’auto-écoles proposant la formation AM pour les deux catégories déclarent constater que le cyclo est de moins en moins demandé au profit du quadricycle, comme le confirme Patrick Crespo, président du Réseau CER qui a noué un partenariat avec Aixam : « Alors que l’on entendait très peu parler du quadricycle, de plus en plus de parents disent être d’accord pour que leur enfant roule avec un quadricycle à moteur, mais pas avec un deux-roues ». Même constat pour Marie Martinez. À la tête de quatre agences dans les Yvelines, elle a passé un partenariat avec un concessionnaire qui vend des quadricycles légers à moteur, essentiellement de la marque Aixam. Une fois le véhicule acheté par un client, le partenariat consiste à le livrer sur un plateau directement à l’agence de Bouafle qui comporte une piste d’apprentissage. Le propriétaire -ou généralement son enfant- vient suivre la formation AM sur place, avant de repartir à la fin de la formation, son attestation en poche, au volant de son propre véhicule. Si ce type de formation ne constitue qu’une petite partie de son activité, Marie assure avoir de plus en plus souvent de jeunes stagiaires. « Outre les personnes en situation de handicap qui ont besoin de mobilité pour se rendre à l’ESAT (établissement et service d'aide par le travail), j’ai de plus en plus de jeunes de 14 à 16 ans, voire 17 ans qui partent en apprentissage et qui ont besoin de se déplacer de façon autonome. Or, les parents préfèrent que leurs enfants circulent avec une voiture « sans permis » qu’en scooter. Je remarque d’ailleurs qu’il y a plus de demandes en septembre pour la rentrée scolaire ou en fin d’année car le permis AM est certainement offert comme cadeau de Noël au jeune. »
L’AMI va-t-elle devenir la meilleure amie des auto-écoles ?
Cette tendance à la hausse des formations AM quadricycle pourrait bien s’accentuer avec la Citroën AMI. Proposée à un tarif bien plus abordable que la concurrence (à partir de 7 390 euros TTC hors bonus écologique de 900 euros ou en location mensuelle à partir de 19,99 euros après un premier loyer de 3 100 euros contre un minimum de 12 000 euros TTC chez les concurrents), l’AMI présente un look atypique qui se démarque singulièrement. « Les jeunes sont friands de ce véhicule », constate Patrick Crespo. Dorian Cydzik a visiblement senti le vent venir. Attiré dès son lancement par la Citroën AMI, ce jeune exploitant d’une auto-école à Châlette-sur-Loing, dans le Loiret, achète un exemplaire en décembre 2020. Mais pour lui, pas question de donner des cours, sans système de doubles commandes. « Comme l’aménagement auto-école n’était pas prévu sur ce modèle et que je suis bricoleur, j’ai acheté un pédalier doubles commandes à câbles sur Internet et je l’ai installé moi-même, confie Dorian. Et comme il n’était pas possible de fixer un panneau auto-école sur le toit vitré, j’ai collé une plaque de métal sur une partie en plastique, ce qui permet désormais de poser un panneau aimanté. » Le jeune exploitant floque son AMI aux couleurs de son établissement « Permis AM by #AED Auto-école Dorian » et indique également « À partir de 14 ans » pour faire sa pub lorsque le véhicule circule en ville pendant un cours de conduite. Il prend également soin de garer l’AMI bien en vue, devant l’agence, pour attirer le regard et communique sur les réseaux sociaux, ainsi que sur son site Internet. Et ça marche ! « J’avoue que je n’avais pas fait d’étude de marché, mais j’ai tout de suite eu une mère qui m’a contacté pour former ses jumeaux. Depuis, j’ai fait une trentaine de formations sur l’AMI. En milieu rural, les parents cherchent la sécurité pour leurs enfants et le quadricycle les rassure. D’ailleurs, j’ai pas mal de filles comme élèves. J’ai également eu une dame qui avait acheté une AMI et qui souhaitait prendre quelques heures de conduite pour se familiariser avec la voiture ou encore la mairie de Montargis qui s’est équipée d’une AMI. » Mais véritablement fan de ce petit véhicule atypique, Dorian ne s’arrête pas là. Il est devenu « Ambassadeur AMI » pour Citroën. Un rôle qui consiste à faire essayer l’AMI aux personnes intéressées et qui peut aller jusqu’à générer une vente. Un rôle qu’il prend à cœur qui lui rapporte une petite commission à chaque AMI vendue par son intermédiaire, ainsi que quelques nouveaux élèves.
L’AMI désormais proposée en version auto-école
Pionnier en matière de formation sur une AMI équipée auto-école, Dorian a été contacté par plusieurs collègues qui souhaitaient également acheter une AMI pour la formation en école de conduite. Mais l’heure du bricolage est révolue. En effet, Sojadis a développé dans son bureau d’études à Jallais, dans le Maine-et-Loire, un pédalier 100 % made in France, fabriqué par une entreprise voisine, Mauges Métal. Ce système de tringlerie qui a été reconnu par Citroën, s’installe sur le pédalier d’origine, sans nécessiter de perçage, en une heure dans les ateliers des réseaux Sojadis et Citroën. « Cette solution permet aux auto-écoles de s’équiper d’une AMI auto-école ou même d’envisager d’acquérir un pédalier Sojadis-AMI pour une pose ponctuelle sur le quadricycle de l’apprenti conducteur », déclare Adeline Humeau, dirigeante de Sojadis. À noter que Sojadis propose en option l’installation d’un rétroviseur intérieur (l’AMI étant livrée de série avec uniquement un petit rétroviseur extérieur côté conducteur). Citroën a également noué un partenariat avec Enpc-Ediser et Pimas pour proposer une offre auto-école complète. Lors de la commande de l’AMI, il faut effectuer une demande de transformation auprès de Pimas ou de Citroën. Pimas intervient en sortie d’usine pour installer un pédalier à câbles He Man, amovible et réglable en profondeur (en effet, le siège passager de l’AMI est fixe ; le réglage en profondeur du pédalier permet donc de s’adapter à la longueur de jambes des différents enseignants). Sont également ajoutés un rétroviseur intérieur et un autre extérieur. De son côté, Enpc-Ediser fournit un panneau de toit aimanté édition spéciale AMI et 10 livrets AM quadricycle léger. Quant à Éric Legrand, gérant de Drive Matic Legrand, s’il affirme ne pas avoir été beaucoup sollicité pour équiper la Citroën AMI en doubles commandes pour le moment, il se dit prêt à développer un kit auto-école s’il constate une hausse de la demande. En résumé, si la demande de formations pour le permis AM quadricycle reste contenue par rapport au permis B, on remarque cependant un intérêt grandissant pour les quadricycles légers à moteur. « Ce marché était très développé en Italie et l’est aujourd’hui dans certains pays du nord de l’Europe, où pour des raisons climatiques, un véhicule à quatre roues est plus sûr qu’un deux-roues », souligne Bruno Garancher, président du réseau ECF qui a noué un partenariat avec Ligier. « Ce marché devrait certainement se développer en France dans les prochaines années », d’autant que les Français commencent à être réceptifs aux nouvelles mobilités.