Posséder une voiture est perçu comme un vecteur de liberté par tous, y compris les handicapés. Pourtant, il existe des solutions plus abordables, voire plus utiles que l’automobile « classique » pour gagner ces derniers.
L’accessibilité des personnes handicapées au permis de conduire est encore loin d’être parfaite en France même si de nombreux progrès ont déjà été effectués dans ce sens. À l’heure actuelle, certaines pathologies comme la tétraplégie ou l’hémiplégie sont tout à fait conciliables avec la conduite automobile, pour peu que le conducteur ait suffisamment d’aisance à se servir de la partie supérieure de son corps. Boule et accélérateur au volant ou commandes centralisées sont alors les aménagements requis, moyennant des sommes raisonnables. En revanche, dès que le patient connaît des difficultés à se transférer sur le siège passager ou à tourner un volant, le choix se réduit comme peau de chagrin pendant que les prix, eux, s’envolent. Au final, beaucoup peuvent se sentir laissés pour compte alors que diverses solutions de mobilité peuvent s’offrir à eux, à condition de les connaître.
L’Elbee, une citadine sur mesure
D’un gabarit proche d’une Smart, l’Elbee apparait comme la solution idéale pour quelqu’un ayant principalement des difficultés à s’installer derrière le volant. Un problème inexistant dans cette petite voiture tchèque. L’astuce ?
L’avant du véhicule se soulève pour laisser place à une rampe d’accès. Le conducteur grimpe dans l’Elbee en marche arrière et se retrouve directement face aux commandes, son fauteuil étant arrimé automatiquement. Idéal pour les personnes en fauteuil électrique. Pour les autres, pas de problème non plus : il est en effet possible d’installer un chariot qui vient agripper les roues de la chaise roulante pour la tracter dans l’habitacle. Quant au tableau de bord, celui-ci est équipé en série d’une boule au volant et d’un accélérateur/frein manuel (tirer/pousser). Malheureusement, les avantages de cette citadine atteignent leurs limites face à des handicaps plus lourds. À ce jour, la mise en place d’un joystick est impossible par exemple. Néanmoins, son prix relativement doux démarrant à 24 000 euros devrait lui permettre de s’affirmer comme une vraie alternative à l’achat d’un véhicule décaissé pour lequel l’acquéreur devrait débourser plus du double de cette somme. D’autant que sous ses airs de voiturette, l’Elbee rentre dans la catégorie des quadricycles lourds à moteur, tout comme certaines Renault Twizy. Le permis B1 est ainsi nécessaire pour prendre la route. Par ailleurs, ses performances sont honorables puisque son moteur essence 300 CC Piaggio permet de grimper à 80 km/h et rouler sur l’ensemble de la voirie nationale, à la seule exception des autoroutes. Un détail puisque cet engin est avant tout pensé pour des besoins quotidiens et des déplacements à l’échelle locale pour lesquels on dispose tout de même de 300 kilomètres d’autonomie. Insuffisant pour la longue route des vacances mais largement satisfaisant pour faire les courses ou se rendre au travail.
Formation au B1 en région bordelaise
En France, l’Elbee est commercialisé par l’équipementier automobile ACA, installé en région bordelaise. Un partenariat lie la société à une auto-école locale pour prendre en charge la formation des candidats au permis B1 ou B. Pour les personnes éloignées, il est même possible d’occuper l’un des logements médicalisés mis à disposition par l’entreprise. Quant à l’enseignement pratique à proprement parler, l’agencement de la voiture ne permet pas d’installer des doubles commandes puisque le siège passager se situe derrière celui du conducteur. Le moniteur s’installe donc à bord uniquement pour la première leçon, le reste de l’apprentissage et l’examen étant similaire à celui d’une motocyclette, c’est-à-dire avec l’enseignant suivant l’élève depuis une deuxième voiture munie d’une liaison radio.
Une clientèle longue à séduire
À ce jour le petit véhicule tchèque n’a cependant pas rencontré un énorme succès. Selon ACA, 3 unités seulement ont été vendues dans l’Hexagone. Une question de mœurs d’après eux puisque la société estime qu’aujourd’hui, l’attrait des gens pour une « vraie » voiture reste bien réel. Pourtant, à l’inverse des véhicules aménagés sur mesure et dont l’entrée dans l’habitacle se fait souvent en marche avant par l’arrière, l’avantage d’une sortie de l’Elbee en avançant est bien plus sûr. « Lorsque l’on descend d’un véhicule en marche arrière, la visibilité est très faible voire nulle et un simple obstacle mal placé suffit alors à faire basculer le fauteuil, explique un représentant de l’équipementier. Même si cela ne semble pas logique, s’installer par l’avant permet pourtant de sortir avec la possibilité d’appréhender ces éventuelles difficultés ». Quoiqu’il en soit et comme de nombreuses innovations, l’Elbee aura le temps de s’affirmer à l’avenir, elle qui n’est homologuée que depuis quelques années seulement.
B. V.