La société Colas, spécialisée dans la construction de routes, a mis au point des enrobés fabriqués à base de porcelaine cassée.
Si Limoges est connue pour être la capitale de la porcelaine, cette industrie génère beaucoup de déchets. En effet, quand une pièce est ratée, elle prend le circuit de la vente au kilo si le défaut n’est pas trop prononcé. Sinon, elle part directement au rebut pour être cassée et jetée. Ce sont ainsi entre 200 et 300 tonnes de vaisselle invendable qui partent à la décharge chaque année. Un gâchis… jusqu’à ce que le laboratoire de Colas Sud-Ouest, basé à Condat-sur-Vienne en Haute-Vienne, se penche sur la question et cherche à valoriser ces déchets.
Une chaussée sécurisée
Après moult réflexions et tentatives plus ou moins concluantes, le laboratoire a réussi à mettre au point une formule d’enrobés chauds, composée à hauteur de 30 % de granulats de porcelaine. En mai 2016, cette matière a été utilisée à la rénovation d’une partie de chaussée, située avenue du Midi, en plein cœur de Limoges, sur une centaine de mètres. Et le résultat va au-delà des espérances. En effet, la route se révèle parfaitement sûre. « Nous avions testé ce revêtement en laboratoire, note Jacques Senant, directeur de Colas à Limoges, dans Le Populaire du Centre. Désormais, le procédé est testé sur route. L’idée est notamment de savoir si la chaussée, empruntée chaque jour par des centaines de véhicules, est rendue plus glissante au fil du temps, si la tenue de la route est modifiée, ce que les tests en laboratoire ne pouvaient offrir. Nous ne voulons pas faire rouler des voitures sur du carrelage ! Des mesures ont été réalisées. C’est satisfaisant en termes de sécurité. »
Une route brillante
Mais en plus d’être sûre, cette chaussée est également lumineuse grâce aux morceaux de porcelaine. La nuit, les phares des véhicules se reflètent, ce qui crée un halo de lumière. Plus les voitures roulent sur ce type de revêtement, plus la porcelaine est décapée, plus elle est visible. Mieux encore. Cette chaussée de porcelaine s’avère doublement écologique. Non seulement, elle recycle des déchets, mais en plus elle permet de réduire l’intensité des lampadaires et de ce fait de réaliser des économies d’énergie.
Un circuit de collecte des déchets
Forte de ce succès, l’agence Colas de Limoges a mis en place un système de collecte chez plusieurs porcelainiers tels que Bernardaud ou Haviland afin de réutiliser cette matière première. Depuis, 5 000 mètres de chaussée supplémentaires ont été rénovés grâce à cette technique. Pour autant, si le gisement est important, Jacques Senant prévient qu’il ne permettra pas de créer d’autres enrobés de ce type dans toute la France. Le procédé a vocation à rester local. Il n’est pas question de casser des assiettes sciemment pour avoir assez de matière première pour fabriquer des routes à Nice ou à Brest.
S. A.
Des idées lumineuses !
La France n’a pas de pétrole, mais elle a des idées ! Pour preuve, la société Colas n’en finit pas d’inventer la route de demain. Outre l’enrobé en porcelaine, Colas a développé une peinture qui utilise des coquilles d’huîtres. Utilisée pour le marquage des routes, cette peinture réfléchit la lumière grâce à la nacre qui compose les coquilles.
Plus récemment, Colas a inauguré, dans l’Orne, une route constituée de panneaux solaires (voir La Tribune des Auto-Écoles n°211). Objectif : capter les rayons du soleil et renvoyer l’électricité produite sur le réseau Enedis. Baptisée Wattway, cette portion d’un kilomètre devrait pouvoir alimenter en électricité une ville de 5 000 habitants.