Installée à Jallais, dans le Maine-et-Loire, la société jallaisienne de distribution, plus connue sous le nom de Sojadis, est spécialisée dans l’équipement en seconde monte d’aides à la conduite pour les personnes handicapées et de systèmes de doubles commandes pour les auto-écoles.
Visite de cette société familiale, symbole d’une réussite à la française.
« Vous avez vu, on a fait le tour du rond-point ! », lance tout sourire Jean-Marie Humeau, gérant de Sojadis. Il faut dire qu’à Jallais, petite commune de 3 150 habitants, ce rond-point raconte à lui seul l’histoire de Sojadis. En effet, lorsqu’on arrive en voiture, impossible de manquer du regard le garage-atelier implanté entre deux voies de l’infrastructure routière qui fait face à une concession Peugeot et aux locaux flambant neuf de Sojadis. Le garage, c’est là que tout a commencé pour Jean-Marie Humeau, véritable enfant de la balle dans le secteur de l’automobile. « Du côté de mon père, on est originaire de Jallais », confie-t-il avant d’évoquer un ancêtre qui travaillait déjà à la réparation des chariots. C’est donc tout naturellement que lui et son frère André ont repris l’affaire familiale de réparation mécanique, avant de développer l’activité de la vente de voiture, avec la concession Peugeot.
Un bureau d’étude en interne
L’histoire aurait pu s’arrêter là si un jour de 1981, un client paraplégique n’était venu demander de l’aide pour équiper son véhicule automatique. Le dynamique chef d’entreprise et son équipe trouve une solution à son problème. « Le client était ravi, raconte Véronique Cailleton, commerciale chez Sojadis. Le bouche à oreille a commencé à fonctionner et nous avons reçu d’autres demandes. » C’est comme cela que l’activité d’installation d’équipements pour handicapés a débuté.
L’essor est tel qu’en 1995, les Humeau décident de séparer l’activité purement garage de l’activité handi et créent la société jallaisienne de distribution, Sojadis. « En 1995, lorsque les premières voitures multiplexées sont arrivées sur le marché, aucun produit ne répondait aux exigences, explique Véronique Cailleton. Jean-Marie Humeau décide alors de doter la société de son propre bureau d’étude pour développer un premier accélérateur au volant pour paraplégiques, baptisé Accel. Fort de ce succès, la petite société familiale se lance dans la création de Comdis, une commande électrique au volant avec boutons pour les personnes handicapées des membres supérieurs. « On s’est fait connaître en répondant aux exigences des constructeurs, et peu à peu reconnaître », confie Véronique Cailleton.
Des aides à la conduite pour tous les types d’handicap
Aujourd’hui, Sojadis propose une dizaine des systèmes d’aides à la conduite adaptés à différents types de handicaps et exporte dans une vingtaine de pays. Tout est développé dans le bureau d’étude maison qui emploie six salariés à plein temps sur un total de 19 salariés. Ingénieurs en électronique et informaticiens observent le marché, effectuent une veille technologique de l’évolution des véhicules et bien évidemment écoutent les remontés des clients. « Entre le projet et la prise de décision, il faut compter en moyenne deux ans, parfois plus », souligne Jean-Marie Humeau, qui insiste sur l’importance des contrôles pour obtenir une qualité optimale. « Je ne veux pas de retour ! Il faut que les produits fonctionnent à la perfection pour satisfaire les clients. »
Tout nouveau produit est donc testé au niveau de l’informatique, mais aussi sur des machines de tortures pour vérifier leur résistance aux vibrations, à la chaleur jusqu’à 90 C°, au froid jusqu’à - 40 C°, etc. Ainsi, la dernière commande de frein au volant que Sojadis s’apprête à commercialiser a effectué pas moins de 550 000 freinages en machine. « Cela équivaut à une utilisation pendant environ 15 ans, estime Jean-Marie Humeau. Le test est concluant, le produit peut être lancé. »
Installation de doubles commandes auto-école
En parallèle de son activité handi, Sojadis a développé l’installation de doubles commandes pour les auto-écoles. À l’instar des équipements pour les handicapés, la société s’est lancée sur ce secteur un peu par hasard. « À la fin des années 1990, le groupe PSA nous a contacté pour savoir si Sojadis savait monter des équipements auto-école, raconte Véronique Cailleton. Il y avait semble-t-il une forte demande du nombre de commandes et le groupe avait du mal à fournir. C’est ainsi que Sojadis a débuté dans cette activité en répondant à des demandes ponctuelles. »
Si le double pédalier est fourni par la société allemande Veigel (qui alimente l’essentiel du marché français), Sojadis a développé son propre boîtier de commandes électronique. Encore une fois, le travail maison prend en compte les demandes des clients. Ainsi, « on a mis au point un système lumineux (vert et rouge) qui permet à l’enseignant de la conduite de savoir si la commande a été actionnée par l’élève ou par lui-même », précise Jean-Marie Humeau. Un détail visiblement très apprécié par les auto-écoles, mais aussi par certains constructeurs puisque avec cette commande électrique « Sojadis est désormais fournisseur de rang 1 pour Citroën, signe de la reconnaissance de la qualité de nos produits », se réjouit Véronique Cailleton.
Un double rétroviseur maison
Et la société jallaisienne ne s’arrête pas en si bon chemin puisqu’elle vient de mettre au point son propre double rétroviseur. « Nous avons longuement travaillé sur ce produit, confie Jean-Marie Humeau, car nous voulions qu’il soit esthétique, que l’on ne voit pas les fixations, que la coque soit parfaitement lisse et que le miroir de la partie supérieure ait le même reflet que celui de la partie inférieure. Par ailleurs, fabriquer nous-mêmes les doubles rétroviseurs offre l’avantage de ne plus être dépendant d’un équipementier extérieur. On ne risque plus de devoir attendre d’être livré au risque de prendre du retard dans la livraison d’un véhicule au client parce que l’on n’a pas reçu les doubles rétroviseurs. » Il est vrai que l’activité auto-école n’est pas négligeable pour Sojadis puisqu’en 2016, ce sont environ 1 250 véhicules qui ont été équipés en doubles commandes sur le site du Maine et Loire. Et 2017 s’annonce encore meilleur grâce à la demande croissante d’équipement de véhicules à boîte automatique, depuis le passage en janvier dernier de la réforme de la formation à la conduite sur boîte auto.
Jean-Marie Humeau aborde donc l’avenir avec confiance, d’autant que la relève est déjà assurée avec Adeline Humeau, adjointe à la direction et accessoirement, sa fille. Sans parler de Aurore, fille d’André et donc nièce de Jean-Marie, qui travaille également dans la société au service clientèle pro. Quand on vous dit que chez les Humeau, l’automobile est une histoire de famille !
Sandrine Ancel